Le Caire, 16 avril 1946
Bî-smi Llâh al-Rahmân al-rahîm al-hamdu li-Llâhi wahda-Hu
Au nom du Dieu clément et miséricordieux louange à Dieu seul !
Le Caire, 16 avril 1946 ila l-shaykh al-fâdil wa-l-akh al ‘aziz
Sayyidî Isâ Nûr al-Din Ahmad al-salâm ‘alaykum wa-rahmat Allâh wa-barakâtu-Hu-Wa-ba`d
Au Shaykh excellent et au frère très cher, Sidi Aïssa Nur al-Din Ahmad
À vous le salut et la miséricorde de Dieu et Ses bénédictions.
Bien que j’aie eu déjà souvent de vos nouvelles en ces derniers temps, comme vous pouvez le penser j’ai été extrêmement heureux d’en recevoir cette fois directement, et aussi de ce que vous nous faites espérer la visite de quelqu’un de nos amis ; et peut-être vous-même pourrez-vous aussi revenir nous voir sans trop tarder…
Merci pour les envois successifs des chapitres de votre livre, maintenant complété ; je le trouve du plus grand intérêt, et il aurait été assurément bien regrettable que vous ne vous décidiez pas à l’écrire. Je ne vois vraiment pas quelles modifications je pourrais vous suggérer, ni ce qu’il pourrait y avoir à ajouter ou à retrancher ; je crois que ce qui se rapporte au Christianisme, en particulier, n’avait jamais été présenté sous ce jour, et cela pourra aider certains à comprendre bien des choses. Il importe que ce livre puisse paraître le plus tôt possible ; Luc Benoist m’avait parlé de la fin de cette année, mais, comme la réédition de la « Crise du Monde moderne » paraît devoir se faire plus tôt qu’il ne le disait alors, j’espère que cela avancera d’autant la publication des volumes suivants de la collection, c’est-à-dire de votre livre en premier lieu, et ensuite de celui de Coomaraswamy sur « Hindouisme et Bouddhisme ». – Pour ce qui est de votre nouveau titre, il me semble en effet préférable au premier parce qu’il est plus court, et que peut-être aussi il semblera plus clair aux lecteurs qui ne sont pas encore habitués à notre terminologie.
J’avais su déjà par P. Genty qu’il s’était décidé à vous écrire ; je ne sais trop ce qu’il a pu vous dire au sujet des « Prophètes de l’Esprit », mais je me doute que ce devait être quelque chose de passablement confus ; il est malheureusement toujours le même, depuis à peu près 40 ans que je le connais, et fort entêté dans ses idées… Clavelle, qui me dit avoir reçu également une copie de votre réponse, ajoute que, d’après une lettre plus récente de Genty, celui-ci « semble bien décidé, cette fois-ci comme d’habitude, à ne pas sortir du domaine des songes » ; comme il n’est pas exempt de quelque parti pris à son égard, je veux croire pourtant qu’il exagère. S’il en était ainsi, ce serait vraiment fâcheux en effet pour ce pauvre Genty, car il est tout de même bien temps qu’il prenne une résolution plus « effective » ; il doit avoir 64 ou 65 ans, mais, à vrai dire, il a toujours paru vieux. – À ce que vous dites dans votre réponse au sujet de S t
Jean il y aurait peut-être seulement ceci à ajouter : beaucoup de Musulmans considèrent aussi S t
Georges comme un prophète, appartenant à la famille spirituelle de Seyidnâ El-Khidr, Seyidnâ Idris et Seyidnâ Ilyas ; mais, en tout cas, il est bien entendu qu’il ne serait également que Nabî et non Rasûl
. À ce propos, je ne sais plus si j’ai jamais eu l’occasion de vous dire que ce qui m’avait donné l’idée d’écrire les articles sur la « réalisation descendante » parus au début de 1939, c’est le fait que certains Shiites prétendent que le Walî a un maqâm plus élevé (sous le rapport d’ el-qutb
) que le Nabî et même que le Rasûl
. Ce que j’ai écrit dernièrement à propos des Malâmatiyah, comme vous le verrez (ou peut-être l’avez-vous déjà vu, car le 4e n° des « Études Traditionnelles » doit être paru maintenant), touche aussi à la même question ; cet article se rencontre d’ailleurs avec ce que vous avez écrit vous-même sur les rapports des initiés avec le peuple, et, par une assez curieuse « coïncidence » (?), je venais justement de projeter de l’écrire quand cette partie de votre livre nous est parvenue !
Oui, nous avons reçu de Buenos Aires les deux études sur le Bouddhisme et sur les « Noms Divins » dont vous parlez ; j’en ai eu aussi, et de la dernière surtout, la même impression que vous. C’est très difficile à lire, et il y a là-dedans bien des complications assez inutiles, et même des correspondances dont beaucoup semblent peu justifiées ; je me demande sur quelles autorités l’auteur pourrait bien appuyer certaines de ses assertions… Sûrement, c’est bien différent du travail de S. Abu Bakr ; ne pensez-vous pas que, si ce dernier était traduit en français, il vaudrait la peine de le faire paraître dans la collection « Tradition » ? Je ne crois pas que L. Benoist pourrait avoir quelque objection à soulever contre cette idée.
J’ai connu en effet Mme
Breton (alors M elle
Dano) dans les derniers temps que j’étais à Paris, et, depuis lors, elle a toujours continué à m’écrire de temps à autre. Je pense que vous avez bien fait de lui répondre, car elle est certainement très sympathique et paraît compréhensive, et il n’y a aucunement lieu de se méfier d’elle ; de plus, chose appréciable, elle n’appartient pas à la catégorie trop nombreuse des correspondants encombrants et indiscrets. Je dois dire aussi qu’elle et son beau-frère (Paul Barbotin) m’ont rendu quelques services en m’aidant à élucider certaines machinations des gens de la « R. I. S. S. » et autres de cette sorte. J’ajoute, pour que vous sachiez plus exactement à quoi vous en tenir, qu’elle est nettement catholique et qu’elle est aussi en relation avec Charbonneau-Lassay.
Votre chapitre sur les formes d’art sera certainement très bien pour le volume de Bharata Iyer ; Marco Pallis nous a écrit que lui-même préparait quelque chose sur le « costume traditionnel ». Quant à moi, je n’ai malheureusement rien fait encore ; comme on paraît vouloir avoir les articles sans trop tarder, je me demande si la traduction de mon étude sur la théorie des éléments, parue autrefois dans un n° spécial des « Études Traditionnelles » sur la tradition hindoue, ne pourrait pas faire l’affaire. Il ne m’est guère possible en effet de faire un travail d’une certaine longueur en ce moment, ni tant que je ne serai pas complètement sorti de toutes les questions concernant les éditions et rééditions actuellement en cours, car tout cela prend bien du temps et se trouve encore compliqué par les lenteurs et les irrégularités du courrier. – Il est bien vrai que la période de silence de ces dernières années a eu pour moi quelques avantages, en ce sens qu’autrement il m’aurait probablement été bien difficile d’arriver à préparer 4 nouveaux livres pendant ce temps ; mais, d’un autre côté, cette absence prolongée de toute nouvelle devenait vraiment bien pénible tout de même…
Merci à vous et à tous nos amis de vos bons vœux ; nous allons toujours bien, Dieu soit loué, et ma famille se joint à moi pour vous adresser à tous nos salutations et nos meilleurs souvenirs.
Min al-faqîr ilâ rabbihi
(Émanant) de l’indigent à l’égard de son Seigneur
‘Abd al-Wâhid Yahyâ
Каир, 16 апреля 1946 г.
(перевод на русский язык отсутствует)