Le Caire, 31 mars 1946
Mon cher ami,
J’ai reçu il y a quelques jours votre lettre du 19 février ; la précédente m’était bien parvenue aussi, et j’y ai répondu tout de suite, le 4 janvier. Je pense donc que vous devez avoir maintenant cette réponse, mais il n’y a rien d’extraordinaire à ce que vous ne l’ayez pas eue encore quand vous m’avez écrit ; il y a pourtant quelquefois des lettres qui vont un peu plus vite maintenant, mais ce ne sont encore que des exceptions... Ce qui m’a stupéfait, c’est qu’un paquet de Chacornac, contenant un exemplaire des “Aperçus”, qui sont parus au début de ce mois-ci, ainsi que le 3e nº de la revue, est venu en une dizaine de jours, et pourtant il n’a pas été envoyé par avion ! – Les “Principes du Calcul infinitésimal” doivent sortir ces jours-ci, ainsi que la 2e édition du “Règne de la Quantité”.
Je viens d’apprendre de Suisse que Schuon a bien reçu votre lettre, et je crois comprendre qu’il y a répondu tout de suite, de sorte que cette réponse vous sera probablement déjà parvenue avant ma lettre.
J’avais su par Clavelle la mort d’A. Chaboseau, mais je ne savais pas la naissance de son petit-fils le même jour, ce qui est assez curieux en effet.
Je suis très étonné de ce que vous me dites du long silence de Clavelle à votre égard, et aussi de la façon dont Chacornac n’a pas répondu à vos lettres ; je ne comprends pas du tout qu’elles peuvent être les raisons de tout cela. Du reste, la vérité est qu’il y a de ce côté bien des choses que je ne m’explique pas ; Clavelle, quand il m’écrit, ne répond pas le plus souvent à la plupart des questions que je lui pose, et il met toujours cela sur le compte des difficultés matérielles dont il n’arrive pas à sortir. En tout cas, en ce qui concerne la revue, vous n’êtes pas le seul à avoir sujet de vous plaindre : Chacornac prétend avoir consulté un certain nombre de lecteurs (je ne sais pas de quelle sorte ils peuvent être, car aucun de ceux qui nous sont connus ne se trouve parmi eux), et, d’après leur avis, il a décidé de ne plus donner de traductions isolées de textes orientaux, ce qui a eu pour effet d’écarter jusqu’ici Préau et Allar qui avaient déjà quelques traductions toutes prêtes, sans parler de Lionent dont un reste de traduction de Hoai-nan-tseu est en suspens depuis 1940. – Quant aux éditions, il est certain que Chacornac a toujours beaucoup de difficulté à se procurer du papier (les “Aperçus”, alors qu’ils étaient déjà tirés, ont été retardés parce qu’il n’y avait pas de papier pour la couverture). Je crois qu’il voudrait publier avant tout son “Cte de Saint-Germain”, et aussi rééditer quelque ouvrage d’astrologie ; ce sera déjà bien beau s’il arrive à faire cela dans le courant de cette année ; mais, tout de même, ce n’est pas une raison pour ne pas vous répondre... Il a fini par reconnaître que, si les “Aperçus” avaient été donnés à Jouve, celui-ci n’aurait pas même pu en entreprendre la composition avant 1947 !
Bien cordialement à vous.
René Guénon
Каир, 31 марта 1946 г.
(перевод на русский язык отсутствует)