Février 1938
– Dans les Archives de Trans (numéro de novembre), M. J. Barles en arrive cette fois à la Grande-Maîtrise du duc de Wharton, dont nous avons déjà parlé dans nos derniers comptes rendus, à propos d’un article de la Revue Internationale des Sociétés Secrètes. Ce sujet est encore un de ceux qui semblent assez difficiles à éclaircir : le duc de Wharton aurait été tout d’abord élu irrégulièrement en 1722, mais ensuite, pour éviter des dissensions, son prédécesseur, le duc de Montagu, se démit en sa faveur le 3 janvier 1723, et l’installation régulière eut lieu le 17 janvier ; Desaguliers fut alors nommé Député Grand-Maître. Les Constitutions d’Anderson furent présentées à la Grande Loge en 1723, approuvées et signées par le duc de Wharton et Desaguliers ; mais ce qui est assez singulier, c’est que cette approbation ne porte pas de date ; la ratification eut-elle lieu à l’assemblée du 17 janvier, comme le pense Mgr Jouin, cité par M. Barles, ou seulement le 25 mars, comme le dit Thory (Acta Latomorum, T. I., p. 20), qui, d’autre part, inscrit, par une erreur évidente, ces événements à la date de 1722 ? Quoi qu’il en soit, nous ne nous expliquons pas que M. Barles envisage comme possible une identification de deux personnages tout à fait différents : Philippe, duc de Wharton, et Francis, comte de Dalkeith ; le second succéda tout à fait normalement au premier comme Grand-Maître, le 24 juin 1723 ; là du moins, il n’y a rien d’obscur. Ce qui l’est davantage, c’est la suite de la carrière du duc de Wharton : en 1724, il adhère à une sorte de contrefaçon de la Maçonnerie, connue sous le nom de Gormogons ; la même année, il vint sur le continent, se convertit au catholicisme et adhéra ouvertement au parti des Stuarts ; puis, en 1728, il constitua une Loge à Madrid, ce qui indique qu’en réalité il n’avait pas renoncé à la Maçonnerie ; enfin, il mourut à Tarragone en 1731. Les précisions sur ce qu’il fit entre 1724 et 1728 paraissent manquer totalement, et c’est d’autant plus regrettable que ce point pourrait présenter un intérêt particulier en connexion avec la question des origines de la Maçonnerie française : en effet, s’il n’existait pas encore de Loges en France en 1723, et si par conséquent le duc de Wharton ne peut en être le Grand-Maître du fait même qu’il était alors Grand-Maître de la Grande Loge d’Angleterre dont ces Loges dépendirent tout d’abord, il ne put recevoir cette qualité que pendant la période dont il s’agit, et au cours de laquelle il est très possible qu’il ait effectivement séjourné en France ; c’est donc là-dessus que devraient surtout porter les recherches de ceux qui voudraient élucider plus complètement cette question.
– Dans le Grand Lodge Bulletin d’Iowa (numéro de décembre), un article est consacré à la comparaison des deux Rites pratiqués principalement en Amérique, le Rite d’York et le Rite Écossais, qui différent non seulement par les degrés auxquels ils travaillent, mais aussi par leur mode d’organisation. L’origine du Rite d’York est en quelque sorte « préhistorique », puisqu’elle remonterait au VIIe siècle ; c’est à ce Rite que se réfèrent les anciens documents maçonniques appelés Old Charges, dont une copie était, pour les Loges opératives, l’équivalent de ce qu’est pour les Loges modernes une charte délivrée par une Grande Loge. Le Rite d’York est régi par les Constitutions d’Athelstan de 926 ; le Rite Écossais, par les Constitutions de Frédéric le Grand de 1786 ; ce qui est assez curieux, c’est que l’origine de ces deux documents, d’époques si différentes, a été également contestée par les historiens ; il va de soi, d’ailleurs, que le droit des organisations maçonniques à les adopter valablement comme loi fondamentale est, en tout cas, entièrement indépendant de cette question d’origine.
– Dans le Symbolisme (numéro de décembre), sous le titre Le Plagiat des Religions, Albert Lantoine envisage les ressemblances qui existent entre le symbolisme des diverses religions, y compris le Christianisme, celui de la Maçonnerie et celui des initiations antiques ; il n’y a pas lieu de s’étonner, dit-il, de ces similitudes qui procèdent, non du plagiat volontaire, mais d’une concordance inévitable ; cela est exact, mais il faudrait aller encore plus loin en ce sens, et il a le tort de méconnaître la filiation réelle, et non pas seulement « livresque » ou « idéale », qui existe entre les différentes formes traditionnelles, sous leur double aspect exotérique, dont la religion est un cas particulier, et ésotérique ou initiatique ; il ne s’agit point là d’« emprunts », bien entendu, mais des liens qui rattachent toute tradition authentique et légitime à une seule et même tradition primordiale. – G. Persigout termine son étude sur Ivresse bachique et Sommeils initiatiques, dont nous avons parlé précédemment. – Dans le numéro de janvier, François Ménard examine les difficultés qu’il y a à faire comprendre la Notion de Connaissance ésotérique dans le monde moderne, et surtout aux esprit imbus des préjugés dus à la « culture » universitaire ; il fait remarquer très justement que tous les « progrès » des sciences telles qu’on les conçoit aujourd’hui ne font pas avancer d’un pas dans la voie de la véritable connaissance, et aussi que, contrairement à la prétention de tout exprimer en termes clairs (qu’il impute au « matérialisme scientifique », mais qui est en réalité d’origine cartésienne), il y a toujours lieu de réserver la part de l’inexprimable, dont la connaissance constitue proprement l’ésotérisme au sens le plus strict de ce mot.
Февраль 1938 г.
(перевод на русский язык отсутствует)