Le Corpus minskois de René Guénon

L. de Païni, «Le Mysticisme intégral»

L. de Païni. Le Mysticisme intégral. (Éditions « Les Argonautes », Paris). – Ce petit volume pourrait être considéré comme une « illustration » de ce que nous disons d’autre part sur la confusion du psychique et du spirituel ; cette seule définition suffirait à le montrer clairement :

« Le mysticisme en soi est une science expérimentale de l’inconscient, qui est une entière pénétration du mystère des forces psychiques obscures de l’organisme. »

Et l’auteur témoigne beaucoup d’estime à la psychologie actuelle parce que

« l’inconscient y reprend son grand rôle primordial ; dans l’économie humaine, notre frêle conscience repose sur son obscurité sans fond, vivante, éternellement mouvante… ».

Tout cela s’accompagne naturellement d’un certain « évolutionnisme », qui s’exprime surtout dans des vues « cosmogoniques » passablement fantaisistes ; et il y a, d’autre part, une étrange exagération du rôle du corps : sans doute, celui-ci représente bien réellement un état de notre être et est dès lors en rapport plus ou moins étroit avec les autres modalités de celui-ci ; mais cela ne veut point dire qu’il soit « une structure de pur psychisme », encore bien moins « une construction spirituelle » ; ici encore, en l’absence de toute notion de la hiérarchie des états, nous sommes en pleine confusion. Il en est une autre, au sujet du mysticisme même : ce que l’auteur appelle « mysticisme intégral », elle ne le trouve point dans le mysticisme occidental, qui est pourtant le seul auquel ce nom puisse s’appliquer proprement, mais dans ce qu’elle croit être le « mysticisme asiatique », et qui est en réalité toute autre chose ; et ce « mysticisme intégral », suivant l’idée qu’elle s’en fait, n’existerait en somme pleinement qu’au Thibet ; pourquoi au Thibet plutôt que dans les autres pays d’Orient, sinon parce qu’il a, à tort ou à raison, la réputation d’être particulièrement fertile en « phénomènes » singuliers ? De la tradition thibétaine, qui est initiatique et non mystique, on ne voit ici que le côté psychique, et même psycho-physiologique, c’est-à-dire que les moyens sont pris pour la fin ; et tout cela ne serait qu’une « dislocation vivante de l’être », aboutissant à une « immersion dans le grand océan psychique aux profondeurs insondables et redoutables »… Redoutables en effet, car il s’agit bien là de possibilités de l’être, mais de possibilités inférieures que l’initiation doit, tout au contraire, lui permettre de surmonter définitivement. Un livre comme celui-là produit une impression véritablement pénible ; ce qu’il propose à l’homme, c’est bien une « marche en arrière », mais qui, loin de le conduire « vers l’esprit pur », ne saurait le mener qu’à une « communion cosmique » avec les puissances « infra-humaines », car ce sont celles-ci, et non point des forces « spirituelles », qui règnent dans « l’immense océan du profond psychisme racial », profond assurément, mais au sens « abyssal » et « infernal » du mot !

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