Le Caire, 14 juillet 1937
Cher Monsieur,
J’ai reçu avant-hier votre lettre du 7 juillet, alors que j’avais justement répondu la veille au deux précédentes. – Aujourd’hui est arrivé l’atlas dont M. Vâlsan m’avait annoncé l’envoi ; vous serez bien aimable encore de le lui dire et de l’en remercier de ma part en attendant que je lui écrive, ce que j’espère tout de même arriver à faire d’ici peu. – Rien ne manque donc de ce qui m’a été envoyé ; mais c’est bien singulier que, de votre côté, il y ait ainsi des lettres qui ne vous sont jamais parvenues. M. Clavelle s’inquiétait de n’avoir pas de réponse de vous ; dans sa dernière lettre, il me dit être heureux d’avoir enfin de vos nouvelles. Il me parle naturellement de l’affaire Alî Abdul-Haqq-Avramescu, et je vois qu’il pense tout à fait la même chose que moi à ce sujet, car ses réflexions sont à peu près exactement ce que je vous ai écrit l’autre jour. Quel que soit le rôle de M. Avramescu, il est bien certain qu’il ne suffit pas à tout expliquer là-dedans, puisqu’il y a tout au moins un troisième personnage, l’intermédiaire X., qui existe bien réellement aussi, et qui semble y avoir une part encore plus importante. Ce que vous dites cette fois est ce qu’il y a de plus plausible : M. Avramescu est là l’instrument de quelque chose, mais c’est surtout ce quelque chose qu’il faudrait arriver à identifier…
Il est heureux que vous ayez pu réussir à dissuader D. de porter plainte ; du reste, en règle générale, dès lors que des questions d’un certain ordre se trouvent impliquées dans une affaire quelconque, il est bien évident qu’on ne devrait jamais y faire intervenir les tribunaux profanes.
Vous avez bien raison de penser que je n’ai jamais attaché une grande importance à ce qu’Avramescu m’a écrit à votre sujet ; je l’attribuais plutôt à une sorte d’antipathie due à quelque incompatibilité de vos tempéraments. Mais maintenant la chose prend une tournure beaucoup plus sérieuse ; je vous serai donc reconnaissant de me faire connaître l’historique de vos relations comme vous me le proposez ; je comprends que ce soit peu agréable, mais il vaut tout de même mieux que je sois plus complètement fixé sur tout cela. – M. Avramescu vous reprochait notamment, comme une imprudence grave, de penser à vous appuyer sur la G. de F. pour un mouvement de restauration traditionnelle ; mais il semblerait, d’après ce que dit M. Vâlsan, que ce soit bien lui qui tente actuellement quelque chose de ce côté. – M. Vâlsan fait allusion à Mircea Eliade ; je vous demanderai aussi, à lui ou à vous-même, de me dire quelque chose de plus précis sur celui-ci, dont je ne sais presque rien ; je n’ai pas vu son livre, et je n’en ai même entendu parler que d’une façon assez vague.
“Fãt” dérivé du latin “fœtus” me paraît une simple fantaisie de philologues ; l’existence de la forme féminine (en arabe “fatah”, jeune fille) tendrait bien encore à confirmer ce que je pense de l’origine de ce mot, qui ne serait d’ailleurs pas un cas isolé, car j’en ai remarqué plusieurs autres dont la provenance arabe est tout à fait évidente.
Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes sentiments les meilleurs.
René Guénon
Каир, 14 июля 1937 г.
(перевод на русский язык отсутствует)