Le Caire, 27 mai 1946
Mon cher ami,
Je viens de recevoir votre lettre du 17 avril ; je pense que, de votre côté, vous devez avoir maintenant la mienne du 11 avril, répondant à la précédente.
Je connaissais déjà la réponse que Schuon vous a adressée, car lui-même m’en a envoyé la copie ; je n’ai d’ailleurs pas pu tout comprendre très bien, ne sachant pas ce que vous lui aviez écrit exactement au sujet des “Prophètes de l’Esprit”... En tout cas, pour ce qui concerne vos songes, je comprends en effet que vous en ayez été satisfait ; il faut seulement souhaiter que les difficultés dont vous parlez s’arrangent le plus tôt possible, et surtout au point de vue familial, car c’est là ce qui doit être le plus pénible !
Je suis tout étonné que vous n’ayez pas su en leur temps toutes les histoires dont vous parlez ; je croyais bien que vous aviez toujours été au courant de tout cela... Il y en a eu encore bien d’autres en ce genre, les unes plus ou moins dangereuses, les autres tout au moins désagréables ; par exemple (je cite ce qui me revient en ce moment) les sorcelleries de Mme de Grandprey (je suppose que celle-là ne doit plus être de ce monde), ou les manifestations de Germaine Berton, laquelle, depuis que je suis ici, a trouvé un jour le moyen d’aller relancer Préau chez lui (c’était au temps où il habitait encore Paris) ; et je ne parle pas de tous les spirites et autres fous quelconques qu’on m’envoyait continuellement pour m’ennuyer. Connaissez-vous aussi toutes les histoires de Rouhier, Britt, etc. ? – Ce que vous me dites à propos de mes comptes rendus ne me surprend pas ; mais il y a bien des gens (et Chacornac tout le premier, naturellement) qui n’ont jamais pu comprendre de quelle “défense” cela faisait partie...
Quant à Tamos, son rôle a été en effet plutôt singulier à un certain moment, mais je crois que c’est bien fini depuis longtemps déjà, car il est désabusé de bien des choses ; actuellement, il se plaint fort d’être assiégé par la pauvre Mme Vouters et par tout un tas d’autres toqués qui voudraient l’obliger à jouer je ne sais trop quel rôle en rapport avec les soi-disant “prophéties” dont il a eu le tort de s’occuper un peu trop jadis.
Vous ne m’aviez jamais parlé de Bastien, si bien que, voyant son nom mentionné dans votre précédente lettre, je me suis demandé qui c’était, et même, comme vous le verrez, je vous ai posé une question à ce sujet. – Sûrement, il ne serait pas sans intérêt de pouvoir éclaircir les histoires de Sémélas, mais cela ne semble vraiment pas facile ; en tout cas, je crois comme vous qu’il n’y a pas à douter de la bonne foi de Dupré.
J’ignorais tout à fait ce que vous me dites au sujet de Jean Chaboseau et de ce qui est arrivé quand il a pris la succession de son père ; serait-ce pour cela que Clavelle, après la cession de sa librairie, m’a écrit, mais sans autre explication, que sans doute on n’entendrait plus parler de lui d’ici un certain temps ? – La “Chaîne d’Union” a-t-elle donc recommencé à paraître ? Je la recevais autrefois par Humery, qui y était abonné et qui m’envoyait les nos quand il les avait lus ; mais maintenant je n’ai plus guère de moyen d’être informé de ce qui se passe de ce côté. Avez-vous jamais su qu’Humery était mort en 1940, des suites d’un accident d’automobile ?
Bien cordialement à vous.
René Guénon
Каир, 27 мая 1946 г.
(перевод на русский язык отсутствует)