Le Caire, 25 juin 1936
Cher Monsieur,
Quelques mots à la hâte pour vous faire part de nouvelles assez curieuses que je reçois aujourd’hui.
Dans la fameuse liste figure le nom d’Ed. Laurent, qui était parmi ceux qui m’étaient tout à fait inconnus, si bien que je me demandais s’il ne fallait pas le réunir à celui d’Eynac qui le précédait immédiatement. Or voici que j’apprends que, aux premières séances de la nouvelle chambre française, un député nommé Ed. Laurent s’est manifesté d’une façon inattendue, comme un des principaux chefs de la minorité ; les journaux de l’opposition le couvrent d’éloges et donnent une importance extraordinaire à ses moindres paroles ! Faut-il conclure de là que Bazil Zaharoff s’est arrangé pour avoir à la fois des gens à lui à la tête des partis contraires ? Cette tactique de sa part n’aurait assurément rien d’invraisemblable…
D’autre part, je reçois une lettre de quelqu’un qui a séjourné assez longtemps en Roumanie et qui y a été en relation avec les milieux théosophistes. En faisant des rapprochements entre ce qu’il me raconte et ce que je savais déjà par vous, il semble bien que, lors du séjour de Bazil Zaharoff et de M rs
Besant en Transylvanie dont vous m’avez parlé, un certain rôle fût joué par une dame Lazar, de Turda. Connaissez-vous cette personne ou en avez-vous entendu parler ? – Il y a aussi une histoire extraordinaire d’une d elle
Lia Braunstein, originaire d’Allemagne (probablement de Munich), et qui était à Bucarest à l’époque de la guerre ; elle prétendait être en rapports constants avec les “Maîtres”, et notamment avec le C te de Saint-Germain ; finalement, elle fut prise d’une crise de folie furieuse à Londres où elle était allée donner un concert (elle était musicienne), et fut internée dans un asile d’aliénés. – Il est question encore d’une d elle
Saculici, qui fut présidente de la branche de Bucarest, et qui mourut à Port-Saïd en revenant d’un congrès à Adyar ; l’histoire de cette mort est mêlée à quelque chose qui se rapporte à mon livre sur le “Théosophisme”, mais d’une façon que je n’arrive pas à débrouiller exactement. – Si vous saviez quelque chose sur ces différentes personnes, vous seriez bien aimable de m’en parler, car souvent une indication permet d’en compléter une autre…
Enfin, je reçois une lettre de Bâle, par laquelle j’apprends que Sidi Aïssa a eu une lettre de vous, mais qu’une précédente semble s’être perdue. – Sidi Ibrahim me dit aussi que vous lui avez parlé d’une certaine “armée de l’archange Michaël”, au sujet de laquelle vous vous demandiez si cela n’aurait pas quelque rapport avec les apparitions de Maglavit ; mais je ne comprends pas au juste de quoi il s’agit.
Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes sentiments les meilleurs.
René Guénon
Каир, 25 июня 1936 г.
(перевод на русский язык отсутствует)