Année 1949
La Société des Gens de lettres vient de décerner à notre Directeur M. Paul Chacornac, le prix Maria Star 1948 pour son important ouvrage sur le Comte de Saint Germain. Nous sommes heureux de cette distinction bien méritée et nous adressons toutes nos félicitations à l’auteur.
Marco Pallis. Peaks and Lamas. (Alfred A. Knopf, New York). – Bien qu’il ait déjà été parlé ici de cet ouvrage à deux reprises (n° de juin 1940 et de janvier-février 1947) nous devons y revenir encore pour signaler un important chapitre intitulé The Presiding Idea, que l’auteur y a ajouté spécialement pour l’édition américaine, et dans lequel il s’est attaché à définir d’une façon plus explicite le principe d’unité qui est propre à la civilisation thibétaine et qui la distingue des autres formes de civilisations traditionnelles. Que ce principe se trouve dans la doctrine bouddhique, cela n’est pas douteux, mais une telle constatation est pourtant insuffisante, car, dans les pays autres que le Thibet où elle s’est exercée, l’influence du Bouddhisme a produit des résultats très différents. En fait, ce qui caractérise surtout la civilisation thibétaine, c’est l’importance prédominante qui y est donnée à un des éléments de cette doctrine, à un degré qui ne se rencontre nulle part ailleurs ; et cet élément est la conception de l’état de Bodhisattwa, c’est-à-dire de « l’état de l’être pleinement éveillé qui, bien que n’étant plus lié par la Loi de Causalité qu’il a dépassée, continue cependant librement à suivre les vicissitudes de la Ronde de l’Existence en vertu de son identification avec toutes les créatures qui sont encore soumises à l’illusion égocentrique et à la souffrance qui en est la conséquence ». Une apparente difficulté provient du fait que l’état de Bodhisattwa est, d’autre part, considéré communément comme constituant un degré inférieur et préliminaire à celui de Buddha ; or cela ne semble guère pouvoir s’appliquer au cas d’un être « qui non seulement a réalisé le Vide, en un sens transcendant, mais qui aussi l’a réalisé dans le Monde même, en un sens immanent, cette double réalisation n’étant d’ailleurs qu’une pour lui », puisque la Connaissance suprême qu’il possède est essentiellement « sans dualité ». La solution de cette difficulté paraît résider dans la distinction de deux usages différents du même terme Bodhisattwa : dans un cas, il est employé pour désigner le saint qui n’a pas encore atteint l’ultime degré de perfection, et qui est seulement sur le point d’y parvenir, tandis que, dans l’autre, il désigne en réalité un être « qui est identique avec le Buddha par droit de Connaissance, mais qui, pour le bénéfice des créatures, « récapitule », en quelque sorte certains stades pour des raisons « exemplaires », afin de « montrer la Voie », et qui, en ce sens, redescend dans la Ronde plutôt qu’il n’y reste, quelle que puisse être l’impression produite à cet égard sur des êtres toujours prêts à se laisser tromper par les apparences extérieures ». Cette façon d’envisager le Bodhisattwa correspond donc proprement à ce que nous avons appelé la « réalisation descendante », et naturellement, elle a aussi un rapport évident avec la doctrine des Avatâras. Dans la suite du chapitre, qu’il nous est impossible de résumer complètement ici, M. Pallis s’applique à dissiper les confusions auxquelles cette conception du Bodhisattwa pourrait donner lieu si elle était faussement interprétée, conformément à certaines tendances de la mentalité actuelle, en termes de sentimentalisme « altruiste », ou soi-disant « mystique » ; puis il donne quelques exemples de ses applications constantes dans la vie spirituelle des Thibétains. L’un de ces exemples est la pratique de l’invocation, largement répandue dans tout l’ensemble de la population ; l’autre concerne particulièrement le mode d’existence des naldjorpas, c’est-à-dire de ceux qui sont déjà plus ou moins avancés dans la voie de la réalisation, ou dont, tout au moins, les aspirations et les efforts sont définitivement fixés dans cette direction, et que les Thibétains, même relativement ignorants, regardent comme étant véritablement les protecteurs de l’humanité, sans l’activité « non-agissante », desquels elle ne tarderait pas à se perdre irrémédiablement.
Shrî Aurobindo – L’Énigme de ce Monde. (Adrien Maisonneuve, Paris). – Cette brochure est la traduction d’un article écrit en anglais en 1933, en réponse à une question assez « sentimentale », posée par Maurice Magre sur le pourquoi de la souffrance et du mal en ce monde. Il y est très justement répondu que toutes les possibilités doivent se réaliser, et que c’est la division et la séparation qui ont donné naissance au mal, en tant que ces possibilités sont envisagées isolément les unes des autres et de leur principe ; en somme, ce que nous considérons comme le mal, c’est-à-dire comme une négation, n’est tel qu’en conséquence de notre ignorance et de notre horizon limité. Ce qui est plus contestable, c’est que Shrî Aurobindo semble admettre, non pas seulement une évolution spirituelle pour chaque être, mais aussi une évolution au sens d’une « progression » du monde dans son ensemble ; c’est là une idée qui nous semble bien moderne, et nous ne voyons pas trop comment elle peut s’accorder avec les conditions mêmes du développement de toute manifestation. D’autre part, si nous comprenons bien ce qui n’est pas exprimé d’une façon très explicite, il paraît considérer la « réalisation ascendante » comme ne se suffisant pas à elle-même et comme devant être complétée par la « réalisation descendante » ; du moins certaines expressions permettent-elles d’interpréter ainsi sa pensée ; seulement, pourquoi opposer alors la libération telle qu’il l’entend à ce qu’il appelle une « évasion hors du monde » ? Tant que l’être demeure dans le Cosmos (et par là nous n’entendons pas seulement ce monde, mais la totalité de la manifestation), si élevées que soient les états qu’il peut atteindre, ce ne sont pourtant toujours que des états conditionnés, qui n’ont aucune commune mesure avec la véritable libération ; celle-ci ne peut être obtenue dans tous les cas que par la sortie du Cosmos, et ce n’est qu’ensuite que l’être pourra « redescendre », en apparence du moins, sans plus être aucunement affecté par les conditions du monde manifesté. En d’autres termes, la « réalisation descendante », bien loin de s’opposer à la « réalisation ascendante », la présuppose au contraire nécessairement ; il aurait été utile de le préciser de façon à ne laisser place à aucune équivoque, mais nous voulons croire que c’est là ce que Shrî Aurobindo veut dire lorsqu’il parle d’« une ascension d’où l’on ne retombe plus, mais d’où l’on peut prendre son vol dans une descente ailée de lumière, de force et d’Ananda ».
P. B. Saint-Hilaire et G. Monod-Herzen. Le Message de Shrî Aurobindo et son Ashram. (Adrien-Maisonneuve, Paris). – Ce petit volume, fort bien édité, est divisé en deux parties, dont la première est une sorte de résumé des principaux enseignements de Shrî Aurobindo ; il semble qu’on se soit plu à y insister surtout sur leur « adaptation aux conditions du moment », adaptation qui nous paraît décidément aller parfois un peu trop loin dans le sens des concessions à la mentalité actuelle. La seconde partie est une description de l’Ashram de Pondichéry et de ses diverses activités ; cette description et surtout les photographies qui l’accompagnent donnent aussi une impression de « modernité » qui, il faut bien le dire, est quelque peu inquiétante ; on s’aperçoit à première vue que des Européens ont passé par là…
Georges Barbarin. Je et Moi ou le dédoublement spirituel. (Librairie Astra, Paris). – M. Barbarin écrit beaucoup, peut-être trop, car ce qu’il trouve à dire n’a souvent qu’un intérêt assez restreint, et, en cela comme en toutes chose, nous préférerions pour notre part la qualité à la quantité. Ce nouveau volume se présente, au moins dans ses premiers chapitres, sous la forme d’une sorte d’autobiographie psychologique : il pense avoir découvert en lui deux éléments distincts et même plus ou moins opposés, qu’il appelle « Je » et « Moi », et qu’il fait d’ailleurs correspondre respectivement à l’« individualité » et à la « personnalité », en intervertissant le sens normal de ces deux mots conformément à la terminologie théosophiste. Sa principale originalité est donc ici d’appeler « Je », on ne sait trop pourquoi, ce que d’autres appellent « Soi » ; mais, à vrai dire, il s’illusionne grandement sur la portée de ses constatations, car tout cela est certainement d’ordre beaucoup plus psychique que spirituel, et, en fait, on n’y voit rien qui dépasse le niveau individuel humain, de sorte qu’il semble bien s’agir tout simplement de deux parties du « Moi », et que, en tout cas, nous restons bien loin de ce principe transcendant qui est le véritable « Soi », qui du reste ne saurait aucunement se prêter à de telles analyses. L’auteur généralise ensuite ses découvertes en en faisant l’application aux collectivités humaines, puis il en arrive à l’« Homme-Dieu » ; les pages où il interprète à sa façon la double nature du Christ sont encore plus contestables que tout le reste, bien qu’il prétende les appuyer sur certains textes évangéliques dont il essaie finalement de tirer ce qu’il appelle une « Charte de l’Unité ». Au fond, tout cela est plutôt « simpliste » et ne peut guère que contribuer à entretenir certaines confusions dans l’esprit de nos contemporains, déjà trop portés à s’imaginer trouver de la « spiritualité » là où il n’y en a même pas l’ombre ; les banalités psychologiques et sentimentales sont, hélas ! beaucoup plus « à la portée de tout le monde » que la véritable spiritualité.
The Living Thoughts of Gotama the Buddha. Presented by Ananda K. Coomaraswamy and J. B. Horner. (Cassell and Co., London). – Bien que la part qui revient à chacun des deux collaborateurs ne soit pas indiquée expressément, il nous paraît évident que c’est le regretté A. K. Coomaraswamy qui est l’auteur de l’exposé de la vie du Bouddha et de la doctrine bouddhique qui constitue la première partie de ce volume, et où nous retrouvons, sous une forme abrégée et quelque peu simplifiée, l’interprétation qu’il avait déjà donnée dans d’autres écrits, et notamment dans Hinduism and Buddhism. Comme les principaux points en sont connus de nos lecteurs, nous nous contenterons de rappeler qu’un des plus importants est la réfutation de l’erreur courante suivant laquelle le Bouddhisme nierait le « Soi », ce qui a naturellement, entre autres conséquences, celle de rectifier la conception « nihiliste » que certains se sont faite du Nirvâna. Le prétendu « athéisme » bouddhique est aussi écarté par la remarque que, « entre l’immuable volonté de Dieu et la Lex Æterna, il n’y a aucune distinction réelle », et que « Dharma, qui a toujours été un nom divin, est encore, dans le Bouddhisme même, synonyme de Brahma ». Signalons encore que l’auteur insiste très justement sur le fait que ni la doctrine de la causalité ni celle de l’enchaînement des actions et de leurs effets n’impliquent, contrairement à une autre erreur trop répandue, l’idée vulgaire de la « réincarnation », qui en réalité, n’existe pas plus dans le Bouddhisme que dans toute autre doctrine traditionnelle. – Le choix de textes qui suit, et qui est sans doute dû à Miss Horner, comprend un ensemble d’extraits groupés suivant les questions auxquelles ils se rapportent, et dont certaines paraissent avoir été retraduites du pâli, tandis que d’autres sont reproduites d’après diverses traductions anglaises déjà existantes.
Dr Hubert Benoît. Métaphysique et Psychanalyse, Essais sur le problème de la réalisation de l’homme. (Éditions Mazarine, Paris). – Nous aurions souhaité de pouvoir parler favorablement de cet ouvrage, parce que l’auteur a certainement eu une intention très louable en elle-même, mais il a très malheureusement entrepris de l’appliquer à quelque chose qui, par sa nature, ne s’y prêtait aucunement ; et, comme il déclare que c’est en particulier grâce à nos livres qu’il découvrit la métaphysique traditionnelle, cela ne laisse pas de nous donner quelques inquiétudes sur ce que certains peuvent essayer d’en tirer… Il est assurément très bien de chercher à rattacher une science quelconque à des principes d’ordre métaphysique, et c’est même le seul moyen de lui donner ou de lui restituer la « légitimité » qui lui fait défaut dans son état actuel ; mais encore faut-il pour cela qu’il s’agisse réellement d’une science susceptible d’être « légitimée », et non pas d’un de ces produits spécifiques de la mentalité moderne qui ne sont en définitive que des éléments de subversion pure et simple, comme c’est le cas de la psychanalyse ; autant vaudrait s’efforcer de donner une base traditionnelle au spiritisme ou à toute autre aberration du même genre ! Chose assez curieuse, l’auteur, bien qu’il ne semble pas se faire une idée très nette de l’initiation (ne va-t-il pas jusqu’à parler d’une « initiation par la fréquentation des livres » ?), a remarqué qu’il existe une ressemblance entre la transmission initiatique et la transmission psychanalytique, mais il ne s’est pas aperçu le moins du monde que cette dernière ne constituait, à cet égard, qu’une « contrefaçon » véritablement satanique, agissant « à rebours » comme certaines opérations de sorcellerie ; puisqu’il mentionne nos livres, nous ne pouvons que l’engager à se reporter à ce que nous avons écrit là-dessus et qui est cependant assez net. Nous n’insisterons guère sur le contenu de l’ouvrage, qui est, en somme, ce qu’il peut être dans ces conditions, et nous nous bornerons à deux ou trois remarques dont nous ne pouvons vraiment pas nous dispenser, car il est nécessaire de ne pas laisser s’accréditer certaines confusions. Au début, il est bien fait appel à quelques notions de métaphysique et surtout de cosmologie traditionnelle, mais, par la suite, celles-ci disparaissent à peu près entièrement, sauf en ce qui concerne certaines considérations de « polarité » pour lesquelles il n’y avait d’ailleurs nullement besoin de se référer à la psychanalyse et à son langage spécial ; tout finit par être noyé, si l’on peut dire, dans la mythologie des « complexes », des « interdictions », des « compensations », des « fixations », et ainsi de suite. D’autre part, quand on rencontre au milieu de tout cela quelque terme emprunté à la métaphysique traditionnelle, il ne faudrait pas croire qu’il est toujours pris dans le sens qu’il devrait avoir normalement ; en effet, même là ou il est parlé de l’« être total », ce qui est conçu comme tel ne dépasse jamais, en fait, le domaine des possibilités individuelles. L’auteur (et cela encore est bien étonnant de la part de quelqu’un qui a lu nos livres) paraît n’avoir pas la moindre idée des états multiples de l’être, de sorte qu’il réduit tout aux proportions de la seule individualité humaine ; et, s’il est assez difficile de dire ce que peut être au juste la « réalisation » qu’il envisage, ce qui est certain en tout cas, c’est que, en dépit de l’allusion finale à l’« ouverture du troisième œil », ce n’est pas d’une réalisation initiatique qu’il s’agit, de même que, quand le « Soi » est conçu comme « pensée pure », c’est là quelque chose qui ressemble un peu trop à l’« âme » cartésienne et qui est assurément fort loin de l’Âtmâ inconditionné ; quant à l’« Intelligence indépendante », appelée aussi assez singulièrement « Raison divine », c’est tout au plus, pour mettre les choses au mieux, un simple reflet de Buddhi dans l’individualité. En ce qui nous concerne, une conclusion s’impose à la suite de ces constatations : c’est que nous ne saurions trop mettre en garde contre les applications que quiconque peut prétendre faire de ce que nous avons exposé, à notre insu et sans notre approbation, et que nous n’entendons en accepter la responsabilité à aucun degré ; comme toutes les autres déformations des doctrines traditionnelles mal comprises, ce sont là des choses qu’il est évidemment impossible d’empêcher, mais du moins est-il toujours possible, dès qu’on en a connaissance, de les désavouer formellement, et, si désagréable que cela puisse être parfois, c’est là une obligation à laquelle nous ne manquerons pas.
1949
Литературное общество недавно присудило нашему директору, г-ну Полу Шакрнаку, премию Марии Стар 1948 года за его значительный труд, посвященный графу Сен-Жермену. Мы рады этой заслуженной награде и выражаем автору наши поздравления.
Марко Паллис, Peaks and Lamas [Пики и ламы]. (Издательство Alfred A. Knopf, Нью-Йорк). – Хотя об этой работе уже дважды упоминалось (в номерах за июнь 1940 года и январь-февраль 1947 года), нам снова следует к ней вернуться, чтобы отметить важную главу под названием «Преобладающая идея», которую автор специально добавил для американского издания, и в которой он стремился более чётко определить принцип единства, присущий тибетской цивилизации и отличающий её от других форм традиционных цивилизаций. То, что этот принцип содержится в буддийской доктрине, несомненно, но такого утверждения недостаточно, поскольку в областях, где она применялась, помимо Тибета, влияние буддизма давало совершенно разные результаты. На самом деле, тибетскую цивилизацию в первую очередь характеризует преобладающее значение, которое в ней придается одному из элементов этого учения, в степени, которая нигде больше не встречается; и этим элементом является концепция состояния бодхисаттвы, то есть «состояния полностью пробужденного существа, которое, будучи больше не связанным Законом причинности, который оно превзошло, тем не менее свободно продолжает следовать превратностям Круговорота существования в силу своей тождественности со всеми творениями, которые всё ещё подвержены эгоцентрической иллюзии и страданию, являющемуся их следствием». Кажущаяся сложность возникает из-за того, что состояние бодхисаттвы, в то же время, обычно рассматривается как низшая и предварительная ступень по отношению к состоянию Будды; однако это вряд ли применимо к случаю существа, «которое не только осознало Пустоту в трансцендентном смысле, но и осознало её в самом Мире в имманентном смысле, причём это двойное осознание для него в действительности является одним», поскольку высшее знание, которым оно обладает, по сути «без двойственности». Решение этой проблемы, по-видимому, заключается в различении двух способов использования одного и того же термина «бодхисаттва»: в одном случае он используется для обозначения святого, который ещё не достиг высшей степени совершенства и только собирается к ней прийти, в то время как в другом случае он фактически обозначает существо, «которое тождественно Будде по праву Знания, но которое ради блага существ в некотором роде «повторяет» определённые стадии по «образцовым» причинам, чтобы «показать Путь», и которое в этом смысле скорее возвращается в Круговорот, чем остаётся в нем, каким бы ни было впечатление, производимое в этом отношении на существ, всегда готовых обмануться внешними проявлениями». Следовательно, этот способ рассмотрения бодхисаттвы соответствует тому, что мы назвали «нисходящей реализацией», и, естественно, он также имеет очевидную связь с учением об аватарах. В продолжении главы, которую мы не можем здесь полностью резюмировать, г-н Паллис пытается развеять смешения, к которым эта концепция бодхисаттвы может привести, если её ложно интерпретировать, в соответствии с определёнными тенденциями современного мышления, в терминах «альтруистического» или, так сказать, «мистического» сентиментализма; затем он приводит несколько примеров её постоянного применения в духовной жизни тибетцев. Одним из таких примеров является практика призывания, широко распространенная во всем населении; другой относится в частности к образу жизни налджоров [в имеющемся тексте – naldjorpas – прим. пер], то есть тех, кто уже более или менее продвинулся на пути осознания или, по крайней мере, чьи устремления и усилия окончательно утверждены в этом направлении, и кого даже относительно невежественные тибетцы считают истинными защитниками человечества, без «недеятельной» деятельности которых оно вскоре безвозвратно погибнет.
Шри Ауробиндо, L’Énigme de ce Monde [Тайна этого мира]. (Издательство Adrien Maisonneuve, Париж). – Эта брошюра является переводом статьи, написанной на английском языке в 1933 году в ответ на довольно «сентиментальный» вопрос, заданный Морисом Магром о том, почему в этом мире существуют страдания и зло. В ней очень справедливо отвечено, что все возможности должны реализоваться, и что именно разделение и обособление породили зло, поскольку эти возможности рассматриваются изолированно друг от друга и от их принципа; по сути, то, что мы считаем злом, то есть отрицанием, является таковым лишь в результате нашего невежества и ограниченного понимания. Более спорным является то, что Шри Ауробиндо, по-видимому, допускает не только духовную эволюцию каждого существа, но и эволюцию в смысле «прогресса» мира в целом; это идея, которая кажется нам довольно современной, и мы не совсем понимаем, как она может сочетаться с самими условиями развития любого проявления. С другой стороны, если мы правильно понимаем то, что выражено не очень явно, он, похоже, считает, что «восходящая реализация» не является самодостаточной и должна быть дополнена «нисходящей реализацией»; по крайней мере, некоторые выражения позволяют так интерпретировать его мысль; только вот почему тогда противопоставлять освобождение, как он его понимает, тому, что он называет «уходом из мира»? Пока существо пребывает в Космосе (и под этим мы подразумеваем не только этот мир, но и всю совокупность проявления), какими бы возвышенными ни были состояния, которых оно может достичь, это всё же всегда обусловленные состояния, которые не имеют ничего общего с истинным освобождением; последнее может быть достигнуто во всех случаях только путём выхода из Космоса, и только после этого существо сможет «снизойти», по крайней мере, по видимости, больше не подвергаясь никакому влиянию условий проявленного мира. Другими словами, «нисходящая реализация», далеко не противопоставляясь «восходящей реализации», напротив, обязательно её предполагает; было бы полезно уточнить это, чтобы не оставлять места для любых двусмысленностей, но мы хотим верить, что именно это Шри Ауробиндо имеет в виду, когда говорит о «восхождении, с которого больше не падаешь, но с которого можно взлететь в крылатом нисхождении света, силы и Ананды».
П. Б. Сен-Илер и Г. Монод-Герцен, Le Message de Shrî Aurobindo et son Ashram [Послание Шри Ауробиндо и его ашрама]. (Издательство Adrien-Maisonneuve, Париж). Этот небольшой и очень хорошо отредактированный том разделён на две части, первая из которых представляет собой некоторое обобщение основных учений Шри Ауробиндо; кажется, что в нём особое внимание уделяется их «адаптации к условиям момента», адаптации, которая, как нам кажется, иногда заходит слишком далеко в плане уступок современной ментальности. Вторая часть представляет собой описание ашрама в Пондичерри и его различной деятельности; это описание и особенно сопровождающие его фотографии также производят впечатление «модернизма», что, надо сказать, несколько тревожит; с первого взгляда видно, что там побывали европейцы…
Жорж Барбарин, Je et Moi ou le dédoublement spirituel [«Я» и «моё», или духовное раздвоение]. (Издательство Librairie Astra, Париж). – Г-н Барбарин пишет много, возможно даже слишком много, потому что то, что он хочет сказать, часто имеет довольно ограниченный интерес, и здесь, как и во всем остальном, мы предпочли бы качество количеству. Этот новый том представлен, по крайней мере в первых главах, в виде своеобразной психологической автобиографии: он считает, что обнаружил в себе два отдельных и даже более или менее противоположных элемента, которые он называет «я» и «моё», и которые он, кстати, соотносит соответственно с «индивидуальностью» и «личностью», меняя нормальный смысл этих двух слов в соответствии с теософистской терминологией. Следовательно, его главная оригинальность здесь заключается в том, чтобы по непонятным причинам называть «я» то, что другие называют «высшим я»; но, по правде говоря, он сильно заблуждается относительно значения своих наблюдений, поскольку всё это, безусловно, относится к психическому, а не к духовному, и, по сути, здесь нет ничего, что выходило бы за рамки индивидуального человеческого уровня, так что, по-видимому, речь идёт просто о двух частях «я», и что, во всяком случае, мы остаемся очень далеки от трансцендентного принципа являющегося истинным «высшим я», который, впрочем, никоим образом не может поддаваться такому анализу. Затем автор обобщает свои открытия, применяя их к человеческим коллективам, а затем приходит к «Человеку-Богу»; страницы, в которых он по-своему интерпретирует двойственную природу Христа, ещё более спорны, чем остальное, хотя он и пытается подкрепить их ссылками на некоторые евангельские тексты, из которых он в конечном итоге пытается извлечь то, что он называет «Уставом единства». В сущности, всё это довольно «упрощенно» и вряд ли может способствовать чему-либо, кроме поддержания определённой путаницы в сознании наших современников, которые и без того слишком склонны воображать, что видят «духовность» там, где нет даже её тени; психологические и сентиментальные банальности, увы, гораздо более «общедоступны», чем истинная духовность.
The Living Thoughts of Gotama the Buddha. Presented by Ananda K. Coomaraswamy and J. B. Horner [Живые мысли Гаутамы Будды. В изложении Ананды К. Кумарасвами и Дж. Б. Хорнера]. (Издательство Cassell and Co., Лондон). – Хотя доля участия каждого из двух коллег не указана прямо, нам представляется очевидным, что покойный А. К. Кумарасвами является автором изложения жизни Будды и буддийского учения, которое составляет первую часть этого тома, и в которой мы находим в сокращенной и несколько упрощенной форме интерпретацию, уже данную им в других трудах, в частности в «Индуизме и буддизме». Поскольку основные моменты известны нашим читателям, мы ограничимся напоминанием о том, что одним из наиболее важных является опровержение распространенного заблуждения, согласно которому буддизм отрицает «высшее я», что, естественно, среди прочего, влечёт за собой исправление «нигилистической» концепции, которую некоторые составили о нирване. Предполагаемый «атеизм» буддизма также отвергается замечанием, что «между неизменной волей Бога и Lex Æterna [Вечный Закон – прим. пер.] нет никакого реального различия» и что «дхарма, которая всегда была божественным именем, в самом буддизме все ещё является синонимом Брахмана». Отметим также, что автор совершенно справедливо подчеркивает тот факт, что ни учение о причинности, ни учение о цепи действий и их последствий не подразумевают, вопреки другой слишком распространенной ошибке, вульгарную идею «реинкарнации», которой на самом деле не существует ни в буддизме, ни в каком-либо другом традиционном учении. Выбор текстов, несомненно, принадлежит мисс Хорнер, и он включает в себя набор фрагментов, сгруппированных в соответствии с вопросами, к которым они относятся, и некоторые из них, по-видимому, были переведены с пали, в то время как другие воспроизведены по различным уже существующим английским переводам.
Доктор Юбер Бенуа, Métaphysique et Psychanalyse, Essais sur le problème de la réalisation de l’homme [Метафизика и психоанализ. Очерки о проблеме реализации человека]. (Издательство Éditions Mazarine, Париж). – Нам хотелось бы иметь возможность благосклонно отозваться об этой работе, поскольку у автора, безусловно, было вполне похвальное намерение, но, к сожалению, он попытался применить его к чему-то, что по своей природе совершенно к этому не приспособлено; и, поскольку он заявляет, что именно благодаря нашим книгам он открыл для себя традиционную метафизику, это не может не вызвать у нас некоторой озабоченности относительно того, что некоторые могут попытаться извлечь из них... Безусловно, очень хорошо стремиться связать какую-либо науку с принципами метафизического порядка, и это даже единственный способ придать ей или вернуть ей «легитимность», которой ей не хватает в её нынешнем состоянии; но для этого она действительно должна быть наукой, способной быть «легитимизированной», а не одним из тех специфических продуктов современного мышления, которые в конечном итоге являются лишь элементами чистой и прямой подрывной деятельности, как в случае психоанализа; это всё равно, что пытаться дать традиционную основу спиритизму или любому другому заблуждению того же рода! Достаточно любопытно, что автор, похоже, не имея чёткого представления о посвящении (разве он не доходит до того, чтобы говорить о «посвящении через чтение книг»? ), заметил, что существует сходство между инициатической передачей и психоаналитической передачей, но он нисколько не осознал, что последняя в этом отношении представляет собой лишь подлинно сатанинскую «подделку», действующую «наоборот», как некоторые операции колдовства; поскольку автор упоминает наши книги, мы можем только посоветовать ему обратиться к тому, что мы писали по этому поводу, и сказанное там достаточно ясно. Мы не будем особо останавливаться на содержании работы, которое, в общем-то, является только тем, чем оно может быть в этих условиях, и ограничимся двумя или тремя замечаниями, без которых мы действительно не можем обойтись, поскольку необходимо не допускать распространения определённых заблуждений. В начале действительно используются некоторые понятия метафизики и особенно традиционной космологии, но впоследствии они почти полностью исчезают, за исключением некоторых соображений о «полярности», для которых, впрочем, совершенно не было необходимости ссылаться на психоанализ и его специальный язык; все в конечном итоге тонет, если можно так выразиться, в «мифологии» «комплексов», «запретов», «компенсаций», «фиксаций» и так далее. С другой стороны, когда среди всего этого встречается какой-либо термин, заимствованный из традиционной метафизики, не следует думать, что он всегда употребляется в книге в том смысле, который он должен иметь нормально; на самом деле, даже там, где говорится о «тотальном существовании», то, что подразумевается, на самом деле нисколько не выходит за рамки возможностей отдельного человека. Автор (и это ещё более удивительно со стороны того, кто читал наши книги) похоже, не имеет ни малейшего представления о множественных состояниях существования и сводит всё к пропорциям одной лишь человеческой индивидуальности; и, если довольно трудно сказать, чем именно может быть на самом деле «реализация», которую он подразумевает, то во всяком случае совершенно очевидно, что, несмотря на окончательный намёк на «открытие третьего глаза», речь идёт не о инициатической реализации, так же как, когда «высшее я» понимается как «чистая мысль», это что-то, что слишком похоже на картезианскую «душу» и, безусловно, очень далеко от безусловного Атмана; что касается «Независимого интеллекта», также довольно своеобразно называемого «Божественным разумом», то это, в лучшем случае, всего лишь простое отражение Буддхи в индивидуальности. Что касается нас, то в результате этих наблюдений напрашивается вывод: мы не можем не предостеречь от того, что кто-либо может претендовать на интерпретацию изложенного нами, без нашего ведома и одобрения, и что мы не намерены брать на себя ответственность за это в какой бы то ни было степени; как и все другие искажения неправильно понятых традиционных учений, это то, что, очевидно, невозможно предотвратить, но, по крайней мере, всегда можно, как только о таком становится известно, формально это отвергнуть, и, как бы неприятно это иногда ни было, это та обязанность, от которой мы не можем уклониться.