Juin 1938
D. V. Fumet. Notre Sœur la Douleur (Éditions du Seuil, Paris). – Sous ce titre d’inspiration franciscaine, l’auteur développe une série de réflexions sur l’origine, le rôle et la signification de la douleur ; il part de ce point de vue très juste, et trop oublié aujourd’hui, que toutes choses ont une valeur symbolique, en vertu de laquelle « la création fut comme un graphique de l’Esprit de Dieu, comme un cachet relatif de l’Absolu » ; mais pourquoi craint-il d’être pour cela « accusé de platonisme », comme si ce n’était pas là, au fond, une vue inhérente à toute doctrine traditionnelle sans exception ? Il y aurait sans doute des réserves à faire sur l’interprétation qu’il donne de certains symboles, et qui n’est pas toujours parfaitement sûre : ainsi, par exemple, nous n’avons jamais vu, qu’il y ait lieu d’attribuer au cercle un caractère « satanique »… Quant à la question même de la douleur, il semble, si nous comprenons bien la pensée de l’auteur, qu’il s’agisse surtout d’en opérer en quelque sorte la « transmutation » ; cela vaut assurément beaucoup mieux que de la glorifier en elle-même comme on le fait trop souvent en Occident, où, à cet égard comme à tant d’autres, on ne paraît guère se rendre compte des dangers que présente la passivité sous toutes ses formes, car, en définitive, c’est inévitablement à encourager la passivité qu’aboutit pratiquement cette exaltation de la douleur.
P. Saintyves. L’Astrologie populaire, étudiée spécialement dans les doctrines et les traditions relatives à l’influence de la Lune : Essai sur la méthode dans l’étude du Folklore des opinions et des croyances (Librairie Émile Nourry, Paris). – On retrouve, dans cet ouvrage posthume, les qualités et les défauts qui sont non seulement ceux de l’auteur, mais aussi, plus généralement, ceux de tous les « folkloristes » : il faut avoir bien soin d’y distinguer, d’une part, le recueil des faits et des documents patiemment et consciencieusement rassemblés, ce qui représente un travail incontestablement valable et utile dans son ordre, et, d’autre part, l’interprétation et l’appréciation qui en sont données conformément à une mentalité essentiellement « profane » et « rationaliste ». Il y a cependant ici quelque chose qui n’est certes pas sans intérêt à notre point de vue : l’auteur a été amené à reconnaître que les soi-disant « opinions populaires » sont en réalité dérivées originairement d’une source « savante » ; nous dirions, plus précisément, qu’elles sont des vestiges d’une ancienne science traditionnelle, peut-être déformée ou incomprise parfois, mais dont elles ont néanmoins conservé certaines données qui, sans de telles « survivances », se seraient complètement perdues dans bien des cas. Seulement, la valeur de cette science traditionnelle elle-même est ici totalement méconnue, parce que son point de vue et ses méthodes n’ont assurément rien de commun avec ceux des sciences modernes, qu’on est convenu de regarder comme les seules qui méritent d’être prises en considération ; on va même jusqu’à faire grief à la science traditionnelle d’être fondée sur des principes et non sur de simples constatations expérimentales, ce qui d’ailleurs, notons-le en passant, devrait couper court à la légende du prétendu « empirisme » des anciens. Ce qui est vraiment curieux, c’est qu’on nie de parti pris l’existence de faits conformes à cette science, comme si cela était incompatible avec son caractère avant tout doctrinal ; que la connaissance ait dégénéré en « croyance » parce qu’elle a cessé d’être comprise, et que, notamment, il y ait des confusions dues à ce que certaines expressions symboliques ont été prises dans un sens grossièrement littéral par des ignorants, cela est bien certain ; mais ce qui ne l’est pas moins, c’est que des « croyances » auxquelles les faits auraient apporté un démenti constant n’auraient pas pu se maintenir indéfiniment à travers les siècles. Il est assez remarquable aussi que tout ce qui se rapporte à l’influence de la Lune ait le don d’exciter particulièrement la fureur des gens qui se vantent d’avoir « l’esprit scientifique », au sens où on l’entend aujourd’hui, et surtout des « vulgarisateurs » (voir par exemple Arago et Flammarion, dont on trouvera dans ce livre des citations bien caractéristiques à cet égard) ; il y a là quelque chose dont on peut s’étonner à première vue, car un tel acharnement contre des choses qui paraissent tout au moins inoffensives n’est guère facile à justifier ; mais n’y aurait-il pas à cela des raisons plus profondes qu’on ne le croirait, et tenant par quelque côté à la « tactique » même de l’esprit antitraditionnel ?
Июнь 1938 г.
(перевод на русский язык отсутствует)