1950
– Le n° de juillet-septembre 1949 des Cahiers d’Études Cathares est presque entièrement composé d’articles relatifs au Graal ; le premier est intitulé assez malencontreusement Les trois degrés d’initiation au Graal païen ; pourquoi employer ce mot déplaisant de « païen » pour désigner ce qui se rapporte aux traditions antérieures au Christianisme ? L’auteur, Mme Wiersma-Verschaffelt, qui paraît avoir une grande confiance dans les théories fort contestables de Miss Jessie Weston a d’ailleurs en vue ce que les ethnologues désignent abusivement du nom d’initiation beaucoup plus que l’initiation véritable, et ce n’est en somme que dans ce qu’elle appelle le troisième degré qu’il semble pouvoir s’agir de celle-ci, bien que ce soit encore fort peu clair. Ces confusions sont d’autant plus regrettables que l’idée de rapporter à trois degrés différents l’aboutissement de la « queste » des trois principaux héros du Graal, Gauvain, Perceval et Galahad, aurait peut-être pu donner quelque résultat intéressant si elle avait été mieux appliquée. – Le second article, par M. Romain Goldron, a pour titre La quête du Graal et son rapport avec l’ésotérisme chrétien moderne ; il est permis de se demander comment il pourrait bien exister un « ésotérisme moderne », car le rapprochement de ces deux mots fait l’effet d’une véritable contradiction ; mais, en fait, il s’agit tout simplement des conceptions de Rudolf Steiner. Il paraît que celui-ci était plus particulièrement « autorisé à aborder le problème du Graal », et la raison qui en est donnée est vraiment curieuse : c’est que « Gœthe a été en contact, au cours de sa jeunesse, avec la tradition rosicrucienne », et que « le destin a placé précisément Rudolf Steiner dans l’orbite de la pensée gœthéenne », car il fut, à une certaine époque de sa vie, « chargé d’éditer les écrits scientifiques de Gœthe et de les compléter par les inédits déposés aux archives de Weimar » ; et voilà en quoi consiste, aux yeux de certains, le « rattachement » à une tradition initiatique !
– Ensuite, sous le titre Le Graal pyrénéen, Cathares et Templiers, M. Déodat Roché expose les découvertes qu’il a faites dans certaines grottes, où il a relevé des vestiges d’âge très différent, puisque, suivant l’interprétation qu’il en donne, il en est qui se rapportent aux mystères de Mithra, donc à l’époque romaine, tandis que les autres ne remontent qu’au moyen âge et seraient attribuables aux Cathares et aux Templiers ; cette sorte de coïncidence géographique, qui n’a rien d’étonnant en elle-même, ne prouve assurément pas, bien que cela semble être le fond de sa pensée, qu’il y ait eu quelque filiation traditionnelle plus ou moins directe entre les occupants successifs de ces grottes. Nous n’entendons pas examiner en détail l’identification des divers symboles figurés sur les parois de celles-ci, ce qui serait d’ailleurs à peu près impossible en l’absence de toute reproduction ; nous nous bornerons à dire que l’assimilation établie entre trois « révélations du Graal », représentées par des correspondances cosmiques différentes, et trois « époques de culture » (égypto-chaldéenne, gréco-latine et moderne), si ingénieuse qu’elle puisse être, ne repose pas sur des arguments bien solides, et aussi que l’affirmation suivant laquelle les Templiers auraient « recueilli en Orient la tradition manichéenne » est pour le moins fort hypothétique ; mais, sur ce dernier point, on sait déjà que M. Déodat Roché aime à retrouver un peu partout du « manichéisme ». Quant aux soi-disant « grands maîtres modernes » dont il est question à la fin, et qui auraient pour mission de préparer la venue de l’« époque du Verseau », nous ne savons que trop, hélas ! ce qu’il faut en penser… – Il paraît que M. Déodat Roché est encore de ceux qui ne sont pas satisfaits des remarques que nous avons faites sur leurs travaux, et il a éprouvé le besoin de s’en plaindre tout au long de deux grandes pages ! Il est indiqué que, dans ses études postérieures à son ouvrage Le Catharisme, nous n’ayons « rien trouvé de nouveau » en ce qui concerne la question de la filiation du manichéisme au catharisme, et il en aurait été surpris, dit-il, si nous n’avions écrit par ailleurs que « le gnosticisme sous ses multiples formes ne nous intéresse pas le moins du monde ». Il semble bien résulter de ce rapprochement qu’il inclut le manichéisme dans le gnosticisme ; quoique ce ne soit pas habituel, nous le voulons bien, car cela ne fait en somme qu’une chose de plus à ajouter à toutes celles, déjà fort diverses, qu’on range sous ce vocable ; mais, quoi qu’il en soit, la vérité est tout simplement que, pour pouvoir affirmer la filiation dont il s’agit, il faudrait d’abord savoir exactement ce que fut le manichéisme, et que jusqu’ici personne n’en sait rien ; c’est là, pour formuler des réserves, une raison qui n’a rien à voir avec l’intérêt plus ou moins grand que nous y prenons. Au surplus, M. Déodat Roché a manifestement un goût très prononcé pour l’« hétérodoxie », et il nous est absolument impossible de le partager ; quand il écrit : « Nous laissons de côté les termes d’orthodoxie et d’hérésie… n’ayant pas le temps de nous livrer à des discussions byzantines et désuètes et voulant garder une attitude philosophique », il se trouve justement que ces choses qu’il estime « désuètes » sont de celles qui ont pour nous une importance essentielle, et cela parce que notre attitude n’est pas « philosophique » comme la sienne, mais strictement traditionnelle. Nous ne voudrions pas insister outre mesure, mais pourtant il y a encore au moins un point qui appelle des précisions nécessaires : à propos de l’« influence de R. Steiner » que nous avons notée dans son interprétation de la doctrine cathare, M. Déodat Roché se demande si nous ne parlons pas d’influence « par suite de l’idée que nous nous faisons de l’initiation » ; nous pouvons l’assurer qu’il n’en est rien et que nous n’avons pris là ce mot que dans son acceptation la plus ordinaire, d’abord parce que l’« influence spirituelle » n’a rien de commun avec ce qu’on appelle l’influence d’une individualité sur une autre et qui est ce dont il s’agit dans ce cas, et ensuite parce que R. Steiner n’avait certainement aucune initiation authentique à transmettre. Ensuite, citant cette phrase de nous : « La transmission régulière de l’influence spirituelle est ce qui caractérise essentiellement l’initiation », il ajoute ceci, qui est bien significatif : « Voilà une méthode périmée, ce n’est pas une méthode moderne et ce n’est pas la nôtre ». Ainsi, il considère comme « périmé » ce qui a pour nous une valeur absolument permanente et intemporelle ; s’il préfère les « méthodes modernes » et par là même profanes, y compris la « méthode comparative de la science des religions », c’est assurément son affaire, mais alors qu’il ne soit plus question, ni d’ésotérisme ni d’initiation. En tout cas, cela est bon à enregistrer, car c’est la preuve la plus décisive qu’on puisse souhaiter que, entre son point de vue et le nôtre, il y a un véritable abîme !
– Les Cahiers du Symbolisme Chrétien (n° de janvier-février 1950) publient un article de M. Lanza del Vasto sur les apparitions du Christ après la Résurrection ; il est assez singulier que lui aussi insiste à son tour sur les 153 poissons de la pêche miraculeuse, mais l’interprétation qu’il donne de ce nombre est plutôt vague, aussi bien d’ailleurs que ses considérations plus générales sur le symbolisme du poisson. D’autre part, il note que ces apparitions, d’après les Évangiles, sont au nombre de neuf, mais il omet de remarquer que 153 est égal à 9 × 17 ; or, dans un autre article sur le symbolisme des apparitions mariales de Pontmain, qui dans son ensemble nous paraît quelque peu « forcé », M. Raoul Auclair attribue précisément une importance toute particulière au nombre 17 ; quand on connaît les idées « cycliques » très spéciales de l’auteur, on ne peut pas douter qu’il y ait là plus qu’une simple coïncidence.
– Une étude intitulée Structure de la matière et symbolisme traditionnel, par M. François Tanazacq, contient des considérations curieuses, notamment sur le parti qu’on peut tirer des nombres pour la classification des « corps simples » de la chimie (auxquels, notons-le en passant, il est fâcheusement équivoque de donner le nom d’« éléments », qui s’applique traditionnellement à tout autre chose) ; mais certaines conceptions de la science moderne y sont peut-être prises un peu trop au sérieux, et, si l’on veut pousser trop loin les rapprochements avec la « vision pythagoricienne du monde », on risque de se faire bien des illusions, car l’abîme qui existe entre la science traditionnelle et la science profane ne se comble pas si facilement. – M. Marcel Lallemand, dans un article sur Spiritualité et phénoménologie supranormale, insiste fort justement sur l’insignifiance des « phénomènes » en eux-mêmes au point de vue spirituel, sur les dangers qu’ils présentent à cet égard, ainsi que sur « les causes multiples et essentiellement différentes qui peuvent produire le supranormal » ; il y a là des vues qui s’accordent entièrement avec ce que nous avons exposé nous-même sur la distinction du psychique et du spirituel et sur le « rejet des pouvoirs ». Nous devons seulement faire une réserve quant à ce qui est dit de « la collaboration qui semble s’amorcer aujourd’hui entre des représentants des grandes traditions de l’humanité » ; en effet, les exemples qui en sont donnés ne sont pas faits pour nous inspirer une grande confiance, tant à cause de l’orthodoxie douteuse de quelques-uns de ces « représentants » du côté oriental que des intentions plus ou moins suspectes de certains autres du côté occidental ; il y a malheureusement, dans les tentatives de ce genre, bien des « dessous » dont il convient de se méfier.
– Dans les Cahiers d’Études Cathares (n° d’octobre-décembre 1949), une étude archéologique sur les stèles manichéennes et cathares du Lauragais, par M. Raymond Dorbes, apporte quelques renseignements intéressants sur les « croix cathares » qui existent encore en assez grand nombre dans cette région et qui paraissent avoir été érigées primitivement dans des cimetières ; il est à remarquer qu’on y retrouve constamment, avec des variantes diverses, le symbole universel de la croix inscrite dans le cercle. – Dans un article intitulé Les deux tentations chez les Cathares du XIIIe siècle, M. René Nelli expose la distinction, vraisemblablement inspirée dans une certaine mesure de saint Paul, que ceux-ci faisaient entre la tentation « charnelle », qui, « correspondant à notre servitude physique, est naturelle et inévitable », et la tentation « diabolique », qui « procède du cœur, comme l’erreur, les pensées iniques, la haine et autres choses semblables ». – Vient ensuite un long travail de M. Déodat Roché sur Les Cathares et l’amour spirituel, dont le titre n’indique d’ailleurs pas entièrement le contenu, car il y est question aussi de diverses autres choses, comme le problème du mal, la formation de l’homme terrestre et la séduction luciférienne (qui est ici l’équivalent de la « chute » biblique, mais avec une curieuse distinction entre le rôle de Lucifer et celui de Satan). C’est une étude consciencieusement faite au point de vue historique, et intéressante notamment par les nombreux textes manichéens et cathares qui y sont reproduits ; il est seulement à regretter que l’auteur y ait encore mêlé parfois quelques-unes des interprétations « néo-spiritualistes » qui lui sont habituelles, en faisant appel aux « données de la science spirituelle moderne constituée par Rudolf Steiner ».
– Dans Atlantis (n° de janvier-février 1950), M. Paul Le C––R parle de Celtisme et Druidisme ; il a rassemblé patiemment les quelques données qu’il a trouvées éparses dans des ouvrages divers, mais il y a naturellement mêlé aussi un bon nombre de fantaisies, sur lesquelles nous n’insisterons pas autrement, car elles ne diffèrent guère de celles qui lui sont coutumières ; nous pensons en donner une idée suffisante en disant qu’il trouve « remarquable que, dans Cro-Magnon, il y ait le Grand Chi-Ro »… Lui aussi cède à l’obsession des 153 poissons, mais il en donne du moins une interprétation inédite : il a découvert que « ce nombre correspond à celui d’Aor Ag-Ni »… en faisant R = 100 ! D’autre part, il revient sur la prétendue « origine gauloise de Jésus », qu’il avait déjà soutenue dans son livre Hellénisme et Christianisme, et quelques-uns de ses arguments sont plutôt amusants ; il paraît que le nom de Nazareth devrait s’écrire Nagareth, « où nous retrouverions Aor, Ag, Ni Theos » ; évidemment, avec de semblables procédés, on peut toujours trouver tout ce qu’on veut. Il reproche à une revue consacrée à l’étude des doctrines celtiques de « s’appuyer sur l’ouvrage de F. Schuon », et il prétend que « l’auteur déclare que la vérité ne se trouve que dans les Védas et le Coran, ce qui n’a rien de spécifiquement celtique » ; or il est parfaitement certain que notre collaborateur n’a jamais rien « déclaré » de tel, pour la bonne raison que, comme nous-même, et ainsi que le titre de son livre l’indique d’ailleurs expressément, il reconnaît l’unité fondamentale de toutes les traditions, ce qui implique nécessairement que la vérité se trouve dans tous les Livres sacrés sans exception. Ajoutons encore une petite rectification historique ; ce n’est pas Sédir qui a retourné le mot « désir », mais bien L.-Cl. de Saint-Martin lui-même, qui a fait de ce retournement le nom d’un des personnages de son Crocodile ; pour quelqu’un qui aime tant à se recommander de Saint-Martin, il est vraiment fâcheux de ne pas mieux connaître ses ouvrages !
– Le n° de mars-avril porte pour titre général Magnétisme et Hyperborée ; ce rapprochement peut paraître assez bizarre, et, en fait, il y a un peu de tout là-dedans, comme le montre cette sorte de sommaire qui figure en tête : « le magnétisme, l’aimant, la boussole, l’Hyperborée, les glaciations, le magnétisme humain, les guérisseurs, les sources guérissantes, les sources miraculeuses » ; dans les considérations auxquelles tout cela donne lieu, la science moderne ordinaire et « la métapsychique » tiennent une assez large place. Il faut du moins savoir gré à M. Paul Le C––R de ne plus confondre l’Hyperborée avec l’Atlantide comme il le faisait autrefois, et d’en arriver même à envisager l’origine nordique des traditions ; mais alors l’Atlantide va-t-elle passer maintenant, comme elle le devrait logiquement, au second plan de ses préoccupations ? À part cela, il n’y aurait rien de bien particulier à signaler s’il n’y avait aussi, hélas ! des choses d’un autre genre sur lesquelles nous nous voyons obligé de nous arrêter un peu plus longuement : d’abord, M. Paul Le C––R raconte qu’il s’est reporté, comme nous l’y avions engagé, à notre article des Cahiers du Sud sur l’ésotérisme islamique, et, après quelques assertions plus que contestables, il écrit ceci : « Que l’on juge de mon étonnement en apprenant que le soufisme, qui serait le plus haut degré initiatique, s’appuie sur l’astrologie des cycles et non l’astrologie profane, sur la science des lettres et des nombres, sur l’alchimie, qui n’est pas celle des brûleurs de charbon », sciences qui sont, ajoute-t-il, « les trois voies d’accès aux petits mystères ». Notre étonnement n’est pas moins grand que le sien, car nous n’avons pas dit un seul mot de ce qu’il nous attribue : le « soufisme » n’est pas un degré initiatique, mais tout simplement une dénomination conventionnelle (que du reste nous n’employons jamais) de l’ésotérisme islamique ; et celui-ci ne « s’appuie » nullement sur les sciences traditionnelles en question, qui s’y incorporent seulement en tant qu’applications de la doctrine métaphysique à l’ordre cosmologique. Nous ajouterons que les « écoles coraniques » n’ont absolument rien à voir avec l’ésotérisme et l’initiation ; quand on est assez ignorant de ce dont il s’agit pour confondre une tarîqah avec un Kuttâb, on ferait beaucoup mieux de s’abstenir de parler ! Après cela, et sans doute pour suivre l’exemple de certain individu dont nos lecteurs doivent avoir gardé le souvenir, M. Paul Le C––R a éprouvé le besoin de reprendre à sa façon l’histoire des « Polaires » et de la préface d’Asia Mysteriosa ; il nous faut donc répéter encore une fois que nous n’avons pas été « dupe » et que nous ne nous sommes aucunement « fourvoyé », puisque, comme nous l’avons déjà expliqué, notre but, en agissant comme nous l’avons fait en cette circonstance, était uniquement de gagner le temps nécessaire pour procéder à des vérifications qui nous intéressaient pour diverses raisons qui assurément ne regardent pas nos contradicteurs. Où nous sommes tout à fait d’accord avec M. Paul Le C––R, c’est quand il déplore que « le monde soit actuellement rempli de ces faux prophètes que l’Amérique fait généralement éclore » ; mais ce qui est franchement amusant, c’est que, deux pages plus loin, il comble d’éloges un représentant d’une organisation américaine de cette catégorie, se montrant même tout disposé à admettre sa prétention de « posséder toute la science ésotérique de l’Orient et de l’Occident », et cela parce que ce personnage nous a pris à parti, paraît-il, dans un récent livre sur la réincarnation ; et, par surcroît, il profite de cette occasion pour citer Vivêkânanda et Gandhi comme des autorités en fait de tradition hindoue, ce qui est encore une assez belle méprise. Par contre, il maltraite l’auteur d’un autre livre parce que celui-ci nous cite favorablement et « s’appuie sur nos doctrines hindoues » (ceci est un véritable non-sens, car les doctrines traditionnelles, hindoues ou autres, ne sont assurément la propriété de personne, et d’ailleurs, pour notre part, nous n’avons jamais revendiqué même celle de quelque idée que ce soit), doctrines dans lesquelles, à son avis, « il n’existe aucune lueur spirituelle » ; manifestement, l’attitude des auteurs à notre égard sert de « critérium » à M. Paul Le C––R pour les appréciations qu’il porte sur leurs ouvrages, et, non moins manifestement, il faut se livrer à des déclamations sentimentales pour faire preuve à ses yeux de « spiritualité » !
– Les Cahiers d’Études Cathares (n° de printemps 1950) publient le début d’une longue étude sur La capitulation de Montségur, par M. Fernand Niel ; c’est un travail purement historique, d’ailleurs fort soigneusement fait, et qui se propose surtout de fixer d’une façon précise certaines dates sur lesquelles les témoignages contemporains présentent de singulières contradictions, dues vraisemblablement en grande partie à la négligence des copistes. M. Delmas-Boussagol étudie des monuments funéraires bogomiles dont des reproductions figurèrent à une récente exposition d’art médiéval yougoslave ; il y a là de curieux renseignements, mais l’essai d’explication de certains symboles ne nous paraît pas très satisfaisant, et, de plus, l’auteur a certainement grand tort de prendre au sérieux la prétention des « Deunowistes » bulgares à se donner pour les continuateurs des Bogomiles, ce qui ne serait d’ailleurs pas très flatteur pour ceux-ci. Vient ensuite la première partie d’une étude de M. Déodat Roché sur Pistis Sophia ou l’enseignement du Ressuscité, portant pour sous-titre Esquisse de l’évolution de la gnose (lisons « gnosticisme ») ; on y trouve notamment un exposé des « systèmes » de Simon le Mage et de Valentin, puis des recherches sur les origines « préchrétiennes » possibles de ces conceptions, tant du côté de l’ésotérisme judaïque que de celui des mystères égyptiens et chaldéens, c’est là un sujet particulièrement obscur, et nous ne savons si les nouveaux documents dont on annonce la récente découverte seront de nature à y apporter enfin un peu de clarté.
– Dans les Cahiers du Symbolisme Chrétien (n° de juillet 1950), M. Gaston Georgel étudie les théories du Dr Paul Carton et marque très justement la distinction qu’il convient de faire entre la partie proprement médicale de son œuvre et celle où il a cru devoir se lancer dans des considérations à prétentions ésotériques, mais où, faute de se baser sur des données traditionnelles authentiques, il a commis des erreurs et des confusions multiples, du même genre que celles qui sont le fait habituel des occultistes. M. Georgel a joint à cet article, à propos des tempéraments et de leurs correspondances, une note sur la théorie hindoue des cinq éléments, inspirée en grande partie de notre travail sur ce sujet qui a paru autrefois ici même. Dans un autre intitulé Méditations d’un jour de Pâques, le même auteur insiste sur certains aspects mystérieux des apparitions du Christ après la Résurrection, et il en tire quelques conséquences en ce qui concerne les caractères du « corps glorieux ». M. Marcel Lallemand donne une étude intéressante sur Le Nombre d’or, dont il résume les principales propriétés mathématiques, ainsi que le rôle qu’il joue plus spécialement dans la structure des plantes ; dans une autre étude, il expose Le symbolisme du papillon et de ses transformations, en se référant principalement à la Psyché de l’abbé Pron et aux travaux de L. Charbonneau-Lassay.
– Nous avons reçu le premier n° d’une revue intitulée L’Atelier de la Rose, publiée à Lyon par un groupe d’« artistes-artisans », ainsi qu’ils se désignent eux-mêmes, et placée par eux sous les auspices du peintre Albert Gleizes. Comme on peut s’en rendre compte par là, il s’agit d’un effort de restauration de l’art traditionnel, et ses collaborateurs insistent avant tout, avec beaucoup de raison, sur le « métier » qui doit en constituer la base indispensable, ce qui est parfaitement conforme à ce qu’A. K. Coomaraswamy appelait la « vue normale de l’art ». Dans le domaine de la peinture, qui est celui qui tient ici la place principale, la plus grande importance est donnée à la peinture murale, qui doit s’harmoniser avec l’architecture et faire en quelque sorte corps avec elle ; nous signalerons particulièrement, à cet égard, des Notes sur la fresque de M. R.-M. Burlet. Un autre point essentiel est le rôle du rythme dans l’art traditionnel : un des articles qui s’y rapportent établit une curieuse comparaison entre la peinture et le chant grégorien. Enfin, au point de vue du symbolisme, nous noterons un très intéressant article de M. Robert Pouyaud, intitulé Astrologie et Harmonie colorée ; il s’agit du symbolisme des couleurs, envisagées plus spécialement dans leurs correspondances planétaires et zodiacales. Dans un autre article, sur L’Église romane et la Cathédrale ogivale, le même auteur reprend certaines idées qu’il avait déjà exposées ailleurs : il voit dans la première un type d’architecture traditionnelle par excellence, tandis que, dans la seconde, il découvre des éléments qui « annoncent une rupture d’unité » et qui font déjà prévoir l’approche des temps modernes, « avec leur cortège de conséquences désastreuses pour l’être humain ».
1950 г.
(перевод на русский язык отсутствует)