Le Corpus minskois de René Guénon

Noël de la Houssaye : Les Bronzes italiotes archaïques et leur symbolique.

Noël de la Houssaye : Les Bronzes italiotes archaïques et leur symbolique. (Éditions du Trident, Paris.) Cette étude débute par des considérations sur les origines de la monnaie dans le bassin de la Méditerranée, question assez obscure, et pour laquelle, comme pour tant d’autres choses, il ne semble pas possible de remonter au-delà du VIe siècle avant l’ère chrétienne. En tout cas, l’auteur a bien compris que la « monnaie était pour les Anciens une chose sacrée », contrairement à la conception toute profane que s’en font les modernes, et que c’est par là que s’explique le caractère des symboles qu’elle portait ; on pourrait même aller plus loin, pensons-nous, et voir dans ces symboles la marque d’un contrôle exercé par une autorité spirituelle. Ce qui suit, et qui concerne plus proprement Rome et l’Italie, est beaucoup plus hypothétique : le rapprochement du nom d’Énée et du nom latin de l’airain, pour n’être pas impossible, semble pourtant assez discutable ; et c’est peut-être une interprétation bien restreinte de la légende d’Énée que de ne voir, dans les différentes étapes de ses voyages, rien d’autre que celle de la propagation de la monnaie de bronze ; quelque importance qu’ait pu avoir celle-ci, elle ne peut cependant être considérée que comme un fait secondaire, sans doute lié à tout l’ensemble d’une tradition. Quoi qu’il en soit, ce qui nous paraît invraisemblable, c’est l’idée que cette légende d’Énée puisse avoir un rapport quelconque avec l’Atlantide : d’abord, ses voyages, s’effectuant de l’Asie Mineure vers l’Italie, n’ont évidemment pas leur point de départ du côté de l’Occident ; ensuite, ils se réfèrent à une époque qui, même si elle ne peut être déterminée avec une entière précision, est en tout cas postérieure de plusieurs millénaires à la disparition de l’Atlantide ; mais cette théorie trop imaginative, ainsi que quelques fantaisies linguistiques sur lesquelles nous n’insisterons pas, doit probablement être attribuée au fait que l’étude dont il s’agit parut tout d’abord en partie dans la revue Atlantis… L’énumération des symboles figurant sur les monnaies paraît avoir été faite d’une façon aussi complète que possible, et à la fin de l’ouvrage ont été ajoutés des tableaux synoptiques permettant de se rendre compte de leur répartition sur le pourtour du bassin méditerranéen ; mais sur la signification de ces symboles, il y aurait eu certainement beaucoup plus à dire, et il y a même à cet égard des lacunes quelque peu étonnantes. Ainsi, nous ne nous expliquons pas qu’on puisse dire que la proue d’un navire associée à la figure de Janus sur l’as romain « concerne Saturne, et lui seul », alors qu’il est pourtant assez connu que le navire ou la barque était un des attributs de Janus lui-même : et il est curieux aussi que, à propos de Saturne, on puisse appeler « ère pastorale » ce qui est en réalité l’« ère agricole », c’est-à-dire exactement le contraire, puisque les pasteurs sont essentiellement les peuples nomades, tandis que les agriculteurs sont les peuples sédentaires ; comment donc l’« ère pastorale » pourrait-elle bien coïncider avec la « formation des villes » ? Ce qui est dit des Dioscures n’en éclaircit guère la signification, et de même pour les Kabires ; mais, surtout, comment se fait-il que l’auteur ne semble pas avoir remarqué que le symbolisme de ces derniers est en étroite relation avec la métallurgie, et même plus spécialement encore avec le cuivre, ce qui aurait eu pourtant un rapport tout à fait direct avec son sujet ?

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