Le Caire, 25 juillet 1949
T∴ C∴ F∴,
Je viens seulement de recevoir votre lettre du 19 juin, et je suis bien peiné d’apprendre les inquiétudes que vous a causées et que vous causent même encore la santé de Madame Bastien ; je veux croire qu’une opération pourra décidément être évitée, et je vous adresse tous mes vœux pour son rétablissement. – Je comprends trop bien que, avec ces préoccupations, vous n’ayez guère pu voir les uns et les autres tous ces temps-ci ; je n’ai pas besoin de vous dire que votre retard à m’écrire est tout excusé !
Puisque Madame Dupré n’a rien retrouvé dans les papiers de son mari malgré ses nouvelles recherches, voilà encore, au sujet des manuscrits d’Abdul-Hâdi, un espoir évanoui, et c’était en quelque sorte le dernier ; c’est vraiment bien extraordinaire que tout ait disparu ainsi sans laisser la moindre trace...
Maridort m’avait donné un aperçu du contenu des procès-verbaux d’Ambelain ; ce qui m’a paru le plus curieux là-dedans, ce sont les séries de « coïncidences » qui manifestement n’ont pas été voulues et qui semblent bien montrer qu’il y a eu autre chose que de l’autosuggestion ; mais, à part cela, je dois dire que je ne vois pas bien à quoi peuvent aboutir des expériences de ce genre, ni surtout quel bénéfice d’ordre spirituel on peut espérer en retirer !
Ph. Encausse semble tarder beaucoup à faire paraître son livre, à moins que ce retard ne soit le fait de son éditeur, ce qui n’aurait rien d’extraordinaire dans les circonstances actuelles. Ce que vous supposez au sujet de l’origine de ses renseignements est en effet très vraisemblable ; je n’ai jamais su s’il était en relation avec Lagrèze, mais c’est bien probable aussi, car je me souviens qu’autrefois il m’avait paru très préoccupé de retrouver toutes les personnes qui avaient connu son père.
Il semble que « Kad » ait cessé de paraître, ou du moins je n’en ai plus entendu parler ; il est vrai que cette publication a toujours été très « intermittente ». Par contre, je continue à recevoir le bulletin des Amis de la Tradition Celtique, « Ogam », qui témoigne d’un réel effort dans le sens des idées traditionnelles ; ce qui est seulement un peu inquiétant, c’est que j’ai constaté, dans un des derniers numéros, la réapparition de J. Boucher... Il paraît, d’autre part, que celui-ci s’est attiré à la G∴ L∴ une histoire assez fâcheuse ; avec un caractère aussi agressif que le sien, cela n’a d’ailleurs rien de très surprenant.
J’avais appris par Genty, il y a quelque temps, la mort de Meslin ; je ne savais pas qui le remplaçait au « Lotus Bleu », mais je m’étais bien douté tout de suite que ce ne pourrait guère être que Chaboseau.
Bien frat∴ à vous.
René Guénon
Каир, 25 июля 1949 г.
(перевод на русский язык отсутствует)