Le Caire, 16 juillet 1937
[...] J’ai vu le “pied de St. Martin” en Savoie (et même l’empreinte de sa crosse sous la forme d’un trou rond à côté) ; on m’a dit alors qu’il y en avait aussi dans d’autres régions...
Où trouve-t-on des empreintes de loup et d’ours ? Je n’en avais jamais entendu parler ; pour ma part, j’en ai seulement vu de cheval et de chameau (ces derniers au Sinaï, où les Bédouins les attribuent au chameau de Moïse) ; je sais aussi que celles de bœuf (ou de buffle) sont connues dans l’Inde, et c’est tout (à part les empreintes humaines, bien entendu).
Cette question des empreintes m’a toujours paru aussi très importante, en même temps que très énigmatique ; à ma connaissance, rien de sérieux n’a été écrit là-dessus, car pour ce qui est des interprétations fantastiques de Marcel Beaudoin, mieux vaut n’en pas parler. Il n’y a que Coomaraswamy qui m’a exprimé à ce sujet une idée tout à fait conforme à celle que j’en avais déjà : il s’agirait essentiellement d’une représentation de “traces” des états supra-humains dans notre monde. Cela s’accorde aussi avec ce que vous envisagez, surtout pour les empreintes humaines ; et cela expliquerait d’ailleurs leur attribution à des personnages possédant, à un titre quelconque, un caractère surhumain (c’est seulement la désignation plus précise de ces personnages, comme St Martin par exemple, qu’il resterait encore à expliquer dans chaque cas particulier).
Maintenant, cette interprétation se trouve encore confirmée par quelque chose qui, dans la tradition islamique, paraît bien aussi pouvoir être rapporté à cela. Voici, en effet, aussi exactement qu’il m’est possible de le rendre en français, ce que j’ai entendu dire ici de l’être qui est passé au-delà du “barzakh” (ce mot est intraduisible ; disons, si vous voulez, l’être qui est passé au-delà des limites individuelles, bien qu’il y ait là encore quelque chose de plus en un certain sens) : « Il est à l’opposé des êtres ordinaires (application du “sens inverse”). S’il marche sur le sable, il n’y laisse aucune trace ;s’il marche sur le rocher, ses pieds y marquent leur empreinte . S’il se tient au soleil il ne projette pas d’ombre ; dans l’obscurité, une lumière émane de lui ». Cette sorte de “renversement” est d’ailleurs exprimé aussi par une parole qu’on met dans la bouche des awliyâ : « Nos corps sont nos esprits, et nos esprits sont nos corps », ce qui veut dire, en d’autres termes, que chez eux le “caché” est devenu l’“apparent” et inversement ; ceci nous ramène encore au symbolisme de la lumière et des ténèbres, donc ne s’éloigne pas en réalité de vos considérations.
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Каир, 16 июля 1937 г.
(перевод на русский язык отсутствует)