Mai 1940
– Le Compagnon du Tour de France (numéros de janvier et mars) contient un bon article sur L’Outil, par le C∴ Georges Olivier, dont nous extrayons ces quelques considérations fort justes : « L’outil engendra le métier ; le métier, les arts ; au moyen âge, métier et art ne faisaient qu’un… L’outil est à la mesure de l’homme ; il porte en lui, sur lui, la personnalité de son maître… Dans l’atelier, l’outil prend aux yeux de l’initié la valeur d’un objet sacré. L’atelier n’est-il pas un temple où l’on médite, où l’on étudie, où l’on accomplit un travail : une part de l’œuvre universelle ?... De tout temps, sans doute, l’outil fut considéré comme un symbole… On trouve dans nos musées des bannières brodées du saint portant l’outil et la devise du corps de métier : vestiges et témoins d’une époque où se compénétraient intensément la vie économique et la vie spirituelle, où le travail matérialisait la foi, et où la foi spiritualisait le travail. Symboles aussi, et à différents points de vue, l’équerre et le compas des Compagnons, qui, en y ajoutant l’outil distinctif de la profession, ont voulu y voir l’union de l’intellectuel et du manuel dans un même ouvrier : l’Artisan. » Il serait à souhaiter que ces réflexions tombent sous les yeux de ceux qui prétendent soutenir la supériorité du « spéculatif » sur l’« opératif », et qui croiraient volontiers que le symbolisme est l’apanage des seuls « spéculatifs » ! Nous ne ferons de réserves que sur un point : il n’est pas exact de dire que la machine est un « outil perfectionné », car, en un certain sens, elle est plutôt le contraire : tandis que l’outil est en quelque sorte un « prolongement » de l’homme, la machine réduit celui-ci à n’être plus que son serviteur, et, s’il est vrai que « l’outil engendra le métier », il ne l’est pas moins que la machine le tue ; mais, au fond, c’est peut-être bien là, malgré tout, la véritable pensée de l’auteur lui-même, puisqu’il dit ensuite que, « de nos jours, la machine supplantant l’outil, l’usine l’atelier, la société laborieuse se scinde en deux classes par l’intellectualisation du technicien et la mécanisation du manœuvre, qui précèdent la décadence de l’homme et de la société. »
– Dans le Grand Lodge Bulletin d’Iowa (numéros de janvier et février), il est question du symbolisme des clefs dans la Maçonnerie ; un point assez curieux à noter, c’est que la clef a été prise comme représentant la langue, rapprochement qui est expliqué ici par la forme des anciennes clefs égyptiennes ; en outre, la clef est ordinairement un symbole de pouvoir et aussi de secret ; tout cela est exact, mais ce qui est plus important, c’est qu’elle est avant tout et essentiellement, comme nous le disons d’autre part, un symbole « axial ». – Dans le second article, il s’agit de « clefs » d’une autre sorte, celles des alphabets cryptographiques qui sont ou ont été en usage dans la Maçonnerie ; ce qui est intéressant, c’est que des alphabets similaires, et construits sur le même principe, existent non seulement en hébreu (un tel alphabet, employé par les Kabbalistes, se trouve indiqué dans la Philosophie Occulte de Cornélius Agrippa), mais aussi en arabe ; cela donnerait à penser qu’il y a là quelque chose dont l’origine remonte fort loin, et que la dénomination de « clef du chiffre de Salomon » pourrait bien, après tout, n’être pas aussi purement « légendaire » que les modernes sont enclins à le supposer.
– Dans le Symbolisme (numéro d’octobre-novembre-décembre), Gaston Moyse proteste contre l’opinion vulgaire « qui s’obstine à voir entre la Franc-Maçonnerie et les Sociétés dites de « Libre-Pensée » une étroite parenté » ; il remarque avec raison que le « libre-penseur intégral », se proclamant l’ennemi de tous les rites, doit logiquement être par là même un adversaire de la Maçonnerie, et il déclare nettement qu’« il n’existe chez les Sociétés de Libre-Pensée qu’une caricaturale contrefaçon de la Franc-Maçonnerie » ; on ne saurait mieux dire, et nous ajouterons que cette « contrefaçon » présente bien tous les caractères sinistres de celles que nous avons souvent dénoncées comme constituant un des symptômes les plus inquiétants de la dégénérescence de notre époque. – Un article intitulé La « Loi » d’Analogie, par J. Corneloup, porte la marque d’un esprit assez profane : l’auteur confond visiblement analogie avec ressemblance, et, s’il n’a pas tort de s’élever contre certains abus, tout cela n’a rien à voir avec la véritable analogie, dont il ne dit pas un seul mot ; ceux qui invoquent les théories de la physique moderne à l’appui de leurs propres vues ne sont d’ailleurs, quoi qu’il en pense, ni symbolistes ni métaphysiciens ; et, quant à l’affirmation que « la psychologie est le vrai domaine de l’initiation », il serait assurément difficile d’être plus loin de la vérité ! – G. Persigout envisage Les trois Renoncements du Myste comme symbolisés par le « dépouillement des métaux », la « toilette d’introduction » et la « rédaction du testament » ; à côté de certaines vues intéressantes, il y a encore là bien des confusions ; pour ne pas y insister outre mesure, nous dirons seulement que la « voie royale » ne concerne proprement que le « Héros », et non point le « Sage » ni le « Saint », et aussi, dans un autre ordre d’idées, que c’est pour le moins un procédé un peu sommaire que de chercher des parentés de sens entre des mots hébreux en ne tenant compte que de leur lettre initiale ; quant à vouloir « traduire en termes hermétiques » la pensée de certains philosophes contemporains, nous trouvons que c’est faire à ceux-ci un honneur vraiment bien immérité.
Май 1940 г.
(перевод на русский язык отсутствует)