Le Caire, 22 octobre 1935
Mon cher ami,
J’avais appris la semaine dernière que par Clavelle que Madame Genty était de nouveau souffrante depuis votre retour ; ce n’est vraiment pas de chance en effet, et vous n’en sortez pas... Enfin, je vois par votre lettre arrivée hier que cela va mieux maintenant, et je souhaite que bientôt il n’y paraisse plus.
Je vous ai expédié il y a 8 jours Gervais de Laprize et le Vêdânta-Sâra ; d’autre part, Muller doit aller à Paris prochainement, peut-être même avant la fin de ce mois-ci, et il apportera sans doute l’Archéomètre ; tout cela s’est donc finalement arrangé pour le mieux.
Je comprends bien que vous n’ayez pas encore eu le temps d’aller voir Vulliaud ; rien ne presse du reste ; quand vous l’aurez vu, vous me direz ce qu’il aura répondu aux différentes questions dont nous avons parlé.
Peut-être arrangerai-je quelque jour mon article sur “la Prière et l’Incantation” ; à part cela et les articles sur les nombres, je crois bien qu’il ne reste plus grand’chose à reprendre dans la “Gnose”, le reste ayant déjà été utilisé dans mes livres. – Pour les prochains nos du “Voile”, j’ai commencé à arranger des articles de “Regnabit” ; là, il en reste encore une certaine quantité.
J’ai reçu le nº des “Cahiers du Sud” ; c’est bien un peu mélangé, et il y a des articles assez superficiels ; mais il était sans doute difficile de faire autrement ; on ne peut pas demander à une revue comme celle-là la même homogénéité qu’au “Voile”...
Il me semble que vous avez bien compris pour ce qui est de la “science du rythme”, de la respiration, etc., mais je ne vois pas en quoi l’emploi des formules, quelles qu’elles soient, peut donner lieu à une objection ; elles sont un moyen et un point d’appui, et, étant données les conditions de l’individu, il faut bien, pour sortir de la forme, se servir de la forme même.
Pour la correspondance entre les conditions d’existence et les éléments, la question est assez complexe, parce qu’on peut en réalité les établir sous plusieurs rapports différents ; celles que vous envisagez peuvent sûrement se justifier ; mais il y a aussi, par exemple, une relation de l’éther avec le temps, et non pas seulement avec l’espace ; pour mettre au point et expliquer tout cela plus complètement, cela demande un assez long travail que je n’ai pas pu faire encore ; espérons que je finirai tout de même par y arriver...
Le nom d’“Apollon” n’est certainement pas grec d’origine, bien que sa forme ait été grécisée (la plupart des noms des dieux sont dans le même cas et ne peuvent pas s’expliquer par des étymologies grecques) ; c’est évidemment le même nom que Belen, Ablun, etc. – Le mont St-Michel était anciennement le mont de Belen (et non la tombe d’Hélène...) ; la substitution du nom de l’archange solaire n’a donc rien changé au fond.
Il est bien possible que le centre principal des Druides ait été dans les montagnes d’Écosse à une certaine époque ; mais est-ce seulement après qu’ils ont quitté le continent ? Il semble que les anciens habitants de l’Écosse, tout au moins les Pictes, étaient différents des Celtes ; sait-on juste ce qu’ils étaient ? Je n’ai jamais rien vu de bien précis là-dessus...
Bien cordialement à vous.
René Guénon
Каир, 22 октября 1935 г.
(перевод на русский язык отсутствует)