Le Caire, 2 décembre 1939
Cher Monsieur et ami,
Voilà en effet bien des mois que je ne vous ai pas donné signe de vie ; si j’ai ainsi laissé votre avant-dernière lettre sans réponse, la faute en est uniquement à ma maladie : une crise rhumatismale du même genre que celle que j’avais eue il y a deux ans, mais qui a duré beaucoup plus longtemps cette fois. Enfin, je vais bien mieux maintenant, mais pourtant je m’en ressens encore, et je commence seulement à pouvoir écrire, après un repos forcé de six mois exactement !
Ce que vous m’apprenez des multiples ennuis de M. Charbonneau est vraiment bien fâcheux ; on dirait qu’il faut toujours que quelque chose survienne, d’une façon ou d’une autre, pour faire obstacle à la publication de son Bestiaire, comment cela va-t-il s’arranger ? – Quant au Rayonnement Intellectuel, il est bien posssible que l’imprimerie ait été fermée en raison des circonstances ; celle des Études Traditionnelles l’a été aussi, mais seulement pendant le temps nécéssaire pour trouver du nouveau personnel (ou plutôt de l’ancien) pour remplacer celui qui a été mobilisé, de sorte qu’on a pu reprendre la publication maintenant et qu’on la continuera aussi régulièrement qu’il sera possible.
J’espère que vous pourrez bientôt me redonner de vos nouvelles et aussi de celles de notre ami, car je ne compte guère en avoir directement, ce qui n’est d’ailleurs que trop compréhensible au milieu de tant d’occupations et de soucis...
Je m’excuse de ces quelques mots trop brefs ; je n’écris pas encore très facilement et je me fatigue vite !
Veuillez croire, cher Monsieur et ami, à mes meilleurs et bien respectueux sentiments.
René Guénon
Каир, 2 декабря 1939 г.
(перевод на русский язык отсутствует)