Le Caire, 19 août 1938
Mon cher ami,
Peut-être ma lettre aura-t-elle encore le temps de vous arriver avant votre départ pour la Bretagne ; j’espère bien que vous allez pouvoir y aller comme d’habitude, et que vous y aurez un meilleur temps que celui dont vous me parlez... Mais cette opposition que vous rencontrez chez vous, pour cela et pour le reste, est vraiment bien ennuyeux ; je ne me doutais pas du tout de cela ; mais quelles peuvent bien en être les raisons ?
Pourquoi les cryptographes évitent-ils de faire connaître certaines méthodes ? Je ne vois pas bien quel avantage ils peuvent y avoir...
Depuis que je vous ai écrit, j’ai encore pensé à une autre origine possible de l’histoire des “coups de canon” : ne serait-ce pas Le Couteulx de Canteleu ?
On trouve les jambes rayonnantes au nombre de 3 et de 4 ; dans ce dernier cas, c’est évidemment une forme du swastika, et l’autre (qui se trouve à la fois dans les armoiries de la Sicile et dans celles de l’île de Man) lui est aussi apparentée. – J’ai vu, parmi des marques de tailleurs de pierre, et , formes qui ne sont qu’une simplification de celles-là.
L’usage de médicaments où il entre du vin ou de l’alcool n’est interdit par aucun rite islamique (sauf peut-être le rite hanbalite, qui, pour tout, pousse le “rigorisme” à l’extrême) ; il est seulement prescrit de se rincer ensuite la bouche 7 fois.
Pour les prescriptions tombée en désuétude dans le catholicisme, je crois que cela a dû commencer plus tôt que ne le dit votre collègue, quoique cela se soit sans doute considérablement accentué dans les derniers siècles ; mais dire que cela n’a aucune importance, voilà encore qui témoigne d’une singulière méconnaissance des rites, et qui se rapproche fort de la mentalité protestante !
Il est possible qu’il y ait eu des Kuldées de plusieurs sortes, mais je ne croyais pas qu’il y en avait encore à l’époque de Wickleff...
Vous paraissez envisager une sorte de correspondance entre les Chrétientés sémitiques, grecques et latines d’une part, et les différentes castes d’autre part ; mais je ne vois pas très bien sur quoi cela peut se baser ; pourriez-vous me donner quelques explications là-dessus ?
Pour la question de l’araméen, je me demande s’il n’y aurait pas en réalité 2 langues différentes désignées par ce même nom : l’ancien araméen n’était-il pas tout autre chose que ce qu’on a appelé araméen plus tard ? On appelle bien aussi “syro-chaldaïque” une langue qui n’a rien à voir avec le chaldéen...
À propos de votre dernier article, il faut que je vous signale un point qui appelle des réserves : le nom d’Abraham (qui est d’ailleurs un composé “ab-raham”) ne peut pas avoir de rapport avec “eber” ; il y a là encore la confusion de א et de ע, que je me souviens de vous avoir déjà signalée à un autre propos ; l’insuffisance de l’alphabet latin pour les transcriptions est bien fâcheuse !
Bien cordialement à vous.
René Guénon
Каир, 19 августа 1938 г.
(перевод на русский язык отсутствует)