Le Caire, 9 janvier 1936
Mon cher ami,
J’ai reçu votre lettre hier ; merci tout d’abord de vos bons vœux ; à mon tour, je vous adresse tous les miens ! – Qui peut savoir ce que sera cette nouvelle année ? Sûrement, les choses ne s’annoncent pas trop bien ; un astrologue assez connu d’ici prévoit des guerres survenant de tous les côtés, et il est même très affirmatif...
Vous avez tout à fait raison pour Clavelle, mais... qui fera entendre cela à Chacornac ?
Oui, c’est une chance d’avoir trouvé Caudron, à bien des points de vue ; espérons que tout continuera à bien aller de ce côté...
Pour le propos d’Humery, il y a quelque chose que je ne m’explique pas bien, car il m’a écrit : “pas de rituel”, alors qu’au contraire Préau et Clavelle semblent persuadés qu’il doit y en avoir un. D’autre part, Humery m’avait dit que vous approuviez tout à fait ses intentions (étant d’ailleurs bien entendu que tout cela n’est qu’en attendant que la constitution d’une L∴ devienne possible) ; ce que vous m’écrivez vous-même maintenant est tout différent... – Pour les délais de 3, 5 et 7 ans, la raison en est que c’était effectivement ainsi dans l’ancienne Maç∴ opérative. – Ce n’est pas à la G∴ L∴ de France qu’H est rattaché, mais à la G∴ L∴ Nationale (Régime Écossais Rectifié).
Pour la bague d’Aubouin, je trouve en effet עלח avec le sens que vous dites ; mais, pour כלב, la principale objection me semble être que, pris comme un seul mot, cela signifie “chien”, et qu’on aura dû avoir soin d’éviter une équivoque aussi fâcheuse !
Merci pour le passage de Sédir au sujet de la consécration des églises ; où a-t-il écrit cela ? Malheureusement, cette idée de langues qui peuvent devenir hiéroglyphiques, sans l’être par leur constitution même, me paraît des plus fantaisistes...
Pour “La Prière et l’Incantation”, j’ai laissé de côté ce qui se rapportait à la communion, car cela aurait demandé des développements... que j’entreprendrai peut-être une autre fois. – Quant au passage des “Pages dédiées à Mercure”, je suis en effet assez embarrassé pour arranger cela, et il va falloir que j’y réfléchisse encore ; je n’ai jamais pu tirer d’Abdul-Hâdi lui-même quelque chose de clair à ce sujet... – Quoi qu’il en soit, vous n’avez sans doute pas tort de penser que cela ne peut s’appliquer qu’aux “petits mystères” ; mais ceux-ci concernent seulement les possibilités d’ordre individuel, dont le Paradis terrestre représente la perfection ; les états supra-individuels, ou célestes, sont du domaine des “grands mystères”. D’autre part, les religions ne peuvent donner que l’“immortalité virtuelle” ; la réalisation effective d’états supérieurs ne rentre pas dans leur rôle...
S’il y a des Druides ou soi-disant tels en Flandre, cela doit en effet avoir quelque rapport avec Cailleux et autres ; je me rappelle bien l’histoire de Téder, mais, quant au Dr Favre, il me semble qu’il était surtout question de quelque chose qui se serait trouvé dans le centre de la France. Ce sont les gens du Hiéron qui parlaient surtout des Éduens, et c’est sans doute d’eux que Faugeron avait pris cela ; sûrement, tout cela est bien loin d’être clair ! S’il ne s’agit que de rattachement idéal, sans transmission réelle, cela n’a en somme aucune valeur ; s’il y a autre chose, il faut croire, comme vous le dites, que c’est bien caché...
Bien cordialement à vous.
René Guénon
Каир, 9 января 1936 г.
(перевод на русский язык отсутствует)