Janvier 1938
Victor-Émile Michelet. Les Compagnons de la Hiérophanie. (Dorbon Aîné, Paris). – Sous ce titre un peu étrange, l’auteur a réuni, comme l’indique le sous-titre, ses « souvenirs du mouvement hermétiste à la fin du XIXe siècle » ; à la vérité, il faudrait, pour plus d’exactitude, remplacer « hermétiste » par « occultiste », car c’est proprement de cela qu’il s’agit ; mais ce ne fut bien en effet, faute de bases sérieuses, qu’un simple « mouvement » et rien de plus : qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Le livre intéressera ceux qui ont connu ce milieu disparu depuis assez longtemps déjà, et aussi ceux qui, n’ayant pu le connaître, voudront s’en faire une idée d’après les impressions d’un témoin direct ; il ne faudrait d’ailleurs pas y chercher la moindre appréciation doctrinale, l’auteur s’étant borné au côté uniquement « pittoresque » et anecdotique, que même il présente d’une façon quelque peu incomplète, car il semble qu’il n’ait vu dans ce monde que des « écrivains », ou que du moins il n’ait considéré que sous cet aspect les personnages qu’il y a rencontrés, tant il est vrai que chacun envisage toujours les choses suivant son « optique » particulière ! En outre, il y aurait peut-être des réserves à faire sur quelques points dont il ne parle que par ouï-dire : ainsi, pour ce qui est de l’entrée en relations de Papus et de « Monsieur Philippe » avec la cour de Russie, il n’est pas bien sûr que les choses se soient passées tout à fait comme il le dit ; en tout cas, ce qui est hautement fantaisiste, c’est l’assertion que « Joseph de Maistre avait créé un Centre Martiniste à Saint-Pétersbourg », et que le tsar Alexandre 1er fut « initié au Martinisme » qui n’existait certes pas encore à cette époque… La vérité est que Joseph de Maistre et Alexandre 1er furent l’un et l’autre « Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte » ; mais cette désignation n’est point celle d’un « vieil Ordre dont on attribue vulgairement la création soit à Louis-Claude de Saint-Martin, soit à Martines de Pasqually, mais qui, en réalité, compte six siècles d’existence » ; c’est, tout simplement, celle du dernier grade du Régime Écossais Rectifié, tel qu’il fut intitulé au Convent de Lyon en 1778, sous l’inspiration de Willermoz, puis adopté définitivement à celui de Wilhelmsbad en 1782, ce qui est fort loin de dater de six siècles ! Nous pourrions relever encore d’autres passages qui témoignent d’une information plus ou moins insuffisante, par exemple celui qui est consacré au Dr Henri Favre, dont il est dit notamment qu’« il n’a guère publié que ses Batailles du Ciel » ; or nous avons de lui un énorme volume intitulé Les Trois Testaments, examen méthodique, fonctionnel, distributif et pratique de la Bible, paru en 1872 et dédié à Alexandre Dumas fils, nous devons d’ailleurs reconnaître que nous n’avons jamais vu cet ouvrage mentionné nulle part, et c’est pourquoi nous le signalons ici à titre de curiosité. Notons aussi que la fameuse histoire de l’abbé Boullan apparaît, dans ce livre, réduite à des proportions singulièrement diminuées ; ce n’est pas, sans doute, que le rôle des occultistes en cette affaire doive être pris trop au sérieux (le point de départ réel en fut surtout une plaisanterie de Papus, qui montrait à tout venant une bûche qui était censée représenter Boullan et dans laquelle il avait planté un sabre japonais, soi-disant pour l’envoûter) ; mais la figure même de ce successeur de Vintras est certainement plus inquiétante que ne le serait celle d’un simple « primaire de la sorcellerie », et il y avait chez lui autre chose que les « quelques notions élémentaires de magie » qu’il avait pu prendre « dans l’enseignement des séminaires » ; en fait, cette histoire du « Carmel » vintrasien se rattache à tout un ensemble d’événements fort ténébreux qui se déroulèrent au cours du XIXe siècle, et dont nous n’oserions même pas affirmer, en constatant certaines « ramifications » souterraines, qu’ils n’ont pas une suite aujourd’hui encore…
Январь 1938 г.
(перевод на русский язык отсутствует)