Le Corpus minskois de René Guénon

Le Caire, 30 avril 1936

Monsieur,

J’ai reçu hier le paquet de livres que vous m’aviez annoncé, et, bien que je vous aie écrit il y a peu de jours, je ne veux pas tarder davantage à vous en remercier, ainsi que d’un autre envoi arrivé en même temps, et dans lequel j’ai trouvé le n° d’« Art et Médecine » sur la Syrie, ainsi que quelques articles et des extraits de Gobineau ; devrai-je vous retourner ces derniers avec les livres ?

Les idées de Gobineau, sur bien des points, ne sont certes pas conciliables avec les doctrines traditionnelles ; parler d’un Livre sacré comme d’une composition humaine est, pour nous, une chose véritablement inouïe ! – quant au Bâbisme, il est bien impossible d’y trouver des influences mazdéennes comme il le prétend ; c’est une hérésie islamique et rien d’autre. Il y a là, en ce qui concerne les lettres et les nombres, des applications des sciences traditionnelles, mais en grande partie détournées dans un sens hétérodoxe. Rien de tout cela n’a d’ailleurs subsisté, car le Bâbisme est devenu le Béhaîsme, qui n’est plus qu’un vague « moralisme » à l’usage des Occidentaux…

Croyez, je vous prie, Monsieur, à mes sentiments les meilleurs.

René Guénon

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