Le Caire, 23 septembre 1946
[…] La compétence du Dr Carton me paraît ne s’étendre qu’à un domaine bien limité ; je ne le connais d’ailleurs pas personnellement ».
[…] Vous avez sans doute raison d’envisager, au début du Manvantara , une période en quelque sorte indifférenciée, en ce sens tout au moins que la tradition primordiale n’a bien qu’un berceau unique, la région hyperboréenne. C’est moins net pour les races, et je ne crois pas qu’on trouve nulle part d’indications bien précises à cet égard ; peut-être est-il possible cependant d’envisager une certaine correspondance entre la différenciation des races et celle des principales traditions dérivées de la tradition primordiale. Seulement une autre question se pose : l’origine des différentes races doit-elle être regardée comme simultanée ou comme successive ? En tout cas, elles apparaissent comme liées aux différents continents qui ont disparu dans les cataclysmes survenus successivement au cours du Manvantara (d’où leur correspondance, même géographique, avec les points cardinaux).
[…] Quant à l’Adam de la Genèse, je ne crois pas qu’on puisse le rapporter au début du Kalpa , car la « perspective » biblique, si l’on peut dire, ne paraît envisager que notre seul Manvantara . En effet, s’il en était autrement, où se situeraient les Manvantaras autre que le premier dans la suite du récit, puisqu’on n’y voit nulle part reparaître un état correspondant au Paradis terrestre ? Il semble même que les premières phases du Manvantara ne soient vues qu’en « raccourci », et qu’il y ait une référence plus particulière et plus directe à la période atlantéenne ; cela peut résulter de ce que le nom d’Adam signifie « rouge », et aussi d’un certain nombre d’autres choses qui indiquent une forme de tradition proprement occidentale. Quoi qu’il en soit, le déluge de Noé, tout au moins dans son sens le plus immédiat et en quelque sorte « historique », ne peut se rapporter qu’à la disparition de l’Atlantide, puisqu’il n’est question d’aucun autre cataclysme après celui-là ; il ne doit donc pas être confondu avec le déluge même du Manvantara (où l’on voit celui qui va être le Manu de ce cycle prenant avec lui dans l’Arche les sept Rishis , qui représentent et résument en eux toute la sagesse des cycles antérieurs). D’ailleurs, il va de soi qu’un symbolisme tel que celui du déluge est toujours applicable à plusieurs niveaux différents ; mais, en tout cela, il s’agit surtout d’une question de « perspective » inhérente à chacune des différentes formes traditionnelles.
J’ajoute encore que, corrélativement à la Genèse, l’Apocalypse ne décrit proprement que la fin de notre Manvantara , et non pas celle du Kalpa tout entier.
[…] Assurément la fantasmagorie des périodes géologiques est un des points faibles de l’« Évolution régressive », dont les auteurs, d’autre part, font preuve d’un littéralisme assez grossier dans leur interprétation de la Bible… – Pour ce qui est de l’absence de fossiles humains remontant au-delà d’une certaine époque (toute réserve faite sur la « chronologie » des préhistoriens aussi bien que sur celle des géologues), elle peut sans doute s’expliquer par bien des raisons diverses ; il y a même pour des temps moins anciens, bien d’autres choses qui ne se retrouvent pas non plus.
[…] Je n’ai pas eu connaissance de l’article du P. Teilhard de Chardin dont vous parlez, mais ce que vous m’en dites ne me surprend pas du tout de lui. Je me souviens à ce propos du P. Gillet (qui alors n’était pas encore Général des Dominicains) disant un jour : « Les derniers défenseurs du transformisme seront deux catholiques, Édouard Le Roy et le P. Teilhard de Chardin ». Ce devait être, autant, que je me souviens, lors de la publication du livre de Vialleton, lequel, je dois le dire, me paraît parler davantage contre le transformisme que l’« Évolution régressive ». […]
Каир, 23 сентября 1946 г.
(перевод на русский язык отсутствует)