Octobre 1938
– Dans le Rayonnement Intellectuel (n° de janvier-mars), M. L. Charbonneau-Lassay consacre un article au Saint Graal, aux origines celtiques et aux développements chrétiens de sa légende, et aux figurations de la coupe en rapport avec le sang du Christ. Il rapproche la pierre rouge placée dans une coupe, insigne principal de la mystérieuse organisation de l’Estoile Internelle, de la pierre qui est le Graal pour Wolfram d’Eschenbach, et que celui-ci appelle Lapsit exillis, étrange expression que certains interprètent par « pierre tombée du ciel », ce qui évoque l’émeraude tombée du front de Lucifer, mais peut aussi, ajouterons-nous, avoir quelque rapport avec les « pierres noires ». D’autre part, nous citerons ces quelques lignes qui soulèvent une question fort intéressante, quoique sans doute bien difficile à résoudre complètement : « Certains regardent la légende du Graal comme une sorte de prophétie, ou de thème à clef, se rapportant à un corps d’enseignement oral, hautement traditionnel et aujourd’hui secret, qui reparaît par intermittence dans le monde religieux, gardé, dit-on, par des dépositaires d’élite providentiellement favorisés en vue de cette mission… L’enseignement oral dont il est ici question aurait fleuri dès les premiers siècles chrétiens et serait tombé presque en oubli peu après la paix de Constantin, en 311, et jusqu’à la brève renaissance carolingienne, après laquelle il aurait subi une nouvelle éclipse durant le Xe siècle ; mais pendant le XIe et le XIIe – le “cycle de l’Idée pure” – son influence sur de hauts esprits aurait été considérable, jusqu’à ce que, sous le règne de saint Louis, il disparaisse de nouveau… Énigme historique, si l’on veut, dont on ne doit parler qu’avec réserve ». – Dans le numéro d’avril-juin, il étudie les vases de Jérusalem, de Gênes et de Valence, qui furent considérés comme ayant servi à la Cène, et qui jouèrent ainsi en quelque sorte un rôle de « substituts » du Saint Graal, bien que, en réalité, celui-ci ait été évidemment bien autre chose qu’une coupe matérielle.
– Action et Pensée (n° de juin) publie un article du Swâmî Siddhêswarânanda, L’Univers considéré comme une construction de l’esprit, qui contient des vues intéressantes sur le pouvoir de l’idée, mais qui, dans son ensemble, est malheureusement affecté d’un « subjectivisme » très proche des modernes philosophies « idéalistes », mais très éloigné de toute doctrine traditionnelle.
– La Nouvelle Revue Française (n° de juillet) contient un ensemble d’articles qui semblent constituer en quelque sorte le manifeste d’un nouveau « Collège de Sociologie », et dont les intentions ne nous paraissent pas des plus claires ; l’importance qu’on veut y donner à une prétendue « Sociologie Sacrée » est même plutôt inquiétante, surtout si l’on se réfère plus particulièrement au contenu d’un de ces articles. Celui-ci, intitulé Le sacré dans la vie quotidienne, par M. Michel Leiris, est en effet un exemple tout à fait typique de la façon dont on dénature aujourd’hui certaines notions : prendre les conceptions morales et patriotiques pour du « sacré officiel », aussi authentique que la religion et placé sur le même plan, cela est déjà grave ; mais vouloir essayer de décrire, sinon d’expliquer, l’origine même de l’idée du « sacré » en assimilant celui-ci aux objets quelconques qui peuvent paraître plus ou moins étranges ou mystérieux à l’imagination d’un enfant, fût-ce simplement un poêle, un revolver ou… un chapeau haut de forme, c’est là pousser la caricature et la parodie encore plus loin qu’un esprit seulement « normal » ne pourrait le croire possible. Du reste, le titre même de l’article implique une contradiction évidente : prendre la « vie quotidienne » dans son acception la plus grossièrement profane et prétendre y trouver du « sacré », cela est proprement inconcevable si les mots ont encore un sens ; mais précisément, pour beaucoup de nos contemporains, ils semblent n’en avoir plus aucun ; et ce qui est véritablement terrible pour la mentalité actuelle, c’est que de pareilles choses puissent être écrites, non point avec quelque intention d’ironie ou de satire, qui montrerait au moins une certaine conscience de leur caractère dérisoire, mais au contraire le plus sérieusement du monde !
Октябрь 1938 г.
(перевод на русский язык отсутствует)