Le Caire, 17 juillet 1938
Mon cher ami,
Je m’explique très bien que, pour certains astrologues, il y ait, comme vous le dites, une question de “flair”, car, étant donné l’état pitoyable de l’astrologie actuelle, on ne pourrait guère expliquer autrement qu’elle donne des résultats malgré tout ; le thème, en ce cas, joue en somme le rôle d’un “support” comme un autre... Mais le cas de la cryptographie me paraît assez différent de celui-là ; il semble qu’il devrait y avoir là des méthodes assez bien définies, et que, même si on a opéré le déchiffrement par une espèce de “divination”, on devrait du moins pouvoir ensuite le justifier en indiquant comment le cryptogramme avait été formé ; or c’est là ce que n’expliquent presque jamais ceux qui font des recherches de ce genre, de sorte que les résultats qu’ils énoncent sont généralement invérifiables.
Je ne comprends pas bien pourquoi on devrait prendre en considération le pôle du Soleil, car c’est forcément par rapport à la terre que tout est envisagé dans l’astrologie ; ce pôle pourrait-il représenter pour nous un point fixe dans le ciel ? – Quant à l’inclinaison de l’écliptique par rapport à l’équateur, est-ce que certains ne l’ont pas considérée comme le résultat d’un accident lié à la “chute” ? Je ne me souviens plus où j’ai vu quelque chose de ce genre...
Pour l’histoire des “coups de canon”, il est possible en effet que la “source” première soit Cadet-Gassicourt, ou encore Barruel ; je ne sais pas à quelle époque au juste on a commencé à parler de cela, mais en tout cas ce ne peut être que postérieur à la Révolution.
Je ne sais pas plus que vous qui est Daumer ; ce nom m’est tout à fait inconnu.
J’ai bien connu Chr. Cherfils, mais je n’ai jamais eu l’occasion de voir son livre ; celui-ci est d’ailleurs, il me semble, bien antérieur à son adhésion à l’Islam.
Pour le jeûne comme pour bien d’autres choses, il semblerait en somme que, dans le Catholicisme, on ait laissé les prescriptions tomber en désuétude sans les abroger expressément ; ce qui serait intéressant, ce serait de voir vers quelle époque cela a commencé à se produire. Quant aux Chrétiens d’Orient, ils sont certainement, en général, restés plus près de ce qui existait anciennement; mais je ne sais si ce que vous dites au sujet des Chrétiens syriens s’applique à tous ceux-ci indistinctement, car ils sont divisés en de multiples rites différents.
Pour l’Église celtique, on dit que les Culdées se rattachaient à l’Égypte, ce qui semblerait indiquer une dérivation de l’Église d’Alexandrie plutôt que de celle de Jérusalem. – Quant à la liturgie gallicane, est-ce que certaines particularités n’en ont pas été conservées jusqu’à nos jours à Lyon ? – Il semble extraordinaire que certaines choses aient pu disparaître dès le début du IIe siècle ; j’aurais plutôt pensé que c’était vers le IVe seulement.
Ce qu’on pourrait objecter au caractère de langue sacrée pour l’araméen, c’est que ce n’était en somme qu’un dialecte dérivé de l’hébreu et qui semble avoir joué plutôt le rôle de langue vulgaire.
Ce que vous dites au sujet de Lilith est curieux, mais comment le nom d’Ahriman peut-il se trouver dans des traditions sémitiques ?
À quelle époque prendrez-vous vos vacances cette année ? Vous n’en parlez pas encore...
Bien cordialement à vous.
René Guénon
Каир, 17 июля 1938 г.
(перевод на русский язык отсутствует)