Mesr, 27 rabi Tâni 1349H
Cher ami,
J’ai reçu vos deux lettres ; celle que vous m’aviez adressée à Paris m’est arrivée après l’autre. J’ai reçu aussi les trois nos de l’“Aube Nouvelle” contenant vos articles, et je vous en remercie. J’ai lu ces articles avec intérêt, et je trouve que c’est vraiment dommage qu’ils paraissent dans une telle revue, où il y a toutes sortes de choses hétéroclites ; ne pensez-vous pas qu’il vaudrait mieux éviter certaines compromissions ? Et puis, que de fautes d’impression !
Vos articles du “Voile d’Isis” sont bien ; je n’ai pas vu encore celui qui était destiné au n° spécial sur le Gnosticisme, celui-ci étant fort en retard.
Oui, vous ferez bien de laisser de côté tout ce qui se rattache à Vivêkânanda, Krishnamurti, Inayat Khan et autres de ce genre. Je pense que ceux qui entendent s’en tenir à la tradition devront se montrer de plus en plus stricts et s’abstenir plus que jamais de toute concession aux idées occidentales.
Ce que vous dites des orientalistes est très juste, et c’est ce que j’ai toujours dit moi-même : à part la grammaire, ils ne comprennent rien et ne peuvent rien comprendre. Massignon aurait peut-être pu faire exception s’il était mieux équilibré, mais hélas !...
Je pense qu’il subsiste encore quelque chose au Maroc ; ce pays est moins atteint que la Tunisie. Il est malheureusement vrai que, un peu partout, certaines tariqas ne sont plus ce qu’elles étaient autrefois ; mais je me permettrai de vous prier (et croyez que ce n’est pas seulement en mon nom personnel) de ne jamais parler de cela devant les non-musulmans. Impossible de vous en donner les raisons par lettre ; tout ce que je peux vous dire, c’est que rien n’est perdu comme vous paraissez le craindre, mais que beaucoup de choses sont actuellement comme endormies...
La question que vous posez au sujet des Châdhiliyas est de celles auxquelles il n’est pas facile de répondre ; ici même, beaucoup de gens parlent de cela sans rien savoir. Le chef inconnu existe bien, mais, si l’on peut dire, “en puissance” seulement ; il doit se manifester à une certaine date qui n’est plus très éloignée ; c’est tout ce qu’il m’est permis d’en dire pour le moment.
Vous serez bien aimable de me donner l’adresse actuelle de la zaouïa des Alaouïas à Paris, et aussi, si possible, les jours et heures des réunions ; ces renseignements me seront utiles à mon retour.
Vous pourrez encore m’écrire ici, car mon départ est un peu retardé ; à moins de circonstances imprévues, je pense partir d’Alexandrie le 18 octobre.
Ce que vous me dites au sujet de l’opinion de certains Maçons à l’égard de mes ouvrages ne me surprend pas ; je suis habitué à l’incompréhension des gens. Il y a heureusement quelques exceptions, mais elles sont bien rares. Vous avez raison de ne pas répondre à des inepties qui n’en valent pas la peine ; c’est aussi ce que je fais. Seulement, comme il y a des hostilités dont les réactions peuvent être dangereuses (surtout du côté ecclésiastique), je tâcherai de séjourner désormais le moins possible en Europe ; cela me permettra d’ailleurs d’écrire certaines choses plus librement et plus tranquillement.
Très fraternellement à vous.
Каир, 20 сентября 1930 г.
(перевод на русский язык отсутствует)