Le Caire, 28 novembre 1938
Mon cher ami,
Tout le monde se pose la même question que vous : les choses se sont arrangées, mais combien de temps cela durera-t-il ? Espérons tout de même que les prévisions “pessimistes” ne se réaliseront pas de si tôt...
Ce que vous dites de l’impossibilité de demander un rattachement traditionnel en ajournant l’accomplissement des rites est bien, au fond, ce que j’en pense moi-même ; il faut donc seulement souhaiter que vous puissiez sortir le plus tôt possible de ces fâcheuses difficultés...
Merci pour le tableau des alphabets ; il y a, dans l’alphabet syriaque, certaines lettres dont la forme se rapproche davantage de l’arabe que de l’hébreu, mais non pas toutes. – Je me demande toujours si le rôle attribué aux Phéniciens, au sujet de l’alphabet, n’est pas excessif ; il semble que ce peuple ait surtout servi à diffuser certaines choses un peu de tous les côtés, mais de là à lui en attribuer l’origine même, il y a assez loin... – Quant au nouveau déchiffrement de l’écriture maya, je ne sais ce qu’il peut valoir, mais j’avoue que ces sortes de choses m’inspirent toujours assez peu de confiance, car on n’a vu que trop de fantaisies en ce genre, et non pas seulement pour la langue maya ; et le plus beau est que chacun de ceux qui proposent un déchiffrement arrive toujours à trouver un sens à peu près plausible ; seulement, de l’un à l’autre, il n’y a souvent rien de commun !
Au sujet des Solymes, je pensais bien que Renan devait tout de même donner quelques références ; malheureusement, la plupart sont d’auteurs assez récents, chez lesquels on trouve bien souvent un mélange, pour ne pas dire une confusion, entre des choses de provenance très différente ; je me demande aussi ce que peut valoir, par exemple, ce nom de “Chaldéen”, qui a l’air d’être une sorte de “personnification” de la Chaldée ou de son peuple...
Je pense comme vous que, pour l’hébreu, le compte des lettres finales avec des valeurs numériques différentes ne peut s’appliquer en tout cas qu’à des textes assez récents ; je ne crois pas que cela puisse remonter au-delà de l’époque des Massorètes. – Je ne vois pas que le total de deux lettres puisse toujours arriver à donner 1000 ; en fait, on ne pourrait trouver une semblable complémentaire que pour les dernières lettres, à partir de ק (en comptant naturellement les finales pour des lettres distinctes).
Je ne connais pas l’article de “France-Islam” dont vous parlez (qu’est-ce au juste que cette revue ?) ; mais, pour cette correspondance de la 5e prière, je dois dire que je n’ai jamais vu ni entendu dire cela nulle part ; il est vrai que certains ont envisagé des correspondances diverses pour les prières, mais ce ne sont là que des vues particulières qui n’ont pas d’autorité reconnue généralement.
Pour les rapports du Christ glorieux et de Metatron, ce que vous dites peut en effet se soutenir, en raison du caractère “final” du 10e Avatâra, mais je n’ai vu nulle part rien de très précis là-dessus.
Je me souviens bien des anciennes histoires du sieur M. V., et je comprends que vous ne teniez pas à reprendre les relations avec lui ; ce qui m’a étonné, c’est d’apprendre ses rapports avec Den., que j’ignorais tout à fait, et j’avoue que je ne trouve pas cela très rassurant...
Bien cordialement à vous.
René Guénon
Каир, 28 ноября 1938 г.
(перевод на русский язык отсутствует)