Blois, le 5 novembre 1919
Chère Mademoiselle,
Nous venons seulement de rentrer à Blois après un séjour de deux mois à la campagne, pendant lequel j’ai pris un repos complet qui m’a fait beaucoup de bien. Nous pensons retourner à Paris vers la fin du mois, et nous espérons bien avoir alors le plaisir de vous voir. Bien entendu je vous communiquerai de nouveau mon travail sur la substance, ainsi que vous me l’aviez déjà demandé au mois de juillet, et je serais très heureux s’il peut vous être de quelque utilité pour votre thèse.
Je ne connaissais pas du tout, avant de recevoir votre lettre, cette nouvelle décision fixant une limite d’âge pour l’agrégation. D’après ce que m’ont dit mes collègues d’ici à qui j’en ai parlé, cette limite est de trente ans, mais n’est pas applicable aux candidats ayant déjà enseigné. Auriez-vous d’autres renseignements plus précis à ce sujet ? – D’autre part, je me demande si notre admissibilité sera maintenue ; il en avait été question, mais il ne semble pas qu’aucune décision ait encore été prise. Si je n’avais plus que l’oral à passer, je pourrais assurément tenter de me représenter, mais dans les mêmes conditions que cette fois, c’est-à dire sans grande préparation, car je ne voudrais pas passer beaucoup de temps à étudier des auteurs plus ou moins insignifiants. Le plus ennuyeux c’est que ces auteurs changent à chaque fois ; il paraît que le nouveau programme est déjà publié, mais je ne l’ai pas encore vu. De plus, je me demande si le concours de 1920 ne sera pas entièrement réservé aux mobilisés. Quoiqu’il en soit, je ne pense pas attendre si longtemps avant de me remettre à mes travaux personnels, et je compte bien m’en occuper dès cet hiver, tout en tâchant de trouver quelques leçons.
Que devient donc Germain ? Il ne m’a pas donné le moindre signe de vie depuis le début des vacances, et pourtant je lui avais écrit en même temps qu’à vous ; vraiment, je ne peux pas m’empêcher de trouver qu’il est un peu trop négligent. Est-il rentré à Paris ? Je me demande ce qu’il va faire cette année, car maintenant, avec la limite d’âge, il ne pourra plus penser à se présenter à l’agrégation.
Ma femme me charge de ses amitiés pour vous, et moi, chère Mademoiselle, je vous prie de croire à mes sentiments respectueux.
René Guénon
Блуа, 5 ноября 1919 г.
(перевод на русский язык отсутствует)