Le Caire, 17 octobre 1937
Monsieur,
J’ai reçu hier votre lettre du 7 octobre et le paquet contenant les quatre volumes et les articles ; merci de cet envoi... De mon côté, je vous ai renvoyé il y a une quinzaine de jours les deux livres dont je vous parlais dans ma dernière lettre.
Les adjonctions à votre article sont très bien ; ces citations de Kierkegaard ne font en effet qu’appuyer davantage ce que vous disiez déjà. Il est étonnant que vous n’ayez pas encore de nouvelles de cet article ; il ne doit tout de même pas y avoir là autant d’encombrement qu’au « Mercure » !
Je suppose que, par « devenir platonicien », le Dr Renard veut dire simplement le devenir au sens où l’entend Platon (c’est-à-dire en somme tout état soumis au changement), car il n’est pas possible qu’il prenne la doctrine même de Platon pour une « philosophie du devenir ». Dans l’ensemble, ses tendances n’apparaissent pas très clairement, à part l’influence bergsonienne que vous avez notée et qui est évidente.
Ce qui est encore bien moins clair, c’est la conception de la « conscience transcendantale » ; on peut en effet admettre qu’il y a là quelque chose comme une vue confuse du Soi, mais jusqu’où cela peut-il aller ? La phrase sur le corps humain, mesure de toutes choses, n’est certes pas faite pour inspirer confiance dans l’étendue de l’horizon intellectuel de l’auteur...
Merci pour les extraits concernant Hegel ; là aussi, malgré certains rapprochements partiels comme ceux que vous relevez, tout reste en somme bien confus et incomplet ; et puis cette façon de parler de l’Idée implique quelque chose qui est bien particulier au point de vue philosophique moderne. Quant au panthéisme, il est bien certain que c’est un mot dont on abuse trop souvent ; mais il semble bien difficile de ne pas l’appliquer au moins à Spinoza, dont le Dieu, en tout cas, n’est rien de plus que la Substance universelle, c’est-à-dire Prakriti.
J’ai le nouveau livre de Marquès-Rivière, mais je n’ai pas eu le temps de le lire encore ; je vous en reparlerai donc une autre fois ; mais, rien qu’en le feuilletant. J’y ai déjà aperçu quelques beaux « démarquages », ce qui est d’ailleurs dans les habitudes de l’auteur ; ce qu’il y a de plus fâcheux, c’est que, parce qu’il est allé passer quelques mois dans l’Inde l’an dernier, bien des gens [...]
[Le reste de la lettre est manquant]
Каир, 17 октября 1937 г.
(перевод на русский язык отсутствует)