Le Caire, 26 mai 1948
Cher Monsieur et ami,
J’ai reçu hier votre lettre du 18 mai, et je vous remercie d’avoir fait ainsi tout de suite ce que je vous avais demandé. J’ai fait transmettre aussitôt à Mme de S t
Point ce qui la concerne, et j’espère qu’elle va être satisfaite de cet arrangement, car l’important pour elle est de ne pas être obligée de s’arrêter plus ou moins longtemps à Marseille ; âgée et souffrante comme elle l’est, cette idée paraissait la tourmenter beaucoup. Bien entendu, si elle vous demande autre chose par la suite, vous n’aurez qu’à le lui faire parvenir à l’adresse qu’elle vous indiquera ; je n’ai pas besoin de vous dire que j’approuve tout à fait vos intentions à ce sujet, et je vous remercie bien vivement de vouloir bien lui faire une avance s’il y a lieu.
Suivant ce que m’a dit Allar, j’ai écrit le 12 mai à la B. N. C. I., disant qu’on recevrait prochainement une lettre de vous, et que je m’en rapportais entièrement à ce que vous jugeriez bon de faire pour régler cette petite affaire de garde de titres. Je pense que vous savez qu’il s’agit de la succursale de l’avenue d’Orléans, 53 ; il serait inutile de s’adresser au siège social, où on ne sait probablement même pas de quoi il s’agit, d’autant plus que, d’après ce que Vâlsan avait constaté autrefois, il ne semble pas y avoir beaucoup d’ordre dans cette maison. Je ne serais pas fâché d’être débarrassé de cette histoire d’une façon quelconque, puisqu’il s’agit de titres qui apparemment n’ont plus aucune valeur depuis longtemps.
Ci-joint une lettre pour Publiroc que vous serez bien aimable de faire parvenir comme vous me le proposez ; il est vraiment singulier que, depuis un an exactement, ils n’aient jamais donné signe de vie, ni pour le versement du solde ni pour la réimpression annoncée de la brochure.
Le dernier compte que m’a envoyé Chacornac, arrêté au 1er mars, s’élevait à 10.500 fr.
Rouhier a dit à Allar qu’il vous enverrait bientôt un acompte pour “Orient et Occident”, comme il l’a fait pour les autres volumes réédités précédemment ; je ne sais pas si c’est maintenant chose faite. – Du reste, depuis quelque temps, Allar ne me donne des nouvelles qu’un peu irrégulièrement ; il paraît malheureusement avoir bien des soucis au sujet de sa mère, comme vous l’aviez d’ailleurs prévu ; je comprends bien qu’il redoute de la faire hospitaliser, mais je me demande si cette situation pourra se prolonger indéfiniment…
J’ai écrit le 20 mai à M. Cazelles, en lui donnant votre adresse et en lui demandant de se mettre en rapport avec vous ; mais, s’il tarde quelque peu, peut-être pourriez-vous lui écrire vous-même en premier lieu ; je ne sais pas du tout ce que c’est que cette Assemblée de l’Union Française dont il est membre. Je crois qu’il faudrait l’amener tout d’abord à faire lui-même une proposition définie qui pourrait servir de point de départ à une discussion ; ce n’est pas que j’aie grand espoir que cela aboutisse à une solution satisfaisante, mais enfin il ne faut pas négliger aucune occasion possible. Je n’ai pas la moindre idée de ce qu’on peut raisonnablement demander pour la maison en question, mais il est bien entendu qu’il faudrait que cela en vaille la peine et ne représente pas une somme dérisoire. Je ne crois pas que le D r
Lesueur soit au courant des questions de ventes d’immeubles ; il est d’ailleurs bien difficile de le sortir de ses occupations archéologiques (il travaille en ce moment à la préparation de 2 congrès !). – Ce que je ne m’explique pas, c’est que vous paraissiez penser que, le cas échéant, un transfert par la voie officielle serait ce qui vaudrait le mieux, car vous savez bien que c’est tout à fait impraticable pour moi ; s’il en était ainsi, il faudrait qu’il soit fait au nom de quelqu’un d’autre (M. Lings par exemple) qui pourrait faire les démarches voulues, ce dont je suis tout à fait incapable pour ma part. – On compte actuellement à peu près 100 livres égyptiennes pour 100.000 fr. français (la livre égyptienne vaut toujours un peu plus que la livre anglaise) ; il va de soi que le versement devrait être fait en livres égyptiennes, et non pas en livres anglaises qui n’ont pas cours ici.
Si vous pouvez aller à Blois vers la fin de juin, je crois que ce sera bien suffisant et qu’il n’y aura réellement pas besoin de vous déranger exprès avant cela. Par la même occasion, je vous prierai de voir le notaire, qui ne m’a toujours pas envoyé le compte promis depuis le début de l’année (il paraît malheureusement aussi peu actif que son prédécesseur), et aussi de tâcher de savoir où en est la liquidation de l’affaire Deschamps.
Ce que vous me dites de Swinburne Clymer ne m’étonne pas beaucoup, car cela est bien américain… Je ne me doutais pas que Deb. avait adhéré au “centre spirituel” du soi-disant Mahâ-Chohan (qui m’a causé bien du tracas avec toutes les demandes de renseignements sur son compte que j’ai reçues de mes correspondants) ; tant mieux s’il en est désillusionné, mais sûrement, comme vous le dites, il doit encore avoir à revenir de bien d’autres choses. – À ce propos, une histoire bien curieuse, c’est la campagne menée ces temps-ci, contre la légitimité d’un “Ordre Martiniste” quelconque, par quelques-uns de ceux qui en avaient été jusqu’ici les plus ardents défenseurs : circulaire de démission de J. Chaboseau, brochure toute récente de R. Ambelain (qui constitue un véritable démenti à son précédent livre sur le même sujet) ; le plus extraordinaire est que ces gens qui ne m’avaient jamais témoigné que de l’hostilité, s’appuient maintenant, pour justifier leur nouvelle attitude, sur ce que j’ai écrit dans les “Aperçus sur l’Initiation” !
Merci encore pour tout ce dont vous voulez bien vous charger, et bien cordialement à vous.
René Guénon
Каир, 11 августа 1948 г.
(перевод на русский язык отсутствует)