Le Corpus minskois de René Guénon

Paris, 2 juin 1929

Mon cher ami,

Nous avons regretté aussi votre absence jeudi soir, et nous nous demandions si vous seriez encore là jeudi prochain ; d’après votre lettre, je crois comprendre que vous serez parti avant. J’espère, en tout cas, que ma lettre vous parviendra avant votre départ ; j’aurais voulu vous répondre dès hier, mais je n’ai pas pu trouver le temps.

En arabe, Qotb, le Pôle, s’écrit avec un Qouf, tandis que Kateb, écrire (d’où Kitâb, livre), s’écrit avec un Kaf ; ce n’est donc pas la même racine. Il se peut cependant qu’il y ait lieu d’envisager une explication de la similitude phonétique des deux mots, qui est en effet remarquable, mais je n’ai jamais rien vu à ce sujet, de sorte que je ne peux rien affirmer ; en tout cas, le rapport que vous envisagez pourrait assez bien se justifier.

On peut transcrire indifféremment paraçu ou parashu, comme Çiva ou Shiva ; cela n’a pas d’importance. Si j’écris parashu, Shiva, etc., c’est que j’ai depuis longtemps renoncé à l’emploi du ç et d’autres signes plus ou moins bizarres, pour adopter simplement la transcription qui se rapproche le plus de la prononciation. Il y a ainsi deux lettres sanscrites qui se trouvent représentées par sh, qui ne correspond exactement ni à l’une ni à l’autre, mais qui est ce qui en diffère le moins ; leur différence ne peut pas être rendue dans les alphabets européens.

Merci pour le renseignement relatif à Taranis, Æsus et Teutatès ; j’aurai peut-être quelque occasion de l’utiliser.

Quant à l’histoire des Kshatriyas foudroyés, je ne sais pas trop si cela doit être pris à la lettre, quoique la chose n’ait assurément rien d’impossible.

Le vajra thibétain n’a pas la forme d’un disque ; au contraire, il a aussi une forme allongée, avec deux pointes, et se tient par le milieu ; en somme, cela ressemble beaucoup aux foudres de Zeus. Les deux pointes représentent les deux effets contraires : production et destruction.

Le pouvoir auquel je fais allusion est en effet en rapport très direct avec la “science de l’Aum” ; d’autre part, on peut dire aussi que, au moins en un certain sens, il s’identifie avec le “pouvoir des clefs”, qu’exprime dans le langage hermétique la formule “coagula-solve” (où apparaissent également les deux aspects opposés).

J’ai donné à Chacornac, pour le n° de juillet, un article sur Janus, dans lequel je n’ai d’ailleurs guère fait que rassembler ce que j’en avais déjà dit de différents côtés. Il va falloir maintenant, quand j’aurai un peu de temps, que je m’occupe d’un article pour le n° sur les Templiers ; il n’y a encore que vous qui ayez donné les vôtres.

J’ai enfin corrigé cette semaine les dernières épreuves de mon livre ; il ne pourra sans doute paraître que vers le 15 juin ; que de retards !

Bonnes vacances, et bien cordialement à vous.

René Guénon

Recherche

Si vous souhaitez devenir mécène afin que
la traduction de ce texte paraisse plus tôt dans le corpus —
écrivez à l’éditeur par courriel
ou via Telegram.

Signaler une correction