Mai 1940
Charles Clyde Hunt. Masonic Symbolism. (Laurance Press Co., Cedar Rapids, Iowa). – L’auteur, Grand Secrétaire de la Grande Loge d’Iowa, avait publié il y a une dizaine d’années un livre intitulé Some Thoughts on Masonic Symbolism ; le présent volume en est une réédition, mais considérablement augmentée par l’addition d’un nombre presque double de nouveaux chapitres ; ceux-ci avaient paru séparément, dans l’intervalle, sous forme d’articles dans le Grand Lodge Bulletin, et nous avons eu déjà l’occasion d’en mentionner la plupart à mesure de cette apparition. Il eût peut-être mieux valu, nous semble-t-il, garder au livre son titre primitif, car il n’y a pas là, comme le nouveau titre pourrait le faire croire, un traité d’ensemble sur le symbolisme maçonnique ; c’est plutôt une série d’études portant toutes sur des points plus ou moins particuliers. D’autre part, ce qui frappe tout d’abord en voyant ces études ainsi réunies, c’est que les interprétations qui y sont données sont à peu près exclusivement basées sur un certain sens, puisque la Maçonnerie représente une forme initiatique proprement occidentale ; pourtant, beaucoup de questions pourraient être grandement éclairées par une comparaison avec les données d’autres traditions. En outre, les textes bibliques eux-mêmes ne sont guère envisagés que dans leur sens le plus littéral, c’est-à-dire que les explications qui en sont tirées sont surtout d’ordre historique d’une part et moral de l’autre ; cela est manifestement insuffisant, dès lors qu’il devrait s’agir ici, non pas du point de vue religieux, mais du point de vue initiatique ; il semble y avoir là une certaine tendance à confondre les deux domaines, qui n’est d’ailleurs que trop répandue dans la Maçonnerie anglo-saxonne. L’auteur paraît assigner pour but principal à la Maçonnerie ce qu’il appelle la « construction du caractère » (character-building) ; cette expression ne représente au fond qu’une simple « métaphore », bien plutôt qu’un véritable symbole ; le mot « caractère » est bien vague, et, en tout cas, il ne semble rien indiquer qui dépasse l’ordre psychologique ; c’est donc là encore quelque chose de bien exotérique, tandis que, si l’on parlait de « construction spirituelle », cela pourrait avoir un sens bien autrement profond, surtout si l’on y ajoutait les précisions plus proprement « techniques » qu’il serait facile de dégager à cet égard du symbolisme maçonnique, pourvu qu’on sache se garder de « moraliser » purement et simplement à propos des symboles, ce qui n’a certes rien d’initiatique et ne justifie guère l’affirmation du caractère ésotérique de la Maçonnerie. Tout cela n’enlève d’ailleurs rien au mérite et à l’intérêt du livre dans le domaine plus particulier où il se tient de préférence, c’est-à-dire surtout en ce qui concerne la contribution qu’il apporte à l’élucidation d’un certain nombre de points obscurs ou généralement mal compris, comme il y en a trop dans l’état présent de la tradition maçonnique, nous voulons dire depuis que celle-ci a été réduite à n’être plus que « spéculative ».
Giuseppe Leti et Louis Lachat. L’Ésotérisme à la scène : La Flûte Enchantée ; Parsifal ; Faust. (Derain et Raclet, Lyon). – Le titre de ce livre est peut-être insuffisamment précis, car les trois pièces qui y sont étudiées sont envisagées (ou du moins telle a été l’intention des auteurs) au point de vue plus spécial du symbolisme maçonnique, plutôt qu’à celui de l’ésotérisme en général. Il y a d’ailleurs là quelque chose qui peut soulever tout de suite une objection, car, si le caractère maçonnique de la Flûte Enchantée est bien connu et ne peut être mis en doute, il n’en est pas de même pour les deux autres ; et, si l’on peut du moins faire valoir que Goethe fut Maçon tout comme Mozart, on ne saurait en dire autant de Wagner. Il semble bien que, s’il peut y avoir dans Parsifal des points de comparaison avec le symbolisme maçonnique, cela vient de la légende même du Graal, ou du « courant » médiéval auquel elle se rattache, beaucoup plus que de l’adaptation qu’en a faite Wagner, qui n’a pas été forcément conscient de son caractère initiatique originel, et à qui on a même parfois reproché d’avoir altéré ce caractère en y substituant un mysticisme quelque peu nébuleux. Toutes les similitudes qu’indiquent les auteurs peuvent en somme s’expliquer par ce qu’ils appellent l’« héritage des hermétiques » dans la Maçonnerie, ce qui correspond bien à ce que nous venons de dire ; ils y mêlent d’ailleurs trop souvent des considérations assez vagues, qui ne relèvent plus du symbolisme ni de l’ésotérisme, mais seulement d’une « idéologie » qui, si elle représente la conception qu’ils se font de la Maçonnerie, n’est certes nullement inhérente à la Maçonnerie elle-même, et n’a même pu s’introduire dans certaines de ses branches que du fait de la dégénérescence dont nous avons souvent parlé. Quant au cas de Goethe, il est assez complexe ; il y aurait lieu d’examiner de plus près dans quelle mesure son poème de Faust est réellement « marqué de l’esprit maçonnique » comme l’a dit un critique cité ici, et pour lequel l’« esprit maçonnique » n’était peut-être, au fond, que l’idée qu’on s’en fait communément dans le public ; c’est certainement plus contestable que pour d’autres œuvres du même auteur, comme Wilhelm Meister ou le conte énigmatique du Serpent Vert ; et même, à vrai dire, il y a dans Faust, qui constitue un ensemble quelque peu « chaotique », des parties dont l’inspiration semble plutôt antitraditionnelle ; les influences qui se sont exercées sur Goethe n’ont sans doute pas été exclusivement maçonniques, et il pourrait n’être pas sans intérêt de chercher à les déterminer plus exactement… Par ailleurs, il y a dans le présent livre une multitude de remarques intéressantes, mais tout cela, qui aurait grand besoin d’être clarifié et mis en ordre, ne pourrait l’être que par quelqu’un qui ne serait pas affecté, comme les auteurs le sont trop visiblement, par les idées modernes, « progressistes » et « humanitaires », qui sont aux antipodes de tout véritable ésotérisme.
Май 1940 г.
Джузеппе Лети и Луи Лаша. Эзотеризм на сцене: волшебная флейта, Парсифаль, Фауст (издательство Derain et Raclet, Лион). – Заголовок данной книги, вероятно, недостаточно точен, поскольку три указанные пьесы рассматриваются (таково, по крайней мере, намерение авторов) с точки зрения масонского символизма, а не эзотеризма вообще. Более того, перед нами предстает нечто, что может незамедлительно вызвать протест, ибо, если масонский характер Волшебной флейты хорошо известен и неоспорим, то об остальных двух пьесах такого сказать нельзя; и если мы можем допустить, что, по крайней мере, Гете, подобно Моцарту, был масоном, то к Вагнеру это вряд ли относится. Если Парсифаль, очевидно, и имеет точки соприкосновения с масонским символизмом, то они связаны с самой легендой о Граале или средневековым «течением», к коему он имеет отношение, но никак не благодаря адаптации Вагнера, ибо тот не обязательно осознавал его подлинный инициатический характер, будучи даже виновным в замене оного туманным мистицизмом. Короче говоря, все сходства, на которые указывают авторы, могут быть объяснены, как они выражаются, «герметическим наследием» масонства, и это полностью соответствует только что нами сказанному. Кроме того, они довольно часто смешивают смутные рассуждения, не имеющие отношения к символизму или эзотеризму, но связанные только с «идеологией», каковая, даже если и передает их восприятие масонства, определенно никоим образом не свойственна масонству как таковому, хотя присуща некоторым его ветвям как результат вырождения, о котором мы много раз говорили. Случай же Гете весьма сложен. Имеется существенная причина к тому, чтобы более внимательно оценить, насколько его Фауст «отмечен духом масонства», дабы употреблять указанные здесь слова критика, для коего «дух масонства», вероятно, вряд ли отличался от того, что о нем обычно воображает публика. Значительно больше вопросов вызывают, естественно, иные произведения этого автора, например, Вильгельм Майстер или загадочный рассказ Зеленый змей. Собственно говоря, Фауст в целом напоминает «хаотическое» произведение, некоторые части коего испытали антитрадиционное влияние. Труды Гете ощутили, без сомнения, не только масонское воздействие, и определенно было бы весьма полезно попытаться определить оное более точно… Что касается прочего, данная книга содержит множество интересных наблюдений, но все они нуждаются в прояснении и приведении в порядок, что может быть сделано кем-то, не столь предрасположенным, в отличие от тех же авторов, к современным «прогрессистским» и «гуманитарным» идеям, каковые абсолютно противоречат любому подлинному эзотеризму.