Le Caire, 23 mai 1937
Cher Monsieur,
Merci des explications que vous avez bien voulu m’envoyer tout de suite au sujet de la séance à laquelle vous avez assisté chez Mme de S. Cette affaire m’intriguait un peu, mais je dois dire que ce que vous m’en dites confirme en somme ce que je pouvais supposer ; ce que je ne savais pas, c’est qu’il y avait là une sorte de phalaustère. – Ce qui est toujours à craindre dans des choses comme celles-là, c’est qu’elles ne prennent un caractère de contrefaçon et même de parodie, car il est bien évident que ce qui peut être inspiré des méthodes des derviches se trouve là, en tout cas, privé de tout caractère rituel. Il faut dire d’ailleurs que les soi-disant « danses » des derviches ne sont pas réellement des danses au sens propre du mot, mais des mouvements rythmés accompagnant la répétition de certaines formules ; ce sont les Européens qui les appellent « danses », mais, en arabe, on se garderait bien d’employer le mot équivalent. J’ai essayé de faire comprendre la différence à Derm., que ce sujet occupe beaucoup, mais, là comme pour bien d’autres choses, je me suis rendu compte qu’il était bien difficile de dissiper les confusions dues à des idées préconçues et à des habitudes prises… – Quoi qu’il en soit, il est à remarquer que les entreprises occidentales de « danses rythmiques » sont presque toujours liées à des choses plus ou moins suspectes (Stieur, etc …) ; c’est pour cela que j’y vois surtout l’idée de contrefaçon ou de « pseudo-rites » ; dès lors que cela ne se rattache régulièrement à aucune forme traditionnelle, ce ne peut guère être autre chose ; et, d’autre part, je ne suis pas sûr du tout que cela ne risque pas de favoriser parfois un certain déséquilibre…
Peut-être êtes-vous en ce moment même à Bâle ou à Mulhouse ; j’espère que vous serez satisfait de ce voyage.
Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à mes sentiments les meilleurs.
René Guénon
Каир, 23 мая 1937 г.
(перевод на русский язык отсутствует)