Le Caire, 30 juin 1935
Mon cher ami,
Merci tout d’abord pour les renseignements concernant les ouvrages d’astrologie hindoue ; je les ai transmis tout de suite, et j’ai pu, pour les compléter, retrouver l’adresse de l’“Astrological Magazine”.
Vous n’avez peut-être pas trop lieu en effet de regretter le report de votre congé en septembre ; vous ne risquez toujours pas d’avoir un plus mauvais temps, et il se peut tout de même qu’il se décide à faire beau sur le tard ; mais, vraiment, il semble que le temps soit presque aussi détraqué que les gens !
Cette fatigue persistante, chez vous et chez Clavelle, est vraiment une chose bien ennuyeuse, et aussi cette sorte de peur qui semble s’être emparée de ce pauvre Chacornac (bien qu’il ne m’en ait rien manifesté jusqu’ici en m’écrivant) ; que cela vienne d’un côté ou de l’autre, il y a sûrement dans tout cela quelque chose qui n’est pas normal...
Peut-être, en posant dans le “Voile” la question au sujet du Graal, arrivera-t-on tout de même à savoir quelque chose... – À propos de l’“île de verre”, il me semble qu’il est aussi question quelque part de parois de verre ou d’air ; mais alors ce doit être autre chose, car il paraît s’agir dans ce cas d’une sorte de défense invisible dressée autour de certains lieux.
Ph. Encausse m’a envoyé sa thèse ; je n’ai encore pu qu’y jeter un simple coup d’œil, mais cela ne paraît pas bien fort, et la façon dont c’est arrangé et présenté est quelque chose d’invraisemblable.
Oui, Diogène Gondeau est bien Oswald Wirth ; le rapprochement que vous faites avec Sédir est curieux en effet ; mais avez-vous vu précisément, à ce propos, l’éloge qui a été fait dans le “Symbolisme” du manuscrit dudit Sédir sur “Shiva et Jésus” ? Cela paraît inouï comme incompréhension de la doctrine hindoue ; est-ce ignorance réelle ou parti pris et mauvaise foi ?
Quel est donc l’auteur de cette étude sur les rapports de l’hébreu et du chinois ? Si tout est de la force de ce que vous me citez, c’est vraiment bien ! Mais, tout de même, comment Vulliaud peut-il recommander une chose pareille ?
À propos d’hébreu, j’ai entendu dire ici que le char était l’emblème des Pharisiens et la barque celui des Sadducéens, mais personne n’a pu me citer de référence à ce sujet ; avez-vous jamais vu cela quelque part ?
Pour le projet de L∴ en question, il semble, d’après les dernières nouvelles que j’ai eues, que cela doive commencer à s’organiser en octobre prochain ; naturellement, je vous tiendrai au courant ainsi que Clavelle.
Préau n’a pas retrouvé l’“Archéomètre” ; je verrai bien s’il est dans les caisses quand elles m’arriveront ; s’ils ne s’y trouve pas, je n’y comprends plus rien... Je ne me rappelle plus ce que je vous ai écrit autrefois à ce sujet, mais il me semble bien que, si je l’avais laissé chez la concierge, j’aurais dû vous le dire.
Bien cordialement à vous.
René Guénon
Каир, 30 июня 1935 г.
(перевод на русский язык отсутствует)