Le Corpus minskois de René Guénon

Pas de date

Quand on parle de “mantrams” ce n’est pas un redoublement du pluriel ; la lettre m est seulement le signe de l’accusatif, mais ce cas n’a guère sa raison d’être. Il vaut mieux, pour le sanscrit comme pour le latin ou le grec, prendre habituellement la forme du nominatif. Si on se sert de la lettre s pour indiquer le pluriel, c’est pour éviter des formes qui paraîtraient bizarres : âh, ani, etc., ce qui serait une complication peu utile, du moins quand il s’agit de mots isolés et non d’un texte suivi.

Je suis étonné que vous paraissiez considérer le Sânkhya, le Védânta, etc., comme autant de “systèmes” ; ce sont en réalité des branches différentes de la doctrine, qui ne se placent pas au même point de vue, mais qui ne s’excluent pas pour cela (le mot “darshana”, par lequel chacune de ces branches est désignée, signifie “vue”). Les diverses sciences occidentales n’envisagent pas non plus les choses sous le même aspect, mais on ne peut pas considérer chacune d’elles comme un système qui s’opposerait aux autres. Quant aux termes “spiritualisme” et “matérialisme”, leur grand tort, dans la circonstance, est de ne pouvoir s’appliquer proprement qu’à des modes de la pensée “philosophique”, au sens où l’on entend ce mot dans l’Occident moderne ; on ne peut même pas s’en servir pour caractériser les philosophes grecs ou ceux du moyen âge.

Ma femme se rappelle à votre bon souvenir.

Bien cordialement à vous

René Guénon

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