Le Corpus minskois de René Guénon

Le Caire, 26 juillet 1938

Cher Monsieur,

Merci de l’envoi de votre article “Ushnîsha and Chhatra”, que je viens de recevoir ; je l’attendais d’ailleurs, car il y a déjà quelque temps que j’avais reçu votre carte m’indiquant une rectification à y faire. – Je vois qu’il y a encore là différents points qui touchent d’assez près aux questions dont nous avons parlé récemment, notamment à propos de la caverne cosmique et de sa voûte. – Le chariot solaire dont la caisse est carrée ou rectangulaire et le toit en forme de dôme (p. 16) correspond exactement aux formes que le symbolisme chinois assigne respectivement à la terre ou au ciel. Mais, d’autre part, je remarque, au sujet des monnaies chinoises, quelque chose qui semble être une anomalie par rapport à l’interprétation envisagée p. 17, vers la fin de la note 1 : si la pièce elle-même est ronde, le trou dont elle est percée en son centre est généralement carré ; comment l’expliquer ? Il semble que, pour ce cas, il faudrait envisager une autre interprétation : la partie centrale représentant la terre, entourée de toutes parts par le ciel...

J’ai reçu aussi, la semaine dernière, le nº de l’“India Bulletin” que vous m’avez envoyé ; je ne savais pas du tout qu’une publication de ce caractère paraissait en Angleterre même...

M. Préau, dans sa dernière lettre, me dit avoir bien reçu votre article, ainsi que les deux photographies destinées aux illustrations ; merci !

Je vous retourne sous ce pli la photographie de Bharhut, et je m’excuse d’avoir été obligé pour cela de réutiliser une vieille enveloppe, ne réussissant pas à en trouver une de la dimension voulue... – Il y a une chose qui m’intrigue : ce sont les mains qu’on voit vers le bas de la partie gauche ; il ne semble pas qu’elles puissent appartenir aux personnages qui sont placés au-dessous, et d’ailleurs elles ont plutôt l’air d’empreintes ; mais alors que représentent-elles ? Je serai très heureux si vous pouvez me donner un éclaircissement là-dessus...

Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes biens cordiaux sentiments.

René Guénon

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