Le Caire, 20 mars 1938
Monsieur,
Votre lettre du 9 mars m’est arrivée alors que je venais de vous renvoyer, non pas trois volumes comme je vous l’avais annoncé, mais deux seulement, car je me suis aperçu que cela faisait un paquet trop volumineux pour être expédié sans encombre. J’ai donc réservé le livre de Stefan Zweig, que je pourrai vous renvoyer prochainement avec celui de Spinoza, dont j’ai déjà lu la plus grande partie. Quoique j’aie encore un bon nombre de livres à vous, j’accepte tout de même votre offre de me communiquer encore celui de G. Le Bon, et je vous en remercie à l’avance.
J’ai là les quatre volumes des « Yogas » de Vivekânanda, qui m’ont été envoyés par le traducteur, et dont il faudra que je parle dans mes comptes rendus ; mais je n’ai pas encore eu le temps de les voir en entier. Sûrement, le passage de la lettre de R. Rolland que vous citez est bien significatif ; tout en faisant la part de son incompréhension, comme vous le dites, il est tout de même plutôt fâcheux de donner prise à de telles interprétations !
Le procédé employé en Russie pour obtenir des aveux extraordinaires, ce serait tout simplement, paraît-il, le peyotl ; il y a d’ailleurs des raisons de penser que d’autres polices l’utilisent également ; et tout cela grâce au sinistre personnage que j’ai le malheur d’avoir pour éditeur...
Pour vos remarques au sujet de la « Voie Métaphysique », il faut dire que, quand le sommet du cône s’éloigne indéfiniment, les spires de la projection plane de l’hélice arrivent à se superposer ; mais il n’en est pas moins vrai que, telle qu’elle est présentée, la chose n’est pas absolument rigoureuse au point de vue géométrique. Dans tout ce que vous relevez, il y a comme un parti pris de simplification ou, si l’on veut, de « schématisation » excessive, si bien que ce qui en ressort reste en somme assez élémentaire. Je sais d’ailleurs très bien quelle est la pensée de l’auteur à cet égard : il trouve qu’on en dit toujours plus que la plupart des lecteurs n’en peuvent comprendre ; mais, pour ma part, je ne pense pas qu’il faille s’arrêter à cette considération, même si ce qu’on dit ne doit servir réellement qu’à quelques-uns... – La « Voie Rationnelle » a bien été publiée, et elle va sans doute être rééditée prochainement à son tour ; par contre, la « Voie Sociale », qui avait été annoncée aussi, et qui devait être consacrée au Confucianisme, n’a jamais été écrite et ne le sera très probablement jamais.
Je suis très heureux de votre approbation au sujet de ce que j’ai écrit sur la psychanalyse, d’autant plus qu’il y a des gens qui, par contre, en sont tout à fait furieux ! Je vous remercie des confirmations que vous m’indiquez ; je ne connaissais pas tout cela, n’ayant jamais eu l’occasion de voir ces appréciations faites au point de vue médical, exclusivement, mais qui n’en ont pas moins leur importance, bien au contraire. Il se pourrait que cela me serve à l’occasion ; en ce cas, je vous prierais de vouloir bien m’indiquer les références d’une façon précise. J’ai appris en effet ces jours-ci que le « Progrès Médical » avait demandé des exemplaires de mes articles ; je ne sais pas dans quelles intentions, mais il est possible que certains veuillent soulever quelque discussion à ce sujet, et il sera bon de suivre la chose de près ; si j’apprends du nouveau, je vous en reparlerai, bien entendu, et d’ailleurs peut-être verrez-vous cela aussi de votre côté...
Croyez, je vous prie, Monsieur, à mes sentiments les meilleurs.
René Guénon
Каир, 20 марта 1938 г.
(перевод на русский язык отсутствует)