Le Caire, 16 mai 1936
Cher Monsieur,
Je reçois à l’instant votre lettre du 26 avril ; merci pour ce passage des Mémoires de Casanova que vous voulez bien me signaler. Je me souviens maintenant que je l’ai vu autrefois cité dans quelque ouvrage maçonnique, mais je ne sais plus lequel exactement ; il me semble que ce doit être un ouvrage de Ragon ; mais, ne l’ayant pas vu depuis bien des années, je n’y pensais plus... Il donne en effet une idée très juste au sujet du secret initiatique ; sans doute pourrai-je le citer, soit dans quelque article, soit en tout cas quand j’arrangerai mes articles sur l’initiation pour en faire un volume.
Ces temps-ci, on me demande de différents côtés ce qu’il faut penser de Sri Aurobindo Ghose, et j’avoue que je suis très embarrassé pour répondre à ce sujet, n’ayant pas eu l’occasion de lire ses écrits. Ce que je sais, c’est qu’il y a autour de lui tout un groupe de Français sur lesquels j’ai les plus mauvais renseignements et dont le rôle paraît très suspect ; on dit que ces gens ne laissent approcher de lui que qui leur plaît, et même que ce sont eux qui rédigent en réalité ce qui est publié sous son nom. Comment se fait-il qu’il puisse subir un pareil entourage ? Il y a là quelque chose que je n’arrive pas à m’expliquer ; si vous aviez des informations là-dessus, vous me rendriez vraiment service en m’en faisant part.
Dans ma dernière lettre, j’ai dû oublier de vous remercier de ce que vous me disiez au sujet de Messrs. Ganesh and Co. Aujourd’hui, je reçois justement une lettre de Mr. Mac Iver qui traduit l’“Introduction Générale”, et qui me dit qu’il n’a encore reçu d’eux aucune réponse, bien qu’il leur ait adressé une seconde lettre le 9 mars et qu’il l’ait expédiée cette fois par la poste aérienne ; ce silence paraît vraiment assez singulier...
Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes bien cordiaux sentiments.
René Guénon