Le Corpus minskois de René Guénon

Dr Alexander Cannon, «L’Influence invisible»

Dr Alexander Cannon. L’Influence invisible. Traduit de l’anglais par Grace Gassette et Georges Barbarin. (Éditions du Prieuré, Bazainville, Seine-et-Oise). – Ce livre est présenté comme « révélation des secrets thibétains » ; l’auteur fait suivre son nom de plusieurs lignes de titres universitaires et médicaux, au bout desquels viennent ceux de « Yogi Kushog du Thibet Septentrional et Cinquième Maître de la Grande Loge Blanche de l’Himalaya » ; et, par surcroît, nous apprenons, au cours du volume, qu’il a reçu du « Grand Couvent Lama » (sic) « le plus haut des titres, celui de Chevalier Commandeur d’Asie, qui est égal à celui de Comte dans le Royaume-Uni » ! Tout cela est certes fort imposant, un peu trop même pour inspirer confiance ; en fait, quand nous examinons le contenu de l’ouvrage de ce « Maître », nous n’y trouvons, hélas ! qu’hypnotisme, télépathie, phénomènes psychiques plus ou moins vulgaires, le tout exposé de façon fort occidentale ; dans tout cela pas le moindre « secret », thibétain ou autre, et bien entendu, par un seul mot de doctrine… Ajoutons que le livre est fort mal composé : ce n’est guère qu’un amas d’anecdotes sans autre lien que celui d’une série de conversations soi-disant tenues au cours d’un voyage, et sans qu’on puisse même toujours savoir quel est celui des interlocuteurs qui a la parole. Il y a aussi là-dedans de grosses invraisemblances : que dire, par exemple, d’un personnage qui a « lu un ouvrage de Pythagore », ou encore d’un « Sage » qui se laisse hypnotiser par un serpent ? Certaines histoires, qui sont données comme des souvenirs personnels de l’auteur, nous produisent la fâcheuse impression d’avoir été déjà vus ailleurs : même dans le récit de voyage qui sert vaguement de cadre à tout cela, il y a bien des détails, y compris celui du messager estropié, qui nous rappellent un quelconque roman d’aventures anglais que nous avons lu dans notre enfance, et dont nous regrettons fort de ne pouvoir retrouver la référence, car il eût été curieux de pousser la comparaison plus loin que nos souvenirs ne nous le permettent. Il arrive du reste à l’auteur de se contredire : ainsi, oubliant sans doute qu’il a situé la scène dans une caverne, il y place ensuite, pour les besoins de ses « expériences », une cheminée surmontée d’une pendule ! Enfin une allusion à la « chère vieille Angleterre », retrouvée « après de si longs mois passés dans la sauvagerie thibétaine », nous paraît bien trahir la véritable mentalité de ce prétendu initié oriental… Nous avions déjà, depuis quelques années, toute une série de mystifications dont le trait commun est d’être invariablement placées sous les auspices de la trop fameuse « Grande Loge Blanche » imaginée par les théosophistes ; il n’est pas douteux que nous devons maintenant en compter encore une de plus ; quels desseins peuvent bien se dissimuler au juste derrière tout cela ? Malheureusement, ces sortes de choses font toujours de trop nombreuses dupes : c’est pourquoi nous avons cru bon d’y insister plus qu’elles ne sembleraient peut-être le mériter en elles-mêmes : si leur intérêt est nul, leur danger, dans une époque comme la nôtre, n’est que trop réel.

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