Le Caire, 29 mars 1935
Mon bien cher ami,
J’avais déjà appris la triste nouvelle par une lettre de Hillel, écrite au sortir du service funèbre ; mais il n’avait pas pu me donner les mêmes détails que vous. Ainsi, le dénouement a été encore plus rapide que ce que vous m’aviez dit ne le faisait supposer ; et je me demandais ce qui avait bien pu survenir… Oui, sûrement, notre pauvre ami aimait la vie, et voilà qu’il lui a fallu la quitter prématurément, car en somme il n’était pas bien âgé encore ; connaissant son caractère, on s’explique ses regrets… – Ce que vous me dites de l’attitude du petit clergé de l’église (je suppose qu’il s’agit des vicaires) ne m’étonne pas beaucoup ; mais tout de même, quelle singulière mentalité !
Je vais beaucoup mieux maintenant, et pourtant il y a des moments où je ressens encore un peu de fatigue. Nous avons ces jours-ci un temps très variable ; aujourd’hui, le soleil ne s’est pas montré, ce qui est rare, et le ciel gris me rappelle celui de Paris…
J’ai répondu à Melle Dufau dans le sens convenu ; je me demande ce qu’elle va bien pouvoir me récrire ; naturellement je ne manquerai pas de vous tenir au courant.
Je n’ai pas entendu parler de Pierrefeu ; et vous, savez-vous maintenant ce qu’il est devenu ?
J’ai reçu dernièrement une lettre d’un jeune homme, malade dans un sanatorium, me demandant quelques renseignements et me disant avoir connu mes livres par le Dr Winter.
Excusez-moi de ne vous écrire que ces quelques mots aujourd’hui, et tâchez de me redonner bientôt de vos nouvelles.
Tout affectueusement.
René Guénon