Mythologie scientifique et vulgarisation
Puisque nous avons été amené à faire allusion aux « survivances » que laissent, dans la mentalité commune, des théories auxquelles les savants eux-mêmes ne croient plus, et qui ainsi n’en continuent pas moins d’exercer leur influence sur l’attitude de la généralité des hommes, il sera bon d’y insister un peu plus car il y a là quelque chose qui peut encore contribuer à expliquer certains aspects de l’époque actuelle. À cet égard, il convient de rappeler tout d’abord qu’un des principaux caractères de la science profane, quand elle quitte le domaine de la simple observation des faits et veut essayer de tirer quelque chose de l’accumulation indéfinie de détails particuliers qui en est l’unique résultat immédiat, c’est l’édification plus ou moins laborieuse de théories purement hypothétiques, et qui nécessairement ne peuvent être rien de plus étant donné leur point de départ tout empirique, car les faits, qui en eux-mêmes sont toujours susceptibles d’explications diverses, n’ont jamais pu et ne pourront jamais garantir la vérité d’aucune théorie, et comme nous l’avons dit plus haut, leur plus ou moins grande multiplicité n’y fait rien ; aussi de telles hypothèses sont-elles, au fond, bien moins inspirées par les constatations de l’expérience que par certaines idées préconçues et par certaines des tendances prédominantes de la mentalité moderne. On sait d’ailleurs avec quelle rapidité toujours croissante ces hypothèses, à notre époque, sont abandonnées et remplacées par d’autres, et ces changements continuels suffisent trop évidemment à montrer leur peu de solidité et l’impossibilité de leur reconnaître une valeur en tant que connaissance réelle ; aussi prennent-elles de plus en plus, dans la pensée des savants eux-mêmes, un caractère conventionnel, donc en somme irréel, et nous pouvons encore noter là un symptôme de l’acheminement vers la dissolution finale. En effet, ces savants, et notamment les physiciens, ne peuvent guère être entièrement dupes de semblables constructions dont, aujourd’hui plus que jamais, ils ne connaissent que trop bien la fragilité ; non seulement elles sont vite « usées », mais dès leur début, ceux mêmes qui les édifient n’y croient que dans une certaine mesure, sans doute assez limitée, et à titre en quelque sorte « provisoire » ; et bien souvent ils semblent même les considérer moins comme de véritables tentatives d’explication que comme de simples « représentations » et comme des « façons de parler » ; c’est bien tout ce qu’elles sont en effet, et nous avons vu que Leibnitz avait déjà montré que le mécanisme cartésien ne pouvait pas être autre chose qu’une « représentation » des apparences extérieures, dénuée de toute valeur proprement explicative. Dans ces conditions, le moins qu’on en puisse dire est qu’il y a là quelque chose d’assez vain, et c’est assurément une étrange conception de la science que celle dont procède un semblable travail ; mais le danger de ces théories illusoires réside surtout dans l’influence que, par cela seul qu’elles s’intitulent « scientifiques », elles sont susceptibles d’exercer sur le « grand public » qui, lui, les prend tout à fait au sérieux et les accepte aveuglément comme des « dogmes », et cela non pas seulement tant qu’elles durent (elles n’ont même souvent eu alors qu’à peine le temps de parvenir à sa connaissance), mais même et surtout quand les savants les ont déjà abandonnées et bien longtemps après, du fait de leur persistance, dont nous parlions plus haut, dans l’enseignement élémentaire et dans les ouvrages de « vulgarisation » où elles sont d’ailleurs toujours présentées sous une forme « simpliste » et résolument affirmative, et non point comme les simples hypothèses qu’elles étaient en réalité pour ceux-là mêmes qui les élaborèrent. Ce n’est pas sans raison que nous venons de parler de « dogmes » car, pour l’esprit antitraditionnel moderne, il s’agit bien là de quelque chose qui doit s’opposer et se substituer aux dogmes religieux ; un exemple comme celui des théories « évolutionnistes », entre autres, ne peut laisser aucun doute à cet égard ; et ce qui est encore bien significatif, c’est l’habitude qu’ont la plupart des « vulgarisateurs » de parsemer leurs écrits de déclamations plus ou moins violentes contre toute idée traditionnelle, ce qui ne montre que trop clairement quel rôle ils sont chargés de jouer, fût-ce inconsciemment dans bien des cas, dans la subversion intellectuelle de notre époque.
Il est arrivé à se constituer ainsi dans la mentalité « scientiste » qui, pour les raisons d’ordre en grande partie utilitaire que nous avons indiquées est, à un degré ou à un autre, celle de la grande majorité de nos contemporains, une véritable « mythologie » non pas certes au sens originel et transcendant des vrais « mythes » traditionnels, mais tout simplement dans l’acception « péjorative » que ce mot a prise dans le langage courant. On pourrait en citer d’innombrables exemples ; un des plus frappants et des plus « actuels », si l’on peut dire, est celui de l’« imagerie » des atomes et des multiples éléments d’espèces variées en lesquels ils ont fini par se dissocier dans les théories physiques récentes (ce qui fait d’ailleurs qu’ils ne sont plus aucunement des atomes, c’est-à-dire littéralement des « indivisibles », bien qu’on persiste à leur en donner le nom en dépit de toute logique) ; « imagerie », disons-nous, car ce n’est sans doute que cela dans la pensée des physiciens ; mais le « grand public » croit fermement qu’il s’agit d’« entités » réelles qui pourraient être vues et touchées par quelqu’un dont les sens seraient suffisamment développés ou qui disposerait d’instruments d’observation assez puissants ; n’est-ce pas là de la « mythologie » de la sorte la plus naïve ? Cela n’empêche pas ce même public de se moquer à tout propos des conceptions des anciens dont, bien entendu, il ne comprend pas le moindre mot ; même en admettant qu’il ait pu y avoir de tout temps des déformations « populaires » (encore une expression qu’aujourd’hui on aime fort à employer à tort et à travers, sans doute à cause de l’importance grandissante accordée à la « masse »), il est permis de douter qu’elles aient jamais été aussi grossièrement matérielles et en même temps aussi généralisées qu’elles le sont présentement, grâce tout à la fois aux tendances inhérentes à la mentalité actuelle et à la diffusion tant vantée de l’« instruction obligatoire », profane et rudimentaire !
Nous ne voulons pas nous étendre outre mesure sur un sujet qui se prêterait à des développements presque indéfinis mais s’écartant trop de ce que nous avons principalement en vue ; il serait facile de montrer, par exemple, que, en raison de la « survivance » des hypothèses, des éléments appartenant en réalité à des théories différentes se superposent et s’entremêlent de telle sorte dans les représentations vulgaires qu’ils forment parfois les combinaisons les plus hétéroclites ; d’ailleurs, en conséquence du désordre inextricable qui règne partout, la mentalité contemporaine est ainsi faite qu’elle accepte volontiers les plus étranges contradictions. Nous préférons insister seulement encore sur un des aspects de la question qui, à vrai dire, anticipera quelque peu sur les considérations qui auront à prendre place dans la suite, car il se réfère à des choses qui appartiennent plus proprement à une autre phase que celle que nous avons envisagée jusqu’ici ; mais tout cela, en fait, ne peut pas être séparé entièrement, ce qui ne donnerait qu’une figuration par trop « schématique » de notre époque et, en même temps, on pourra déjà entrevoir par là comment les tendances vers la « solidification » et vers la dissolution, bien qu’apparemment opposées à certains égards, s’associent cependant du fait même qu’elles agissent simultanément pour aboutir en définitive à la catastrophe finale. Ce dont nous voulons parler, c’est le caractère plus particulièrement extravagant que revêtent les représentations dont il s’agit quand elles sont transportées dans un domaine autre que celui auquel elles étaient primitivement destinées à s’appliquer ; c’est de là que dérivent, en effet, la plupart des fantasmagories de ce que nous avons appelé le « néo-spiritualisme » sous ses différentes formes, et ce sont précisément ces emprunts à des conceptions relevant essentiellement de l’ordre sensible qui expliquent cette sorte de « matérialisation » du suprasensible qui constitue un de leurs traits les plus généraux. Sans chercher pour le moment à déterminer plus exactement la nature et la qualité du suprasensible auquel on a effectivement affaire ici, il n’est pas inutile de remarquer à quel point ceux mêmes qui l’admettent encore et qui pensent en constater l’action sont, au fond, pénétrés de l’influence matérialiste : s’ils ne nient pas toute réalité extra-corporelle comme la majorité de leurs contemporains, c’est parce qu’ils s’en font une idée qui leur permet de la ramener en quelque sorte au type des choses sensibles, ce qui assurément ne vaut guère mieux. On ne saurait d’ailleurs s’en étonner quand on voit combien toutes les écoles occultistes, théosophistes et autres de ce genre, aiment à chercher constamment des points de rapprochement avec les théories scientifiques modernes, dont elles s’inspirent même souvent plus directement qu’elles ne veulent bien le dire ; le résultat n’est en somme que ce qu’il doit être logiquement dans de telles conditions ; et on pourrait même remarquer que, du fait des variations successives de ces théories scientifiques, la similitude des conceptions de telle école avec telle théorie spéciale permettrait en quelque sorte de « dater » cette école en l’absence de tout renseignement plus précis sur son histoire et sur ses origines.
Cet état de choses a commencé dès que l’étude et le maniement de certaines influences psychiques sont, si l’on peut s’exprimer ainsi, tombés dans le domaine profane, ce qui marque en quelque sorte le début de la phase plus proprement « dissolvante » de la déviation moderne ; et l’on peut en somme le faire remonter au XVIIIe siècle, de sorte qu’il se trouve être exactement contemporain du matérialisme lui-même, ce qui montre bien que ces deux choses, contraires en apparence seulement, devaient s’accompagner en fait ; il ne semble pas que des faits similaires se soient produits antérieurement, sans doute parce que la déviation n’avait pas encore atteint le degré de développement qui devait les rendre possibles. Le trait principal de la « mythologie » scientifique de cette époque, c’est la conception des « fluides » divers sous la forme desquels on se représentait alors toutes les forces physiques ; et c’est précisément cette conception qui fut transportée de l’ordre corporel dans l’ordre subtil avec la théorie du « magnétisme animal » ; si l’on se reporte à l’idée de la « solidification » du monde, on dira peut-être qu’un « fluide » est, par définition, l’opposé d’un « solide », mais il n’en est pas moins vrai que, dans ce cas, il joue exactement le même rôle, puisque cette conception a pour effet de « corporiser » des choses qui relèvent en réalité de la manifestation subtile. Les magnétiseurs furent en quelque sorte les précurseurs directs du « néo-spiritualisme », sinon proprement ses premiers représentants ; leurs théories et leurs pratiques influencèrent dans une plus ou moins large mesure toutes les écoles qui prirent naissance par la suite, qu’elles soient ouvertement profanes comme le spiritisme, ou qu’elles aient des prétentions « pseudo-initiatiques » comme les multiples variétés de l’occultisme. Cette influence persistante est même d’autant plus étrange qu’elle semble tout à fait disproportionnée avec l’importance des phénomènes psychiques, somme toute fort élémentaires, qui constituent le champ d’expériences du magnétisme ; mais ce qui est peut-être encore plus étonnant, c’est le rôle que joua ce même magnétisme, dès son apparition, pour détourner de tout travail sérieux des organisations initiatiques qui avaient encore conservé jusque là, sinon une connaissance effective allant très loin, du moins la conscience de ce qu’elles avaient perdu à cet égard et la volonté de s’efforcer de le retrouver ; et il est permis de penser que ce n’est pas là la moindre des raisons pour lesquelles le magnétisme fut « lancé » au moment voulu, même si, comme il arrive presque toujours en pareil cas, ses promoteurs apparents ne furent en cela que des instruments plus ou moins inconscients.
La conception « fluidique » survécut dans la mentalité générale, sinon dans les théories des physiciens, au moins jusque vers le milieu du XIXe siècle (on continua même plus longtemps à employer communément des expressions comme celle de « fluide électrique », mais d’une façon plutôt machinale et sans plus y attacher une représentation précise) ; le spiritisme, qui vit le jour à cette époque, en hérita d’autant plus naturellement qu’il y était prédisposé par sa connexion originelle avec le magnétisme, connexion qui est même beaucoup plus étroite qu’on ne le supposerait à première vue, car il est fort probable que le spiritisme n’aurait jamais pu prendre un bien grand développement sans les divagations des somnambules, et que c’est l’existence des « sujets » magnétiques qui prépara et rendit possible celle des « médiums » spirites. Aujourd’hui encore, la plupart des magnétiseurs et des spirites continuent à parler de « fluides » et qui plus est, à y croire sérieusement ; cet « anachronisme » est d’autant plus curieux que tous ces gens sont, en général, des partisans fanatiques du « progrès », ce qui s’accorde mal avec une conception qui, exclue depuis si longtemps du domaine scientifique devrait, à leurs yeux, paraître fort « rétrograde ». Dans la « mythologie » actuelle, les « fluides » ont été remplacés par les « ondes » et les « radiations » ; celles-ci, bien entendu, ne manquent pas de jouer à leur tour le même rôle dans les théories les plus récemment inventées pour essayer d’expliquer l’action de certaines influences subtiles ; il nous suffira de mentionner la « radiesthésie », qui est aussi « représentative » que possible à cet égard. Il va de soi que s’il ne s’agissait en cela que de simples images, de comparaisons fondées sur une certaine analogie (et non pas une identité) avec des phénomènes d’ordre sensible, la chose n’aurait pas de très graves inconvénients, et pourrait même se justifier jusqu’à un certain point ; mais il n’en est pas ainsi, et c’est très littéralement que les « radiesthésistes » croient que les influences psychiques auxquelles ils ont affaire sont des « ondes » ou des « radiations » se propageant dans l’espace d’une façon aussi « corporelle » qu’il est possible de l’imaginer ; la « pensée » elle-même, du reste, n’échappe pas à ce mode de représentation. C’est donc bien toujours la même « matérialisation » qui continue à s’affirmer sous une forme nouvelle, peut-être plus insidieuse que celle des « fluides » parce qu’elle peut paraître moins grossière, bien que, au fond, tout cela soit exactement du même ordre et ne fasse en somme qu’exprimer les limitations mêmes qui sont inhérentes à la mentalité moderne, son incapacité à concevoir quoi que ce soit en dehors du domaine de l’imagination sensible.
Il est à peine besoin de noter que les « clairvoyants », suivant les écoles auxquelles ils se rattachent, ne manquent pas de voir des « fluides » ou des « radiations », de même qu’il en est aussi, notamment parmi les théosophistes, qui voient des atomes et des électrons ; en cela comme en bien d’autres choses, ce qu’ils voient, en fait, ce sont leurs propres images mentales qui, naturellement, sont toujours conformes aux théories particulières auxquelles ils croient. Il en est aussi qui voient la « quatrième dimension », et même encore d’autres dimensions supplémentaires de l’espace ; et ceci nous amène à dire quelques mots, pour terminer, d’un autre cas relevant également de la « mythologie » scientifique, et qui est ce que nous appellerions volontiers le « délire de la quatrième dimension ». Il faut convenir que l’« hypergéométrie » était bien faite pour frapper l’imagination de gens ne possédant pas de connaissances mathématiques suffisantes pour se rendre compte du véritable caractère d’une construction algébrique exprimée en termes de géométrie, car il ne s’agit pas d’autre chose en réalité ; et remarquons-le en passant, c’est encore là un exemple des dangers de la « vulgarisation ». Aussi, bien avant que les physiciens n’aient songé à faire intervenir la « quatrième dimension » dans leurs hypothèses (devenues d’ailleurs beaucoup plus mathématiques que vraiment physiques, en raison de leur caractère de plus en plus quantitatif et « conventionnel » tout à la fois), les « psychistes » (on ne disait pas encore « métapsychistes » en ce temps-là) s’en servaient déjà pour expliquer les phénomènes dans lesquels un corps solide semble passer au travers d’un autre ; et là encore, ce n’était pas pour eux une simple image « illustrant » d’une certaine façon ce qu’on peut appeler les « interférences » entre des domaines ou des états différents, ce qui eût été acceptable, mais c’est très réellement, pensaient-ils, que le corps en question était passé par la « quatrième dimension ». Ce n’était d’ailleurs là qu’un début et, en ces dernières années, on a vu, sous l’influence de la physique nouvelle, des écoles occultistes aller jusqu’à édifier la plus grande partie de leurs théories sur cette même conception de la « quatrième dimension » ; on peut d’ailleurs remarquer, à ce propos, qu’occultisme et science moderne tendent de plus en plus à se rejoindre à mesure que la « désintégration » s’avance peu à peu, parce que tous deux s’y acheminent par des voies différentes. Nous aurons encore plus loin à reparler de la « quatrième dimension » à un autre point de vue ; mais, pour le moment, nous en avons assez dit sur tout cela, et il est temps d’en venir à d’autres considérations qui se rapportent plus directement à la question de la « solidification » du monde.
Научная мифология и популяризация
Поскольку мы упомянули «пережитки», оставляемые в общественном сознании теориями, которым сами ученые больше не верят, но которые продолжают оказывать не меньшее влияние на позицию большинства людей, то было бы неплохо остановиться на этом ещё, так как здесь содержится нечто, что может способствовать объяснению некоторых аспектов современной эпохи. В этом отношении следует напомнить прежде всего, что одной из главных черт профанной науки, когда она оставляет область простого наблюдения фактов и пытается что-нибудь извлечь из бесконечного накапливания частных деталей, является то, что и есть её единственный непосредственный результат, а именно, более или менее трудоемкое сооружение чисто гипотетических теорий, и это не может быть ничем большим, поскольку дана чисто эмпирическая исходная точка, а факты, которые и сами поддаются различным объяснениям, никогда не могли и никогда не смогут гарантировать истины ни одной теории и, как мы это видели выше, большее или меньшее их количество ничего не дает; кроме того, такие гипотезы, по существу, в меньшей степени вдохновлены эмпирическими наблюдениями, нежели некоторыми предвзятыми идеями и некоторыми доминирующими в современном сознании тенденциями. Впрочем, известно, с какой постоянно растущей быстротой в наше время эти гипотезы оставляются и заменяются другими, и слишком очевидно, что этих изменений достаточно, чтобы показать их малую надежность и невозможность признания их ценности в качестве реального познания; таким образом, они принимают в мышлении самих ученых все больше и больше конвенциональный, следовательно, вообще ирреальный характер, и мы ещё раз можем здесь отметить симптом движения к окончательному распаду. Действительно, эти ученые, а именно, физики, уже и не могут более обманываться подобными конструкциями, хрупкость которых они сегодня, как никогда, хорошо знают; эти концепции не только быстро «стареют», но с самого своего возникновения те, кто их создает в качестве чего-то «временного», верят в них лишь в определённой мере, несомненно, довольно ограниченной; и часто даже кажется, что они их рассматривают скорее как простые «представления» или как «способ выражения», чем как подлинные попытки объяснения; и таковыми они в действительности и являются, и мы видели, что уже Лейбниц показал, что картезианский механизм не может быть чем-либо другим, кроме как «представлением» внешней видимости, лишённой, собственно, всякой объяснительной ценности. В этих условиях в лучшем случае об этом можно сказать, что это нечто совершенно суетное и что концепция науки, из которой следует подобная работа, является, конечно, странной; но опасность этих иллюзорных теорий состоит, в особенности, в их влиянии, которое (из-за того, что они называются «научными») они способны оказывать на «широкую публику», принимающую их совершенно всерьёз и слепо, как «догму»; и так происходит не только тогда, когда они ещё сохраняют значение (тогда едва ли есть время для того, чтобы их узнали), но даже и, в особенности, тогда, когда ученые их уже оставили, и ещё долго после этого, по причине их постоянного присутствия, о котором мы выше говорили, в первоначальном обучении и в «популярных» произведениях, в которых они всегда к тому же представлены в упрощенной и крайне утвердительной форме, а вовсе не как простые гипотезы, какими они были в действительности для тех, кто их создавал. Не без причины мы только что сказали о «догме», так как для антитрадиционного современного духа речь идёт, конечно, о чем-то таком, что должно противодействовать религиозным догмам и заменять их; такой пример, среди прочих, как «эволюционистские» теории, не может в этом оставлять никакого сомнения; и ещё более важно то, что у большинства «популяризаторов» есть привычка усеивать свои писания более или менее яростными заявлениями, направленными против традиционной идеи, что лишь ещё яснее показывает ту роль, которую они себе присвоили, пусть даже в большинстве случаев бессознательно, в интеллектуальном разрушении нашей эпохи.
Таким образом, в «сайентистском» сознании, которое по большей части по утилитарным причинам, указанным нами, присуще в той или иной степени огромному большинству наших современников, возникла настоящая «мифология», конечно, не в первоначальном и трансцендентном смысле истинных традиционных «мифов», но просто в «уничижительном» значении, которое это слово приняло в повседневном языке. Можно привести большое число примеров этого; один из самых поразительных и самых «актуальных», если можно так сказать, это создание «воображаемого мира» атомов и многочисленных элементов различного рода, на которые они окончательно разложились в последних физических теориях (что, впрочем, показывает, что они вовсе не атомы, то есть буквально «неделимые», хотя их все равно продолжают так называть вопреки всякой логике); мы сказали «воображаемый мир», так как он есть, несомненно, только в сознании физиков; но «широкая публика» твердо верит, что речь идёт о реальных «единицах», которые мог бы увидеть и потрогать некто, у кого чувства были бы достаточно развиты или кто располагал бы достаточно мощными средствами наблюдения; не есть ли это одна из самых наивных «мифологий»? Это не мешает той же самой публике насмехаться по любому поводу над концепциями древних, из которых, они, разумеется, не понимают ни единого слова; даже предполагая, что во все времена могли быть «популярные» искажения («популярные» – это ещё одно выражение, которое сегодня употребляют по любому случаю, несомненно по причине растущего значения, приписываемого «массе»), но можно усомниться, чтобы они были бы когда-нибудь столь грубо материальными и в то же время столь общезначимыми, какими они являются сегодня, как благодаря тенденциям, присущим современному сознанию, так и столь прославляемому распространению «обязательного всеобщего образования», профанного и рудиментарного.
Мы не хотим распространяться более по этому поводу, по которому можно говорить бесконечно, слишком удаляясь от того, что мы главным образом имеем в виду; легко было бы, например, показать, что, вследствие «пережитка» гипотез, элементы, на самом деле принадлежащие к различным теориям, наслаиваются друг на друга и перемешиваются таким образом в обывательских представлениях, что они иногда образуют самые причудливые комбинации; впрочем, вследствие царящего повсюду запутанного беспорядка, современное сознание устроено так, что оно охотно принимает самые странные противоречия. Мы только продолжаем настаивать на одном из аспектов проблемы, который, по правде говоря, несколько предвосхищает дальнейшее, так как он относится к тому, что больше принадлежит к другой фазе, чем та, о которой шла речь до сих пор; но все это не может быть разделено полностью, это дало бы слишком «схематическое» изображение нашей эпохи, и в то же время, в этом уже можно увидеть, каким образом тенденция к «отвердению» и к распаду, хотя они по-видимому противоположны в некотором отношении, тем не менее объединяются в своем действии, чтобы окончательно привести к последней катастрофе. Мы хотели бы здесь поговорить о том исключительно экстравагантном характере, которым облекаются представления, о которых идёт речь, когда их переносят в иную область, чем та, для которой они были первоначально предназначены; действительно, именно от этого происходит большинство фантасмагорий, которые мы называем «неоспиритуализмом» в его различных формах; как раз эти заимствования из концепций, зависящих, в основном, от чувственного порядка, чем и объясняется этот тип «материализации» сверхчувственного, составляют одну из самых общих их черт. Не стремясь в настоящий момент определить более точно природу и качество сверхчувственного, с которым они действительно здесь имеют дело, полезно было бы отметить, до какой степени, по существу, проникнуты материалистическим влиянием те, кто его не допускает и думает, что констатирует его воздействие; если они не отрицают всякую внетелесную реальность, как большинство их современников, то потому, что они составили себе идею, которая позволяет им свести её в некотором роде к образцу чувственных вещей, что, конечно, ничуть не лучше. Впрочем, не следует удивляться тому, как всякие оккультные, теософские и другие школы этого рода постоянно стремятся найти точки сближения с современными научными теориями, которыми они вдохновляются даже гораздо чаще, чем хотели бы в этом признаться; в общем, они, в результате, логически должны оказаться в тех же условиях; и можно даже отметить, что, вследствие последовательных изменений этих научных теорий, сходство концепций той или иной школы с той или иной специальной теорией позволило бы в некотором роде «датировать» эту школу при отсутствии иного более точного указания о его истоках и его истории.
Такое положение дел возникло тогда, когда изучение и управление некоторыми психическими влияниями попало, если можно так выразиться, под сферу влияния профанной науки, что означает, в некотором роде, начало в самом прямом смысле «разрушительной» фазы современного отклонения; короче говоря, можно подняться к XVIII веку, в точности к самому современному материализму, и ясно увидеть, что эти две вещи, только по видимости противоположные, фактически должны сопутствовать друг другу; представление о том, что подобного раньше не было, несомненно возникает потому, что отклонение ещё не достигло той степени развития, которая сделала бы это возможным. Главной чертой научной «мифологии» того времени была концепция различных «флюидов», в виде которых тогда представляли себе психические силы; и как раз эта концепция была перенесена из телесного порядка в тонкий порядок с теорией «животного магнетизма»; если обратиться к идее «отвердения» мира, то могут сказать, что «флюид» («текучее») по определению противоположен «твердому», но не менее верно, что в этом случае он играет ту же самую роль, поскольку эта концепция имеет своим следствием «отелесивание» вещей, которые на самом деле принадлежат к проявлениям тонкого порядка. Магнетизеры были в некотором роде прямыми предшественниками «неоспиритизма», если не первыми его представителями, собственно говоря; их теории и практика влияли в более или менее широкой степени на все школы, возникшие позже, будь то откровенно профанные, как спиритизм, или претендующие на «псевдопосвящение», как многочисленные варианты оккультизма. Это постоянное влияние тем более странно, что оно кажется совершенно несоразмерным значению психических феноменов, в общем, весьма элементарных, которые составляют поле магического опыта; но ещё более удивительна та роль, которую играет этот самый магнетизм со времени своего появления в отвлечении от всякой серьёзной работы тайных организаций, которые до того времени ещё сохранили если не идущие далеко действительные познания, то, по крайней мере, сознание того, что они в этом отношении потеряли, и волю к тому, чтобы их вернуть; и позволительно думать, что это не последняя причина, ради которой магнетизм был «пущен в дело» в нужный момент, даже если, как это почти всегда бывает в подобных случаях, его мнимые инициаторы были в этом лишь более или менее бессознательными инструментами.
Концепция «флюидов» дожила, если не в теориях физиков, то в общественном сознании, по меньшей мере до середины XIX века (ещё долго продолжали использовать привычные выражения, как, например, «электрический флюид», но скорее машинальным образом, не связывая с этим точного представления); спиритизм, появившийся в эту эпоху, наследовал ей тем более естественно, что он был предрасположен к этому через свою первоначальную связь с магнетизмом, связь, являющуюся даже более тесной, чем это можно предположить с первого взгляда, так как вполне вероятно, что спиритизм никогда не смог бы получить такого большого развития без бродяжничества сомнамбул и что именно существование магнетических «субъектов» приготовило спиритических «медиумов» и сделало их возможными. Ещё сегодня большинство магнетизеров и спиритов продолжают говорить о «флюидах» и, более того, в них серьёзно верить; этот «анахронизм» тем более курьезен, что все эти люди в основном фанатичные сторонники «прогресса», что плохо согласуется с концепцией, которая, будучи столь давно исключенной из научной сферы, должна была бы казаться в их глазах очень «ретроградной». В современной «мифологии» «флюиды» заменены «волнами» и «излучениями»; они, в свою очередь, не перестают играть ту же роль в теориях, изобретенных совсем недавно для объяснения воздействия некоторых тонких влияний; достаточно вспомнить о «радиосвязи», которая в этом отношении «представлена» настолько, насколько это возможно. Разумеется, что если бы речь здесь шла лишь о простых образах, о сравнениях, основанных на некоторой аналогии (а не на тождестве) с феноменами чувственного порядка, то это не было бы слишком неуместным, а было бы до некоторой степени оправданным; но это не так, и «радиостезисты» совершенно буквально верят, что психические влияния, с которыми они имеют дело, суть «волны» или «излучения», распространяющиеся в пространстве столь «телесным» способом, как только это можно себе вообразить; к тому же, сама «мысль» не избежала этого способа представления. Таким образом, это все та же «материализация», которая продолжает утверждаться в новой форме, может быть, более коварной, чем «флюиды», потому что она может казаться менее грубой, хотя, по сути, все они одного порядка и в целом выражают лишь сами ограничения, присущие современному сознанию, его неспособность постичь всё то, что находится вне области чувственного воображения.
Едва ли необходимо отмечать, что «ясновидящие» непременно видят «флюиды» или «излучения» в соответствии со школами, к которым они принадлежат, так же как и теософы, которые видят атомы и электроны; но это, как и то многое другое, что они действительно видят, суть лишь их собственные ментальные образы, которые, естественно, всегда согласуются с частными теориями, в которые они верят. Так же дело обстоит, когда они видят «четвертое измерение» и другие дополнительные измерения пространства; это принуждает нас сказать в завершение ещё несколько слов о другом случае, также относящемся к научной «мифологии», который мы охотно назовем «безумием четвертого измерения». Надо признать, что «гипергеометрия» была, конечно, создана для того, чтобы поразить воображение людей, не владеющих достаточными математическими познаниями, чтобы отдавать себе отчет в истинном характере алгебраических конструкций, выражаемых в геометрических терминах, так как здесь на самом деле ни о чем другом речь не идет; заметим также по ходу дела, что это ещё один пример опасностей «популяризации». Так, задолго до того, как физики вознамерились ввести «четвертое измерение» в свои гипотезы (ставшие к тому же в гораздо большей степени математическими, чем подлинно физическими, из-за своего все более и более количественного и одновременно «конвенционального» характера), «физикалисты» (в это время ещё не говорили о «метафизиках») уже пользовались им для объяснения феноменов, когда твердое тело, казалось, проходит через другое тело; к тому же это не было для них простым «иллюстративным» образом определённого способа, который можно назвать «интерференцией» между областями или различными состояниями, что было бы приемлемо, но они думали, что упомянутое тело весьма реально проходит через «четвертое измерение». Впрочем, это было вначале, впоследствии мы видим, как под влиянием новой физики школы оккультизма пришли к тому, что стали воздвигать большую часть своих теорий на этой самой концепции «четвертого измерения»; таким образом, можно отметить по этому поводу, что оккультизм и современная наука все больше и больше стремятся к соединению в четвертом измерении по мере того, как «дезинтеграция» мало-помалу продвигается вперёд, потому что оба движутся в одном направлении различными путями. Далее мы ещё поговорим о «четвертом измерении» с другой точки зрения; в настоящий момент мы сказали об этом достаточно, настало время вновь вернуться к вопросам, относящимся более непосредственно к проблеме «отвердения» мира.