Avril 1938
– Dans le Mercure de France (numéro du 1er février), un article de M. Albert Shinz sur Le Songe de Descartes soulève de nouveau une question qui a déjà donné lieu à bien des discussions plus ou moins confuses, celle d’une prétendue affiliation rosicrucienne de Descartes. La seule chose qui ne semble pas douteuse, c’est que les manifestes rosicruciens, ou soi-disant tels, qui furent publiés dans les premières années du XVIIe siècle, éveillèrent une certaine curiosité chez le philosophe, et que celui-ci, au cours de ses voyages en Allemagne, chercha à entrer en relations avec leurs auteurs, qu’il prenait d’ailleurs simplement pour de « nouveaux savants », ce qui n’était pas de quelqu’un de très « averti » ; mais ces rosicruciens, quels qu’ils fussent (ce n’étaient certainement pas, en tout cas, des « Rose-Croix authentiques », comme le voudrait M. Maritain, qui fit paraître un article sur le même sujet dans la Revue Universelle de décembre 1920), ne paraissent pas avoir jugé à propos de satisfaire son désir, et même s’il lui arriva d’en rencontrer quelqu’un, il est fort probable qu’il n’en sut jamais rien. Le dépit que lui inspira cet échec s’exprima assez nettement dans la dédicace d’un ouvrage intitulé Thesaurus Mathematicus, qu’il se proposa d’écrire sous le pseudonyme de « Polybius le Cosmopolite », mais qui resta toujours à l’état de projet ; il vaut la peine, pour qu’on puisse en juger en toute connaissance de cause, d’en reproduire intégralement la traduction : « Ouvrage dans lequel on donne les vrais moyens de résoudre toutes les difficultés de cette science, et on démontre que relativement à elle l’esprit humain ne peut aller plus loin ; pour provoquer l’hésitation ou bafouer la témérité de ceux qui promettent de nouvelles merveilles dans toutes les sciences ; et en même temps pour soulager dans leurs fatigues pénibles les Frères de la Rose-Croix, qui, enlacés nuit et jour dans les nœuds gordiens de cette science, y consument inutilement l’huile de leur génie ; dédié de nouveau aux savants du monde entier et spécialement aux très illustres Frères Rose-Croix d’Allemagne. » Ce qui est plutôt stupéfiant, c’est que certains ont voulu précisément voir là un indice de « rosicrucianisme » ; comment peut-on ne pas sentir toute l’ironie méchante et rageuse d’une semblable dédicace, sans parler de l’ignorance manifeste dont témoigne la persistance de son auteur à assimiler les Rose-Croix aux savants et « chercheurs » profanes ? Il est vrai que le parti pris s’en mêle quelquefois, dans un sens ou dans l’autre ; mais, en tout cas, réunir cartésianisme et ésotérisme dans une commune admiration ou dans une commune haine, c’est là faire également preuve, du moins en ce qui concerne l’ésotérisme, d’une assez belle incompréhension ! Descartes est, bien certainement, le type même du philosophe profane, dont la mentalité antitraditionnelle est radicalement incompatible avec toute initiation ; cela ne veut d’ailleurs certes pas dire qu’il n’ait pas été, par contre, accessible à certaines « suggestions » d’un caractère suspect ; et n’est-ce pas même ainsi que pourrait s’interpréter le plus vraisemblablement la prétendue « illumination » qui lui vint sous les apparences d’un songe plutôt incohérent et saugrenu ?
– Dans les Archives de Trans (numéro de décembre), M. J. Barles examine l’activité de Desaguliers en 1723-1724 : il continua à exercer les fonctions de Député Grand-Maître pendant cette année, qui fut celle de la Grande-Maîtrise du comte de Dalkeith ; à celui-ci succéda, le 24 juin 1724, le duc de Richmond, qui prit pour Député le chevalier Martin Folkes (que Thory, sans doute par erreur, mentionne avec cette qualité à la date de 1723). Ajoutons que Desaguliers devait reprendre les mêmes fonctions, l’année suivante, sous le comte d’Abercorn ; nous ne voyons donc pas qu’on puisse dire que « sa collaboration avec le duc de Wharton dut lui être défavorable » ; et, d’autre part, il semble bien que M. Barles continue à confondre, comme dans son précédent article, le comte de Dalkeith avec son prédécesseur le duc de Wharton, ce qui altère évidemment l’enchaînement des faits qu’il envisage ici.
– Dans le Symbolisme (numéro de février), Oswald Wirth revient encore sur ce qu’il appelle le Maçonnisme, qu’il paraît d’ailleurs associer étroitement à la seule conception « spéculative » ; « ce qui manque à la Maçonnerie moderne, dit-il, c’est l’instruction maçonnique » ; cela n’est que trop vrai, certes, mais les premiers responsables n’en sont-ils pas, précisément, les « penseurs » qui mutilèrent cette instruction en réduisant la Maçonnerie à n’être plus que « spéculative » ? – G. Persigout consacre son article à La sortie de l’Antre et la « Délivrance » ; il semble donc qu’il s’agisse du même sujet que celui que nous traitons d’autre part ici même, et pourtant les considérations qu’il expose n’ont qu’assez peu de rapport avec les nôtres ; en fait, il s’agit surtout là d’une tout autre question, celle du « vase sacré » et du « breuvage d’immortalité ». Signalons à l’auteur que, suivant la tradition hindoue, Dhanvantari (dont le rôle est comparable à celui d’Asklêpios ou Esculape chez les Grecs) n’a point « apporté du ciel » le vase contenant l’amrita, mais qu’il a été produit, tenant ce vase à la main, du « barattement de l’Océan » ; cela fait une sensible différence au point de vue symbolique.
– Dans le journal France-Amérique du Nord (numéro du 30 janvier), M. Gabriel Louis-Jaray, reproduisant les réflexions que nous avons consacrées il y a quelque temps à un article publié par lui dans le Mercure de France, les fait suivre de quelques commentaires qui semblent indiquer qu’il ne les a pas entièrement comprises : nous n’avons pas dit que Franklin « était probablement Maçon », car il est tout à fait certain qu’il l’était, ni que « la Maçonnerie symbolique issue de la Grande Loge d’Angleterre perdit son influence » à l’époque dont il s’agit, car la Loge Les Neuf Sœurs elle-même ne relevait assurément de rien d’autre que de cette Maçonnerie symbolique ; seulement, en fait, il y avait alors bien longtemps déjà que la Maçonnerie française était devenue complètement indépendante de la Grande Loge d’Angleterre qui lui avait donné naissance un demi-siècle plus tôt. M. Gabriel Louis-Jaray demande aussi aux Études Traditionnelles (notre compte rendu n’était pourtant pas anonyme !) de « préciser comment elle voit (sic) le rôle « étrange » de Franklin » ; la réponse est bien facile : dès lors que nous disions que ce personnage semble bien avoir été surtout « l’agent de certaines influences extrêmement suspectes », il ne pouvait qu’être parfaitement évident, pour tous nos lecteurs, que les influences en question étaient celles de la « contre-initiation ». Il va de soi que c’est là quelque chose qui dépasse de beaucoup le point de vue de « politique extérieure » auquel l’auteur de l’article déclare avoir voulu se borner ; cette expression implique d’ailleurs, en elle-même, une conception « particulariste » dans le cadre de laquelle rien de ce qui fait l’objet de nos études ne saurait rentrer. Du reste, si nous ajoutons que Cromwell nous paraît bien aussi avoir joué antérieurement un rôle tout à fait du même genre que celui de Franklin, M. Gabriel Louis-Jaray comprendra peut-être qu’il ne s’agit pas là simplement de politique « anglaise » ou « anti-anglaise », mais de quelque chose où, en réalité, l’Angleterre, l’Amérique ou d’autres nations peuvent être « utilisées » tour à tour, suivant les circonstances, pour des fins qui n’ont sans doute pas grand’chose à voir avec leurs intérêts particuliers ; se servir de quelqu’un, homme ou peuple, n’est pas du tout la même chose que le servir, même s’il se trouve que les effets extérieurs coïncident accidentellement.
– Dans le Speculative Mason (numéro d’avril), la suite de l’étude intitulée The Preparation for Death of a Master Mason est consacrée à la conception « cyclique » de la vie, envisagée plus spécialement dans la correspondance analogique avec le cycle annuel. – Signalons aussi un article sur les allusions maçonniques contenues dans les œuvres de Rudyard Kipling, et un autre sur le symbolisme de la truelle dans la Mark Masonry.
– Dans le Grand Lodge Bulletin d’Iowa (numéro de février), un article est consacré au rôle joué, dans la Maçonnerie, par le « Livre des Constitutions » et par les Old Charges qui l’ont précédé. – Dans le numéro de mars, à propos de l’expression de « Loge bleue », qui est employée couramment comme synonyme de « Loge symbolique » (c’est-à-dire travaillant aux trois grades d’Apprenti, de Compagnon et de Maître), le symbolisme de la couleur bleue est étudié, ainsi que sa connexion historique avec le Tabernacle et le Temple de Salomon.
Апрель 1938 г.
(перевод на русский язык отсутствует)