Blois, 22 septembre 1922
Mon cher ami,
Oui, vous pourrez prendre les deux années du “Magasin pittoresque” (1850 et 1866) à ce prix de 5 f. chacune, et vous serez bien aimable de me les envoyer ici comme vous me le proposez. Je vous rembourserai le tout, achat et port, quand nous nous reverrons, ce qui ne tardera sans doute guère, car nous comptons rentrer à Paris jeudi prochain.
Il y a un nommé Prodhomme qui a publié une étude sur la “Flûte enchantée” de Mozart ; c’est un parent de Mme Gédalge. Ne connaissant pas son adresse, je ne sais si c’est le même que celui qui vous a écrit. Ne vous a-t-il pas dit qui lui a donné l’idée de s’adresser à vous ?
Vous m’aviez déjà parlé des manuscrits de Fabre d’Olivet qui se trouvaient à la bibliothèque de la rue des Saints-Pères, mais je croyais qu’ils y étaient toujours.
Pour ce que vous me dites au sujet des théories d’Einstein, nous en reparlerons. Il y a bien des gens qui croient le temps infini, tout comme l’espace ; dans un cas comme dans l’autre, ils appellent infini ce qui n’est qu’indéfini, et cette erreur prouve simplement qu’ils n’ont pas la moindre idée de ce qu’est l’Infini au sens métaphysique. Il ne me semble pas qu’il soit possible d’édifier une théorie sur des confusions de ce genre : qu’un indéfini soit à la première puissance, ou à la seconde, ou à la troisième, il n’en procède pas moins du fini, auquel il est toujours réductible ; je ne vois pas d’autre part pourquoi il faudrait au moins deux dimensions à l’indéfini pour donner naissance à l’illusion du pseudo-infini. Enfin, il faut prendre garde de ne pas confondre “dimensions” avec “conditions d’existence” ; l’espace à trois dimensions ne représente qu’une seule et unique condition d’existence. Mais, sur tout cela, il nous sera plus facile de nous expliquer de vive voix.
Merci d’avance pour l’envoi des volumes, et à bientôt. En attendant, recevez nos meilleures amitiés.
René Guénon