Le Caire, 14 mars 1936
Cher Monsieur,
Je vous remercie bien vivement de l’envoi de votre article, que je viens de recevoir et de lire ; c’est une excellente idée que vous avez eue là ! Il sera en effet très opportun de donner dans le “Voile d’Isis” quelque chose de ce caractère à l’occasion du centenaire de Shrî Râmakrishna, qui a été trop souvent présenté d’une façon si déformée par les interprétations “occidentalisées” de certains disciples... Et, en dehors de cette considération, votre article est en lui-même du plus grand intérêt ; on ne saurait mieux mettre au point cette question de la soi-disant “tolérance religieuse”, contre toutes les conceptions vulgaires “syncrétistes” ou “éclectiques”. – Il est d’ailleurs bien entendu que, si cet article paraît également en anglais dans l’Inde, cela ne saurait avoir aucun inconvénient, le public n’étant certainement pas le même dans les deux cas.
J’ai vu ces jours-ci que Mr. Paul Mus dont vous m’avez signalé le travail sur le Borobudur, a fait dernièrement une communication à l’Académie des inscriptions et belles lettres sur la signification symbolique du temple d’Angkor-Tom. Si on ose maintenant parler de symbolisme dans un tel milieu, c’est tout de même à croire qu’il y a quelque chose qui commence à changer réellement...
Merci encore ; cher Monsieur, et croyez, je vous prie, à mes sentiments les meilleurs.
René Guénon