La Gnose et les écoles spiritualistes1
La Gnose, dans son sens le plus large et le plus élevé, c’est la connaissance ; le véritable gnosticisme ne peut donc pas être une école ou un système particulier, mais il doit être avant tout la recherche de la Vérité intégrale. Cependant, il ne faudrait pas croire pour cela qu’il doive accepter toutes les doctrines quelles qu’elles soient, sous le prétexte que toutes contiennent une parcelle de vérité, car la synthèse ne s’obtient point par un amalgame d’éléments disparates, comme le croient trop facilement les esprits habitués aux méthodes analytiques de la science occidentale moderne.
On parle beaucoup actuellement d’union entre les diverses écoles dites spiritualistes ; mais tous les efforts tentés jusqu’ici pour réaliser cette union sont restés vains. Nous pensons qu’il en sera toujours de même, car il est impossible d’associer des doctrines aussi dissemblables que le sont toutes celles que l’on range sous le nom de spiritualisme ; de tels éléments ne pourront jamais constituer un édifice stable. Le tort de la plupart de ces doctrines soi-disant spiritualistes, c’est de n’être en réalité que du matérialisme transposé sur un autre plan, et de vouloir appliquer au domaine de l’Esprit les méthodes que la science ordinaire emploie pour étudier le Monde hylique. Ces méthodes expérimentales ne feront jamais connaître autre chose que de simples phénomènes, sur lesquels il est impossible d’édifier une théorie métaphysique quelconque, car un principe universel ne peut pas s’inférer de faits particuliers. D’ailleurs, la prétention d’acquérir la connaissance du Monde spirituel par des moyens matériels est évidemment absurde ; cette connaissance, c’est en nous-mêmes seulement que nous pourrons en trouver les principes, et non point dans les objets extérieurs.
Certaines études expérimentales ont assurément leur valeur relative, dans le domaine qui leur est propre ; mais, en dehors de ce même domaine, elles ne peuvent plus avoir aucune valeur. C’est pourquoi l’étude des forces dites psychiques, par exemple, ne peut présenter pour nous ni plus ni moins d’intérêt que l’étude de n’importe quelles autres forces naturelles, et nous n’avons aucune raison de nous solidariser avec le savant qui poursuit cette étude, pas plus qu’avec le physicien ou le chimiste qui étudient d’autres forces. Il est bien entendu que nous parlons seulement de l’étude scientifique de ces forces dites psychiques, et non des pratiques de ceux qui, partant d’une idée préconçue, veulent y voir la manifestation des morts ; ces pratiques n’ont même plus l’intérêt relatif d’une science expérimentale, et elles ont le danger que présente toujours le maniement d’une force quelconque par des ignorants.
Il est donc impossible à ceux qui cherchent à acquérir la connaissance spirituelle de s’unir à des expérimentateurs, psychistes ou autres, non point qu’ils aient du mépris pour ces derniers mais simplement parce qu’ils ne travaillent pas sur le même plan qu’eux. Il leur est non moins impossible d’admettre des doctrines à prétentions métaphysiques s’appuyant sur une base expérimentale, doctrines auxquelles on ne peut pas sérieusement accorder une valeur quelconque, et qui conduisent toujours à des conséquences absurdes.
La Gnose doit donc écarter toutes ces doctrines et ne s’appuyer que sur la Tradition orthodoxe contenue dans les Livres sacrés de tous les peuples, Tradition qui en réalité est partout la même, malgré les formes diverses qu’elle revêt pour s’adapter à chaque race et à chaque époque. Mais, ici encore, il faut avoir bien soin de distinguer cette Tradition véritable de toutes les interprétations erronées et de tous les commentaires fantaisistes qui en ont été donnés de nos jours par une foule d’écoles plus ou moins occultistes, qui ont malheureusement voulu parler trop souvent de ce qu’elles ignoraient. Il est facile d’attribuer une doctrine à des personnages imaginaires pour lui donner plus d’autorité, et de se prétendre en relation avec des centres initiatiques perdus dans les régions les plus reculées du Tibet ou sur les cimes les plus inaccessibles de l’Himâlaya ; mais ceux qui connaissent les centres initiatiques réels savent ce qu’il faut penser de ces prétentions.
Ceci suffit pour montrer que l’union des écoles dites spiritualistes est impossible, et que d’ailleurs, si même elle était possible, elle ne produirait aucun résultat valable, et par conséquent serait bien loin d’être aussi souhaitable que le croient des gens bien intentionnés, mais insuffisamment renseignés sur ce que sont véritablement ces diverses écoles. En réalité, la seule union possible, c’est celle de tous les centres initiatiques orthodoxes qui ont conservé la vraie Tradition dans toute sa pureté originelle ; mais cette union n’est pas seulement possible, elle existe actuellement comme elle a existé de tout temps. Lorsque le moment sera venu, la Thébah mystérieuse où sont contenus tous les principes s’ouvrira, et montrera à ceux qui sont capables de contempler la Lumière sans en être aveuglés, l’édifice immuable de l’universelle Synthèse.
- 1. Paru dans La Gnose, déc. 1909, signé Palingenius. [N.d.É.] ↑