Le Corpus minskois de René Guénon

Paris, 3 janvier 1922

Chère Mademoiselle,

Si je n’ai pas répondu plus tôt à votre lettre, qui date déjà de plus d’un mois, c’est que nous pensions toujours avoir votre visite ainsi que vous nous le faisiez espérer. La dernière fois que j’ai vu Maritain, il m’a dit que Mademoiselle Bernadette était souffrante et que vous seriez peut-être obligée de la conduire dans le midi ; y êtes-vous allée ? Nous aimons à croire que son état ne présente rien d’inquiétant, et aussi que vous ne vous ressentez plus de vos deux attaques de grippe.

Chez nous, la santé n’est pas très brillante non plus : depuis que nous sommes revenu ici, nous avons tous des rhumes presque continuels. De plus, j’ai souffert tous ces temps-ci de maux de tête qui doivent être dus à la température anormale et malsaine, car beaucoup de personnes s’en plaignent également, et cela ne m’a guère permis de travailler. J’ai pu cependant faire deux articles qui m’avaient été demandés pour la “Revue Bleue”, l’un sur les doctrines hindoues, l’autre sur les origines du Mormonisme ; cette dernière question est actuellement à l’ordre du jour à cause du “Lac Salé” de Pierre Benoît.

J’espère que, comme vous me le disiez, et malgré vos préoccupations, vous allez pouvoir préparer le compte rendu de mon livre pendant ces vacances, afin qu’il paraisse dans la “Revue Universelle” de février. Vous savez peut-être que, pour l’“Action Française”, Daudet a l’intention de faire un article dans lequel il parlera de mes deux ouvrages en même temps.

Et votre thèse, avez-vous pu enfin vous y remettre un peu ?

Vers la fin de novembre, ma tante et ma femme ont aperçu Germain sur la place de l’Hôtel-de-Ville ; elles ont été fort étonnées, mais, comme elles étaient pressées, elles n’ont pas pu l’arrêter. Depuis, j’ai appris par Maritain qu’il avait quitté Sedan au bout d’un mois, qu’il avait été une quinzaine de jours à Chaugy, et qu’il était maintenant à Paris dans une compagnie d’assurance ; mais y est-il encore ? Nous avons su aussi, d’un autre côté, qu’il n’avait pas donné signe de vie à sa famille depuis son départ de Sedan. Quant à nous, nous ne l’avons pas encore vu, et nous nous demandons pourquoi. Avouez que sa façon d’agir est plutôt étrange.

Nous espérons bien que vous ne tarderez plus guère à venir nous voir ; nous serions heureux de pouvoir enfin parler un peu avec vous.

Avec nos meilleurs vœux de nouvel an pour vous et les vôtres, veuillez recevoir, chère Mademoiselle, l’expression de nos sentiments bien sympathiques.

René Guénon

Recherche

Si vous souhaitez devenir mécène afin que
la traduction de ce texte paraisse plus tôt dans le corpus —
écrivez à l’éditeur par courriel
ou via Telegram.

Signaler une correction