Le Corpus minskois de René Guénon

Le Caire, 25 septembre 1935

Mon cher ami,

Je viens de recevoir votre lettre, et j’y réponds à Paris, car je pense que vous ne devrez guère tarder à y rentrer maintenant, bien à regret probablement...

Comme vous le savez sans doute, ce pauvre Clavelle vient d’être sérieusement souffrant d’une crise de néphrite ; il semble que ce soit heureusement passé maintenant, mais il n’a vraiment pas de chance !

Comme je l’ai déjà dit à Clavelle (mais votre absence de Paris l’aura empêché de vous en faire part), la question de l’envoi de l’“Archéomètre” ne se pose plus maintenant, car Muller, qui est ici en ce moment et doit repartir à la fin de cette semaine, veut bien se charger de l’emporter, malgré la faible quantité de bagages à laquelle on a droit pour les voyages en avion, et il ne lui sera pas difficile ensuite de vous le faire parvenir d’une façon ou d’une autre ; je suis bien content d’avoir pu trouver enfin une solution. – À part cela, je n’ai pas trouvé jusqu’ici d’autre livre à vous que Gervais de Laprize (il est vrai que je ne suis pas encore arrivé à tout voir) ; pour celui-ci, je dois dire que son interprétation au sujet de l’alphabet hébraïque me paraît plutôt fantaisiste, et aussi bien exclusivement “matérielle”...

Je ne vois toujours pas plus clair dans l’inscription d’Aubouin ; כילב pourrait se comprendre comme vous dites, mais le ע devant ? Vous pourrez me l’envoyer, mais communiquez-la d’abord à Vulliaud, et n’oubliez pas de lui reposer aussi la question concernant les symboles des Pharisiens et des Sadducéens ; vous pourrez encore, par la même occasion, lui demander son avis au sujet du scorpion...

Pour en finir avec les Juifs, je n’ai jamais entendu parler d’une colonie qui serait venue directement de Palestine en France ; cela se dit pour l’Espagne, et c’est de là que seraient venus ensuite les Juifs du midi de la France. Il est vrai que, pour Cailleux, et aussi pour Milosz, le voyage se serait fait en sens inverse, d’Espagne en Palestine ; mais cela doit valoir à peu près cette tribu de Dan qu’on retrouve un peu partout...

Ce que vous dites à propos de mon article sur les “limites du mental” est exact ; mais il faut se méfier de Meyrinck, qui était fortement influencé par Bô Yin Râ.

Pour le nom d’Avalon, je pense que la signification de “pomme” doit appartenir au breton moderne ; la vraie origine doit bien être une des formes du nom d’Apollon. – Quant à Glastonbury, je ne me rappelle plus au juste ce que Waite en dit, et je n’ai pas le temps de le rechercher en ce moment ; en tout cas, certains prétendent que c’est le lieu même où Joseph d’Arimathie se serait établi.

Pour les initiations accompagnées de sacrifices sanglants, il en a sûrement existé, et je crois que l’exemple le plus connu est celui des mystères de Mithra, avec le sacrifice du taureau...

C’est bien dommage que les livres anglais dont vous parlez ne se trouvent dans aucune bibliothèque de Paris ; enfin, comme vous le dites, vous aurez probablement déjà de quoi vous occuper un certain temps sans cela...

Bien cordialement à vous.

René Guénon

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