Le Caire, 2 février 1949
Cher ami,
Merci de vos bons vœux, qui me parviennent seulement à l’instant même, car les courriers ne vont toujours pas bien vite. Je vous adresse aussi à mon tour les miens pour cette année 1949 ; je regrette seulement que vous ne puissiez les recevoir que bien tardivement, mais croyez bien qu’ils n’en sont pas moins sincères pour cela.
Je suis fâché d’apprendre les difficultés et les retards que rencontre la publication de votre livre sur Rabelais, et je souhaite que vous en voyiez bientôt la fin ; est-ce toujours Volguine qui doit l’éditer ? – La réédition de mes livres épuisés ne se fait pas non plus aussi vite qu’on l’espérait, car, avec les augmentations successives des frais d’impression et de papier, on est obligé de mettre plus d’intervalle entre les volumes ; enfin, espérons qu’on y arrivera tout de même peu à peu... Sûrement, les conditions actuelles ne sont pas des plus favorables pour nous, et malheureusement rien ne permet de prévoir qu’elles puissent s’améliorer plus ou moins prochainement.
On m’a envoyé ce livre d’Abellio dont vous m’aviez parlé, et j’en ai une impression bien mélangée ; même quand l’auteur se sert de quelques données traditionnelles, il les arrange trop souvent à sa fantaisie, et, dans l’ensemble, tout ce qu’il envisage est extrêmement contestable ; au fond, je ne vois pas très exactement quelles ont pu être ses intentions, mais en tout cas cela ne peut guère que contribuer à embrouiller encore un peu plus les idées des gens, qui pourtant n’en ont pas vraiment besoin...
Nous avons ici, cet hiver, un froid tout à fait extraordinaire, du moins pour l’Égypte ; il est fort à souhaiter que ce ne soit pas en proportion en France, surtout si le chauffage y est encore aussi difficile que ces dernières années !
Bien cordialement à vous.
René Guénon
Каир, 2 февраля 1949 г.
(перевод на русский язык отсутствует)