Le Corpus minskois de René Guénon

Alexandrie, 12 juillet 1936

Cher Monsieur,

Nous nous sommes décidés, ma femme et moi, à venir passer quelque temps ici pour changer un peu d’air, ce dont nous avions réellement besoin ; nous y sommes depuis une semaine et ne savons pas encore combien de temps nous y resterons. Ne vous étonnez donc pas si je tarde à répondre à quelque lettre de vous ces temps-ci, car je n’ai aucune possibilité de faire suivre ma correspondance pendant mon absence.

Avant mon départ, j’ai reçu (transmise par Chacornac) une lettre un peu singulière de M. Carl Hentze : il dit avoir pris connaissance de mon article sur la “double spirale” que vous lui aviez signalé, et se déclare heureux de l’accord de mes conclusions avec les siennes, mais... il me demande de signaler qu’il avait déjà formulé celles-ci dans son ouvrage publié en 1932 et que je pourrai trouver au Musée Guimet ! – Cette sorte de revendication de “priorité” m’a paru une chose plutôt étonnante, car il m’est bien difficile de comprendre qu’une idée vraie et traditionnelle puisse être regardée comme la propriété de quelqu’un... Quoi qu’il en soit, en lui répondant, j’en ai profité pour lui demander de me faire envoyer son dernier livre (que Chacornac devait d’ailleurs avoir déjà demandé à l’éditeur), et aussi, si possible, le précédent qui est ici en cause, disant qu’en ce cas j’en parlerai bien volontiers, mais qu’autrement mon éloignement de toute bibliothèque ne me permet pas d’en prendre connaissance. – J’ignorais d’ailleurs tout à fait le nom même de M. Carl Hentze, aussi bien que ses ouvrages, avant que vous m’en ayez parlé tout récemment ; on ne peut pourtant pas exiger, de quelqu’un qui entend uniquement se placer au point de vue traditionnel, et non à celui de l’érudition, qu’il se tienne au courant de tout ce qui paraît ! Enfin, je vous tiendrai au courant de ce qui résultera de cette histoire...

Votre article sur Srî Râmakrishna doit paraître dans le nº de juillet des “Études Traditionnelles” ; et, d’après ce qu’on m’écrit, je pense qu’un de vos deux autres articles pourra passer dans le nº d’octobre.

Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes sentiments les meilleurs.

René Guénon

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