Conclusion
Nous pourrions presque nous dispenser d’ajouter, à l’exposé qui précède, une conclusion qui nous semble s’en dégager assez nettement, et dans laquelle nous ne pourrions guère faire autre chose que de répéter, sous une forme plus ou moins résumée, un certain nombre de considérations que nous avons déjà développées en y insistant suffisamment pour en faire ressortir toute l’importance. Nous pensons en effet, avoir montré aussi clairement et aussi explicitement que possible quels sont les principaux préjugés qui éloignent présentement l’Occident de l’Orient ; et, s’ils l’en éloignent, c’est parce qu’ils sont opposés à la véritable intellectualité, que l’Orient a conservée intégralement, tandis que l’Occident est arrivé à en perdre toute notion, si vague et si confuse qu’elle soit. Ceux qui auront compris cela auront saisi également, par là même, le caractère « accidentel », dans tous les sens divers que possède ce mot, de la divergence de l’Occident par rapport à l’Orient ; le rapprochement de ces deux parties de l’humanité et le retour de l’Occident à une civilisation normale ne sont, en somme, qu’une seule et même chose, et c’est bien là ce qui fait le plus grand intérêt de ce rapprochement dont nous avons envisagé la possibilité pour un avenir plus ou moins éloigné. Ce que nous appelons une civilisation normale, c’est une civilisation qui repose sur des principes, au vrai sens de ce terme, et où tout est ordonné et hiérarchisé en conformité avec ces principes, de telle sorte que tout y apparaît comme l’application et le prolongement d’une doctrine purement intellectuelle ou métaphysique en son essence ; c’est ce que nous voulons dire aussi quand nous parlons d’une civilisation traditionnelle. Qu’on n’aille pas croire, d’ailleurs, que la tradition puisse apporter la moindre entrave à la pensée, à moins qu’on ne prétende que ce soit limiter celle-ci que de l’empêcher de s’égarer, ce que nous ne pouvons admettre ; est-il permis de dire que l’exclusion de l’erreur soit une limitation de la vérité ? Rejeter des impossibilités, qui ne sont qu’un pur néant ce n’est point apporter des restrictions à la possibilité totale et universelle, nécessairement infinie ; l’erreur aussi n’est qu’une négation, une « privation » dans l’acception aristotélicienne de ce mot ; elle n’a, en tant qu’erreur (car il peut s’y trouver des parcelles de vérité incomprise), rien de positif, et c’est pourquoi on peut l’exclure sans faire aucunement preuve d’esprit systématique. La tradition, par contre, admet tous les aspects de la vérité ; elle ne s’oppose à aucune adaptation légitime ; elle permet, à ceux qui la comprennent, des conceptions autrement vastes que tous les rêves des philosophes qui passent pour les plus hardis, mais aussi autrement solides et valables ; enfin, elle ouvre à l’intelligence des possibilités illimitées comme la vérité elle-même.
Tout cela résulte immédiatement des caractères de la connaissance métaphysique, seule absolument illimitée en effet, parce qu’elle est de l’ordre universel ; et il nous paraît bon de revenir ici sur la question, que nous avons déjà traitée ailleurs, des rapports de la métaphysique et de la logique. Cette dernière, se référant aux conditions propres à l’entendement humain, est chose contingente ; elle est de l’ordre individuel et rationnel, et ce qu’on appelle ses principes, ce ne sont des principes que dans un sens relatif ; nous voulons dire qu’ils ne peuvent être comme ceux des mathématiques ou de toute autre science particulière, que l’application et la spécification des véritables principes dans un domaine déterminé. La métaphysique domine donc nécessairement la logique comme elle domine tout le reste ; ne pas le reconnaître, c’est renverser les rapports hiérarchiques qui sont inhérents à la nature des choses ; mais, si évident que cela nous paraisse, nous avons dû constater qu’il y a là quelque chose qui étonne beaucoup de nos contemporains. Ceux-ci ignorent totalement ce qui est de l’ordre métaphysique et « supra-individuel » ; ils ne connaissent que des choses qui appartiennent à l’ordre rationnel, y compris la « pseudo-métaphysique » des philosophes modernes ; et, dans cet ordre rationnel, la logique occupe effectivement le premier rang, tout le reste lui est subordonné. Mais la métaphysique vraie ne peut pas plus être dépendante de la logique que de n’importe quelle autre science ; l’erreur de ceux qui pensent le contraire provient de ce qu’ils ne conçoivent la connaissance que dans le domaine de la raison et n’ont pas le moindre soupçon de ce qu’est la connaissance intellectuelle pure. Cela, nous l’avons déjà dit ; et nous avons eu soin aussi de faire remarquer qu’il fallait distinguer entre la conception des vérités métaphysiques, qui, en soi, échappe à toute limitation individuelle, et leur exposition formulée, qui, dans la mesure où elle est possible, ne peut consister qu’en une sorte de traduction en mode discursif et rationnel ; si donc cette exposition prend une forme de raisonnement, une apparence logique et même dialectique, c’est que, étant donnée la constitution du langage humain, on ne pourrait rien dire sans cela ; mais ce n’est là qu’une forme extérieure, qui n’affecte aucunement les vérités dont il s’agît, puisqu’elles sont essentiellement supérieures à la raison. D’autre part, il y a deux façons très différentes d’envisager la logique : il y a la façon occidentale, qui consiste à la traiter en mode philosophique, et à s’efforcer de la rattacher à une conception systématique quelconque ; et il y a la façon orientale, c’est-à-dire la logique constituée comme une « science traditionnelle » et reliée aux principes métaphysiques, ce qui lui donne d’ailleurs, comme à toute autre science, une portée incomparablement plus grande. Il peut se faire, assurément, que les résultats semblent pratiquement les mêmes en bien des cas, mais la différence des deux points de vue n’en est nullement amoindrie ; on ne peut pas plus contester cela qu’on ne peut, de ce que les actions de divers individus se ressemblent extérieurement, conclure qu’elles ont été accomplies avec les mêmes intentions. Et voici où nous voulons en venir : la logique n’est pas, par elle-même, quelque chose qui présente un caractère spécialement « philosophique », puisqu’elle existe aussi là où l’on ne trouve pas le mode de pensée très particulier auquel cette dénomination convient proprement ; si les vérités métaphysiques peuvent, jusqu’à un certain point, et toujours sous la réserve de ce qu’elles contiennent d’inexprimable, être revêtues d’une forme logique, c’est la logique traditionnelle, non la logique philosophique, qui est apte à cet usage ; et comment pourrait-il en être autrement, alors que la philosophie est devenue telle qu’elle ne peut subsister qu’à la condition de nier la métaphysique vraie ? On doit voir par cette explication comment nous comprenons la logique : si nous employons une certaine dialectique, sans quoi il ne nous serait pas possible de parler de quoi que ce soit, on ne peut pas nous le reprocher comme une contradiction, car ce n’est point là, pour nous, faire de la philosophie. Du reste, lors même qu’il s’agit spécialement de réfuter les conceptions des philosophes, on peut être assuré que nous savons toujours conserver les distances exigées par la différence des points de vue : nous ne nous plaçons pas sur le même terrain, comme le font ceux qui critiquent ou combattent une philosophie au nom d’une autre philosophie ; ce que nous disons, nous le disons parce que les doctrines traditionnelles nous ont permis de comprendre l’absurdité ou l’inanité de certaines théories, et, quelles que soient les imperfections que nous y apportons inévitablement (et qui ne doivent être imputées qu’à nous-même), le caractère de ces doctrines est tel qu’il nous interdit toute compromission. Ce que nous avons de commun avec les philosophes, ce ne peut être que la dialectique ; mais celle-ci n’est, chez nous, qu’un instrument au service de principes qu’ils ignorent ; cette ressemblance même est donc tout extérieure et superficielle, comme celle que l’on peut consister parfois entre les résultats de la science moderne et ceux des « sciences traditionnelles ». A vrai dire, nous n’empruntons pas même en cela les méthodes des philosophes, car ces méthodes, dans ce qu’elles ont de valable, ne leur appartiennent pas en propre, mais représentent simplement quelque chose qui est la possession commune de tous les hommes, même de ceux qui sont le plus éloignés du point de vue philosophique ; la logique philosophique n’est qu’un amoindrissement de la logique traditionnelle, et celle-ci a la priorité sur celle-là. Si nous insistons ici sur cette distinction qui nous paraît essentielle, ce n’est pas pour notre satisfaction personnelle, mais parce qu’il importe de maintenir le caractère transcendant de la métaphysique pure, et parce que tout ce qui procède de celle-ci, même secondairement et dans un ordre contingent, reçoit comme une participation de ce caractère, qui en fait tout autre chose que les connaissances purement « profanes » du monde occidental. Ce qui caractérise un genre de connaissance et le différencie des autres, ce n’est pas seulement son objet, mais c’est surtout la façon dont cet objet est envisagé ; et c’est pourquoi des questions qui, par leur nature, pourraient avoir une certaine portée métaphysique, la perdent entièrement lorsqu’elles se trouvent incorporées à un système philosophique. Mais la distinction de la métaphysique et de la philosophie, qui est pourtant fondamentale, et que l’on ne doit jamais oublier si l’on veut comprendre quelque chose aux doctrines de l’Orient (puisqu’on ne peut échapper sans cela au danger des fausses assimilations), est tellement inusitée pour les Occidentaux que beaucoup ne peuvent arriver à la saisir : c’est ainsi que nous avons eu la surprise de voir affirmer çà et là que nous avions parlé de la « philosophie hindoue », alors que nous nous étions précisément appliqué à montrer que ce qui existe dans l’Inde est tout autre chose que de la philosophie ! Peut-être en sera-t-il encore de même pour ce que nous venons de dire au sujet de la logique, et, en dépit de toutes nos précautions, nous ne serions pas autrement étonné que, dans certains milieux, on nous fît grief de « philosopher » contre la philosophie, tandis que ce que nous faisons en réalité est pourtant quelque chose de tout différent. Si nous exposions par exemple une théorie mathématique, et s’il plaisait à quelqu’un de l’appeler « physique », nous n’aurions, certes, aucun moyen de l’en empêcher, mais tous ceux qui connaissent la signification des mots sauraient bien ce qu’ils doivent en penser ; quoiqu’il s’agisse là de notions moins courantes, les méprises que nous essayons de prévenir sont assez comparables à celle-là. S’il en est qui sont tentés de formuler certaines critiques basées sur de pareilles confusions, nous les avertissons qu’elles porteraient à faux, et, si nous arrivons à leur épargner ainsi quelques erreurs, nous en serions fort heureux ; mais nous ne pouvons rien faire de plus, car il n’est pas en notre pouvoir, ni d’ailleurs en celui de personne, de donner la compréhension à ceux qui n’en ont pas les moyens en eux-mêmes. Si donc ces critiques mal fondées se produisent malgré tout, nous aurons le droit de n’en tenir aucun compte ; mais, par contre, si nous nous apercevons que nous n’avons pas encore marqué certaines distinctions avec une netteté suffisante, nous y reviendrons jusqu’à ce que l’équivoque ne soit plus possible, ou que du moins elle ne puisse plus être attribuée qu’à un aveuglement incurable ou à une évidente mauvaise foi.
Il en est de même en ce qui concerne les moyens par lesquels l’Occident pourra se rapprocher de l’Orient en revenant à la véritable intellectualité : nous croyons que les considérations que nous avons exposées dans la présente étude sont propres à dissiper beaucoup de confusions à cet égard, ainsi que sur la façon dont nous envisageons l’état ultérieur du monde occidental, tel qu’il serait si les possibilités que nous avons en vue venaient à se réaliser un jour. Cependant, nous ne pouvons évidemment avoir la prétention de prévoir tous les malentendus ; s’il s’en présente qui aient une importance réelle, nous nous efforcerons toujours de les dissiper de même, et nous le ferons d’autant plus volontiers que ce peut être là une excellente occasion de préciser notre pensée sur certains points. En tout cas, nous ne nous laisserons jamais détourner de la ligne qui nous est tracée par tout ce que nous avons compris grâce aux doctrines traditionnelles de l’Orient ; nous nous adressons à ceux qui peuvent et veulent comprendre à leur tour, quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent, mais non à ceux que l’obstacle le plus insignifiant ou le plus illusoire suffit à arrêter, qui ont la phobie de certaines choses ou de certains mots, ou qui se croiraient perdus s’il leur arrivait de franchir certaines limitations conventionnelles et arbitraires. Nous ne voyons pas, en effet, quel parti l’élite intellectuelle pourrait tirer de la collaboration de ces esprits craintifs et inquiets ; celui qui n’est pas capable de regarder toute vérité en face, celui qui ne se sent pas la force de pénétrer dans la « grande solitude », suivant l’expression consacrée par la tradition extrême-orientale (et dont l’Inde aussi a l’équivalent), celui-là ne pourrait aller bien loin dans ce travail métaphysique dont nous avons parlé, et dont tout le reste dépend strictement. Il semble qu’il y ait, chez certains, comme un parti pris d’incompréhension ; mais, au fond, nous ne croyons pas que ceux qui ont des possibilités intellectuelles vraiment étendues soient sujets à ces vaines terreurs, car ils sont assez bien équilibrés pour avoir, presque instinctivement, l’assurance qu’ils ne courront jamais le risque de céder à aucun vertige mental ; cette assurance, il faut bien le dire, n’est pas pleinement justifiée tant qu’ils n’ont pas atteint un certain degré de développement effectif, mais le seul fait de la posséder, sans même s’en rendre compte très nettement, leur donne déjà un avantage considérable. Nous ne voulons pas, en cela, parler de ceux qui ont en eux-mêmes une confiance plus on moins excessive ; ceux dont il s’agit mettent en réalité, même s’ils ne le savent pas encore, leur confiance dans quelque chose de plus haut que leur individualité, parce qu’ils pressentent en quelque sorte ces états supérieurs dont la conquête totale et définitive peut être obtenue par la connaissance métaphysique pure. Quant aux autres, à ceux qui n’osent aller ni trop haut ni trop bas, c’est qu’ils ne peuvent voir au delà de certaines bornes, hors desquelles ils ne savent même plus distinguer le supérieur de l’inférieur, le vrai et le faux, le possible et l’impossible ; s’imaginant que la vérité doit être à leur mesure et se tenir à un niveau moyen, ils se trouvent à l’aise dans les cadres de l’esprit philosophique, et, alors même qu’ils se seront assimilé certaines vérités partielles, ils ne pourront jamais s’en servir pour étendre indéfiniment leur compréhension ; qu’elle soit due à leur propre nature ou seulement à l’éducation qu’ils ont reçue, la limitation de leur « horizon intellectuel » est désormais irrémédiable, de sorte que leur parti pris, si c’en est un, est vraiment involontaire, sinon tout à fait inconscient. Parmi ceux là, il en est assurément qui sont victimes du milieu où ils vivent, et c’est bien ce qu’il y a de plus regrettable ; leurs facultés, qui auraient pu avoir l’occasion de se développer dans une civilisation normale, ont été au contraire atrophiées et comprimées jusqu’à l’annihilation ; et, l’éducation moderne étant et qu’elle est, on en arrive à penser que les ignorants sont ceux qui ont le plus de chances d’avoir gardé intactes leurs possibilités intellectuelles. En comparaison des déformations mentales qui sont l’effet ordinaire de la fausse science, l’ignorance pure et simple nous apparaît véritablement comme un moindre mal ; et, bien que nous mettions la connaissance au-dessus de tout, ce n’est point là de notre part un paradoxe ni une inconséquence, car la seule connaissance vraiment digne de ce nom à nos yeux diffère entièrement de celle que cultivent les Occidentaux modernes. Et qu’on n’aille pas nous reprocher, sur ce point ou sur d’autres, une attitude trop intransigeante ; cette attitude nous est imposée par la pureté de la doctrine, par ce que nous avons appelé l’« orthodoxie » au sens intellectuel ; et, étant d’ailleurs exempte de tout préjugé, elle ne peut jamais nous conduire à être injuste à l’égard de quoi que ce soit. Nous admettons toute la vérité, sous quelque aspect qu’elle se présente ; mais, n’étant ni sceptique ni éclectique, nous ne pouvons admettre rien d’autre que la vérité.
Nous savons bien que notre point de vue n’est pas un de ceux où l’on se place habituellement en Occident, et que, par suite, il peut être assez difficile à comprendre du premier coup ; mais il va sans dire que nous ne demandons à personne de l’adopter sans examen. Ce que nous voulons, c’est seulement inciter à la réflexion ceux qui en sont encore capables ; chacun d’eux comprendra ce qu’il pourra, et, si peu que ce soit, ce sera toujours quelque chose ; du reste, nous supposons bien qu’il s’en trouvera quelques-uns qui iront plus loin. Ce que nous avons fait nous-même, il n’y a pas de raison, en somme, pour que d’autres ne le fassent pas aussi ; dans l’état actuel de la mentalité occidentale, ce ne seront sans doute que des exceptions, mais il suffit qu’il se rencontre de telles exceptions, même peu nombreuses, pour que nos prévisions soient justifiées et que les possibilités que nous indiquons soient susceptibles de se réaliser tôt ou tard. D’ailleurs, tout ce que nous ferons et dirons aura pour effet de donner, à ceux qui viendront ensuite, des facilités que nous n’avons pas trouvées pour notre propre compte ; en cela comme en toute autre chose, le plus pénible est de commencer le travail, et l’effort à accomplir doit être d’autant plus grand que les conditions sont plus défavorables. Que la croyance à la « civilisation » soit plus ou moins ébranlée chez des gens qui naguère n’auraient pas osé la discuter, que le « scientisme » soit actuellement en déclin dans certains milieux, ce sont là des circonstances qui peuvent peut-être nous aider quelque peu, parce qu’il en résulte une espèce d’incertitude qui permet aux esprits de s’engager sans autant de résistance dans des voies différentes ; mais c’est tout ce qu’il nous est possible d’en dire, et les tendances nouvelles que nous avons constatées jusqu’ici n’ont rien de plus encourageant que celles qu’elles essaient de supplanter. Rationalisme ou intuitionnisme, positivisme ou pragmatisme, matérialisme ou spiritualisme, « scientisme » ou « moralisme », ce sont là des choses qui, à notre point de vue, se valent exactement ; on ne gagne rien en passant de l’une à l’autre, et, tant qu’on ne s’en sera pas dégagé entièrement, on n’aura pas fait même le premier pas dans le domaine de la véritable intellectualité. Nous tenons à le déclarer expressément, comme nous tenons à redire une fois de plus que toute étude des doctrines orientales entreprise « de l’extérieur » est parfaitement inutile pour le but que nous avons en vue ce dont il s’agit a une tout autre portée et est d’un ordre autrement profond.
Enfin, nous ferons observer à nos contradicteurs éventuels que, si nous sommes tout à fait à l’aise pour apprécier en pleine indépendance les sciences et les philosophies de l’Occident, c’est que nous avons conscience de ne rien leur devoir ; ce que nous sommes intellectuellement, c’est à l’Orient seul que nous le devons, et ainsi nous n’avons derrière nous rien qui soit susceptible de nous gêner le moins du monde. Si nous avons étudié la philosophie, nous l’avons fait à un moment où nos idées étaient déjà complètement fixées sur tout l’essentiel, ce qui est probablement le seul moyen de ne recevoir de cette étude aucune influence fâcheuse ; et ce que nous avons vu alors n’a fait que confirmer très exactement tout ce que nous pensions antérieurement à l’égard de la philosophie. Nous savions n’avoir aucun bénéfice intellectuel à en attendre ; et, en fait, le seul avantage que nous en ayons retiré, c’est de mieux nous rendre compte des précautions nécessaires pour éviter les confusions, et des inconvénients qu’il peut y avoir à employer certaine termes qui risquent de faire naître des équivoques. Ce sont là des choses dont les Orientaux, parfois, ne se méfient pas assez ; et il y a dans cet ordre, bien des difficultés d’expression que nous n’aurions pas soupçonnées avant d’avoir eu l’occasion d’examiner de près le langage spécial de la philosophie moderne, avec toutes ses incohérences et toutes ses subtilités inutiles. Mais cet avantage n’en est un que pour l’exposition, en ce sens que, tout en nous forçant d’ailleurs à introduire des complications qui n’ont rien d’essentiel, cela nous permet de prévenir de nombreuses erreurs d’interprétation que commettraient trop facilement ceux qui ont l’habitude exclusive de la pensée occidentale ; pour nous personnellement, ce n’est nullement un avantage, puisque cela ne nous procure aucun savoir réel. Si nous disons ces choses, ce n’est point pour nous citer en exemple, mais pour apporter un témoignage dont ceux mêmes qui ne partageraient aucunement notre manière de voir ne pourront du moins suspecter la sincérité ; et, si nous insistons plus particulièrement sur notre indépendance absolue à l’égard de tout ce qui est occidental, c’est que cela peut contribuer aussi à faire mieux comprendre nos véritables intentions. Nous pensons avoir le droit de dénoncer l’erreur partout où elle se trouve, selon que nous jugeons opportun de le faire ; mais il est des querelles auxquelles nous ne voulons être mêlé à aucun prix, et nous estimons n’avoir point à prendre parti pour telle ou telle conception occidentale ; ce qui peut se rencontrer d’intéressant dans quelques-unes de celles-ci, nous sommes tout disposé à le reconnaître en toute impartialité, mais nous n’y avons jamais vu rien de plus ni d’autre qu’une très petite partie de ce que nous connaissions déjà par ailleurs, et, là où les mêmes choses sont envisagées de façons différentes, la comparaison n’a jamais été avantageuse pour les points de vue occidentaux. Ce n’est qu’après y avoir longuement réfléchi que nous nous sommes décidé à exposer des considérations comme celles qui font l’objet du présent ouvrage, et nous avons indiqué pourquoi il nous a paru nécessaire de le faire avant de développer des conceptions ayant un caractère plus proprement doctrinal, l’intérêt de ces dernières pouvant ainsi apparaître à des gens qui, autrement, n’y auraient pas prêté une attention suffisante, n’y étant aucunement préparés, et qui peuvent cependant être parfaitement capables de les comprendre.
Dans un rapprochement avec l’Orient, l’Occident a tout à gagner ; si l’Orient y a aussi quelque intérêt, ce n’est point un intérêt du même ordre, ni d’une importance comparable, et cela ne suffirait pas à justifier la moindre conception sur les choses essentielles ; d’ailleurs, rien ne saurait primer les droits de la vérité. Montrer à l’Occident ses défauts, ses erreurs et ses insuffisances, ce n’est point lui témoigner de l’hostilité, bien au contraire, puisque c’est la seule façon de remédier au mal dont il souffre, et dont il peut mourir s’il ne se ressaisit à temps. La tâche est ardue, certes, et non exempte de désagréments ; mais peu importe, si l’on est convaincu qu’elle est nécessaire ; que quelques-uns comprennent qu’elle l’est vraiment, c’est tout ce que nous souhaitons. Du reste, quand on l’a compris, on ne peut s’arrêter là, de même que, quand on s’est assimilé certaines vérités, on ne peut ni les perdre de vue ni se refuser à en accepter toutes les conséquences ; il y a des obligations qui sont inhérentes à toute vraie connaissance, et auprès desquelles tous les engagements extérieurs apparaissent vains et dérisoires ; ces obligations, précisément parce qu’elles sont purement intérieures, sont les seules dont on ne puisse jamais s’affranchir. Quand on a pour soi la puissance de la vérité, n’eût-on rien d’autre pour vaincre les plus redoutables obstacles, on ne peut céder au découragement, car cette puissance est telle que rien ne saurait prévaloir finalement contre elle ; il n’y a, pour en douter, que ceux qui ne savent pas que tous les déséquilibres partiels et transitoires doivent nécessairement concourir au grand équilibre total de l’univers.
Заключение
Мы могли бы к предшествующему изложению не добавлять заключения, от которого мы, кажется, освобождены достаточно ясным изложением; ничего другого мы сделать не можем, кроме как повторить, в более или менее краткой форме, некоторые размышления, уже развитые нами, мы достаточно останавливались на них, чтобы выявить всю их важность. Действительно, мы думаем, что достаточно ясно и насколько возможно эксплицитно показали, каковы главные предубеждения, в настоящее время отдаляющие Запад от Востока; и если они отдаляют его, то потому что противостоят истинной интеллектуальности, которую Восток сохранил в полноте, тогда как Запад дошел до того, что потерял о ней всякое понятие, пусть даже путаное и смутное. Те, кто это поймут, тем самым также поймут и «случайный» характер (во всех разнообразных смыслах этого слова) отклонения Запада по отношению к Востоку; сближение этих двух частей человечества и возвращение Запада к нормальной цивилизации, есть, в сущности, одно и то же, в этом и состоит наибольший интерес сближения, возможность которого для более или менее отдаленного будущего мы рассматривали. Нормальной цивилизацией мы называем такую, которая основывается на принципах в истинном смысле этого слова, где все упорядочено и иерархизировано в соответствии с принципами таким образом, что все там проявляется как приложение и продолжение чисто интеллектуальной или метафизической в своей сущности доктрины; именно это мы хотим сказать, когда говорим о традиционной цивилизации. Когда думают, что традиция может хоть в малейшей степени чинить препятствия мышлению или ограничивать его, удерживая от заблуждений, то с этим мы никак не можем согласиться; можно ли говорить, что исключение ошибки было бы ограничением истины? Отбросить невозможное, являющееся чистым небытием, вовсе не означает внести ограничения в тотальную и универсальную возможность, необходимо бесконечную; ошибка тоже есть только отрицание, «недостаток» в аристотелевском значении этого слова; в ней, в той мере, в какой она ошибка (ибо там могут находится частички непонятой истины), нет ничего позитивного, вот почему её можно исключить безо всяких доводов со стороны систематического ума. Традиция, напротив, допускает все аспекты истины; она не противостоит никакому законному приложению; она допускает, для тех, кто её понимает, гораздо более обширные концепции, чем все мечтания философов, считающиеся самыми дерзкими, но одновременно гораздо более обоснованные и значительные; наконец, она открывает перед интеллектом, как сама истина, неограниченные возможности.
Из всего этого непосредственно следуют черты метафизического познания, единственного абсолютно неограниченного, потому что оно принадлежит к универсальному порядку; представляется уместным вернуться здесь к вопросу, который мы уже рассматривали в другом месте, об отношении метафизики и логики. Последняя, относящаяся к условиям, свойственным человеческому рассудку, является случайной вещью; она принадлежит к индивидуальному и рациональному порядку, и то, что называется её принципами, является принципами только в относительном смысле; мы хотим сказать, что они могут быть только приложением и спецификацией истинных принципов к определённой области, так же как и математические принципы и всякой другой частной науки. Таким образом, метафизика доминирует над логикой, как и надо всем остальным; не признавать этого означает переворачивать иерархические отношения, присущие природе вещей; но каким бы очевидным нам это ни казалось, мы должны констатировать, что есть нечто, что наших современников в этом удивляет. Они полностью игнорируют то, что принадлежит к метафизическому и «сверхиндивидуальному» порядку; они знают лишь вещи, принадлежащие к рациональному порядку, включая «псевдометафизику» современных философов; и в этом рациональном порядке логика, действительно, занимает первый ранг, все остальное ей подчинено. Но истинная метафизика не может быть зависимой ни от логики, ни от любой другой науки; ошибка тех, кто думает противоположное, происходит оттого, что они представляют себе познание только в области разума и не имеют ни малейшего подозрения о том, что такое чистое интеллектуальное познание. Мы это уже говорили; и ещё мы должны отметить, что следует различать постижение метафизических истин, которые сами по себе ускользают от всяких индивидуальных ограничений, и их сформулированное выражение, которое, насколько оно вообще возможно, может состоять только в переводе в дискурсивный и рациональный модус; следовательно, если это представление принимает форму рассуждения, логическую и даже диалектическую видимость, то потому, что без этого ничего нельзя было бы сказать, ведь такова конституция человеческого языка; но это только лишь внешняя форма, ни в малейшей степени не задевающая истин, о которых идёт речь, потому что они по своей сути выше разума. С другой стороны есть два очень разных способа рассматривать логику: есть западный способ, состоящий в её рассмотрении философским образом и в усилиях связать её с какой-нибудь систематической концепцией; и есть восточный способ, когда логика конституируется как «традиционная наука» и связывается с метафизическими принципами, что придает ей, как и другим наукам, несравнимо большее значение. Разумеется, может оказаться, что результаты во многих случаях будут представляться практически теми же самыми, но различие двух точек зрения от этого вовсе не уменьшится; этого нельзя оспаривать, как нельзя заключить из сходства действий различных индивидов, что они совершались с одними и теми же намерениями. Вот к чему мы хотим прийти: логика сама по себе не является чем–то таким, что специально представляет «философский» характер, потому что она существует и там, где нет очень особого способа мышления, коему только и подходит это наименование; если метафизические истины могут облекаться в логическую форму (до определённой степени и всегда с той оговоркой, что они содержат невыразимое), то пригодна для этого только традиционная логика, а не философская; да и как может быть иначе, если философия стала такой, что может продолжать существовать лишь при условии отрицания истинной метафизики? Из этого объяснения видно, как мы понимаем логику, если мы используем некоторую диалектику, без чего невозможно было бы вообще ни о чем говорить, то не следует упрекать нас в противоречии, так как вовсе не в этом, по нашему мнению, заключается дело философии. Наконец, даже когда речь специально идёт об опровержении концепций философов, можно быть уверенным в том, что мы умеем всегда сохранять необходимую дистанцию посредством различия точек зрения: мы не располагаемся на одной территории с теми, кто критикует или сражается с одной философией от имени другой философии; мы говорим это потому, что традиционные доктрины нам позволяют понять абсурдность и тщетность некоторых теорий, и если мы неизбежно туда привносим какую-то незавершенность (что следует вменять нам самим), то характер этих доктрин таков, что он нам запрещает всякий компромисс. Общего с философами мы имеем только диалектику; но для нас она только инструмент, служащий принципам, игнорируемым ими; само это сходство является, таким образом, совершенно внешним и поверхностным, как и то сходство, которое можно иногда констатировать между результатами современной науки, с одной стороны, и результатами «традиционных наук», с другой. Говоря по правде, мы даже не обращаемся при этом к методам философов, так как то, что есть в этих методах значимого, не принадлежит им, но представляет собою просто нечто, являющееся общим достоянием всех людей, даже тех, кто больше всего удален от философской точки зрения; философская логика есть только сокращение традиционной логики, обладающей приоритетом над первой. И если мы настаиваем на этом различении, представляющимся нам существенным, то не для своего личного удовольствия, а потому что важно утверждать трансцендентный характер чистой метафизики, а всё то, что из неё исходит, даже вторичным образом и в случайном порядке, становится причастным этому характеру, который есть, фактически, нечто совершенно иное, нежели чисто «профанное» познание западного мира. Этот род познания и его отличие от других характеризуется не только своим предметом, но прежде всего, тем способом, которым этот предмет рассматривается; вот почему вопросы, которые по своей природе могут иметь определённое метафизическое значение, полностью его теряют, когда они оказываются внедренными в философскую систему. Но различение метафизики и философии, которое при всем том является фундаментальным и которое никогда не следует забывать, если хотят понять что-либо в учениях Востока (поскольку без этого нельзя обойтись из-за опасности ложных уподоблений), является настолько для западных людей необыкновенным, что многим не удается его схватить: так мы были удивлены встречать то тут, то там утверждение, что мы говорили о «индусской философии», когда мы старались показать, что то, что существует в Индии, есть нечто совершенно иное, нежели философия! Может быть, то же самое будет и относительно того, что мы только что сказали о логике, и несмотря на все наши предосторожности, мы не слишком удивимся, если в определённой среде нас будут упрекать в том, что мы «философствуем» против философии, тогда как, в действительности, мы заняты совсем другим. Если мы, например, представим математическую теорию и если кто-нибудь захочет назвать её «физикой», то у нас, конечно, не будет никаких средств помешать этому, но все те, кто знает значение слов, будут знать, о чем они должны в этом случае думать; хотя здесь речь идёт о менее употребляемых понятиях, но недоразумения, которые мы хотим предупредить, сравнимы с этим. Если кто-то пытается сформулировать какую-то критику, основанную на подобной путанице, то мы предупреждаем, что это приведет к ошибке, и если нам удастся таким образом освободить их от некоторых ошибок, то мы будем очень счастливы; но мы ничего большего сделать не можем, так как не в нашей власти, как, впрочем, и ни в чьей-либо ещё, дать понимание тем, кто сам для этого не имеет средств. Таким образом, если, несмотря ни на что, все равно возникает плохо обоснованная критика, то у нас есть право её не учитывать; напротив, если мы замечаем, что определённые различения мы ещё не отметили с достаточной чёткостью, то мы к ним возвращаемся до тех пор, пока двусмысленность станет невозможной или, по крайней мере, она может тогда быть приписана уже только неисцелимому ослеплению или очевидной недобросовестности.
То же касается средств, с помощью которых Запад мог бы сблизиться с Востоком, возвратившись к истинной интеллектуальности: мы верим, что представленные нами в этом исследовании размышления помогут рассеять многие неясности в этом отношении, это же относится и к способу рассмотрения последующих состояний западного мира, какими они будут, если однажды будут реализованы возможности, которые мы имеем в виду. Однако мы не можем предвидеть все недоразумения; если таковые возникнут и будут иметь реальное значение, то мы всегда также будем стараться их рассеять и тем более охотно, что это нам даст замечательный повод уточнить нашу мысль в определённых моментах. Во всяком случае, мы никогда не позволим себе свернуть с пути, проложенного для нас всем тем, что мы постигли благодаря традиционным учениям Востока; мы обращаемся ко всем, кто, в свою очередь, хочет и может постичь это, кем бы они ни были и откуда бы они ни пришли, но не к тем, кого могут остановить даже самые незначительные и самые иллюзорные препятствия, у кого есть фобии относительно некоторых вещей и слов, или кто считает себя потерянным, если ему приходится нарушить определённые конвенциональные и произвольные ограничения. Действительно, мы не видим, какая польза для интеллектуальной элиты может быть от этих боязливых и беспокойных умов; тот, кто не способен глядеть истине в лицо, тот, кто не чувствует в себе сил проникнуть в «великое одиночество», согласно принятому выражению дальневосточной традиции (для него в Индии тоже есть эквивалент), тот не может продвигаться в метафизической работе, о которой мы говорили и от которой все остальное строжайшим образом зависит. Кажется, что у некоторых есть как бы предвзятое непонимание; но не думаем, что те, кто обладает подлинными развитыми интеллектуальными способностями, были бы подвержены этим пустым страхам, так как они достаточно уравновешены для того, чтобы иметь уверенность, почти инстинктивную, что они никогда не поддадутся риску уступить какому-нибудь умственному замешательству; надо сказать, что эта уверенность не является полностью обоснованной до тех пор, пока они не достигнут определённой ступени действительного развития, но сам факт обладания ею, даже если не отдают себе ясно в этом отчет, уже дает им значительное преимущество. При этом, мы не хотим говорить о тех, кто к самим себе испытывает более или менее чрезмерное доверие, те, о которых идёт речь, даже если они этого ещё не знают, возлагают своё доверие на что-то более высокое, чем их индивидуальность, потому что они представляют собою, в некотором роде, эти высшие состояния, общее и окончательное завоевание которых может быть достигнуто через чистое метафизическое познание. Что касается тех, кто не осмеливается заходить ни слишком высоко, ни слишком низко, то они не могут видеть по ту сторону определённых ограничений, вне которых они даже не могут различать высшее и низшее, истинное и ошибочное, возможное и невозможное; вообразив себе, что истина должна соответствовать их мерке и оставаться на среднем уровне; они чувствуют себя удобно в рамках философского духа, и даже тогда, когда они усвоили некоторые частные истины, они никогда не смогут воспользоваться этим, чтобы бесконечно расширить своё понимание; ограниченность их «интеллектуального горизонта», обязана ли она их собственной природе или полученному образованию, является с этого времени непоправимой, так что их предвзятость, если она присутствует, поистине, непроизвольна, если не совсем неосознаваема. Среди них есть, конечно, и жертвы среды, в которой они живут, и это особенно вызывает сожаление; их способности, которые в нормальной цивилизации могли бы развиться, напротив, были подавлены и атрофировались вплоть до полного уничтожения; а современное образование, будучи тем, что оно есть, наводит на мысль, что невежды имеют больше шансов сохранить невредимыми свои интеллектуальные способности. По сравнению с умственными деформациями, являющимися обычным следствием ложной науки, простой невежда нам, поистине, кажется меньшим злом; и хотя мы ставим познание выше всего, это вовсе не является ни парадоксом, ни непоследовательностью с нашей стороны, так как только истинное знание достойно этого имени в наших глазах и полностью отличается от того, что культивируется современными западными людьми. И пусть нас не упрекают в слишком непреклонной позиции; эта позиция внушена нам чистотой доктрины, тем, что мы назвали «ортодоксией» в интеллектуальном смысле слова; будучи освобожденной от всякого предубеждения, она никогда не будет способствовать несправедливости по отношению к чему бы то ни было. Мы принимаем всю истину целиком, под каким бы видом она ни предстала; но не будучи ни скептиком, ни эклектиком, не можем принимать ничего другого, кроме истины.
Мы хорошо знаем, что наша точка зрения не из тех, что обычно принимаются на Западе и что, следовательно, она не так легко понятна с первого взгляда; само собою разумеется, что мы ни от кого не требуем принимать её без обсуждения. Мы хотим только подтолкнуть к размышлению тех, кто ещё на это способен; каждый из них поймет то, что сможет, и сколько бы это ни было, это уже будет кое-что; к тому же мы полагаем, что всегда найдется кто-нибудь, кто пойдет дальше. То, что сделали мы сами, смогут сделать и другие; несомненно, при современном состоянии западной ментальности, это будут исключения; но достаточно и того, чтобы такие исключения были, даже пусть немногочисленные, чтобы наши предвидения были оправданы и чтобы указанные возможности, можно было реализовать рано или поздно. Впрочем, все, что мы будем делать и говорить, будет способствовать более благоприятным условиям, которые нам самим не удалось обрести; в этом, как и во всем другом, самое трудное это начать работу, а усилия по её выполнению должны быть тем большими, чем более неблагоприятными являются условия. Что вера в «цивилизацию» более или менее поколеблена у людей, которые ещё недавно не осмеливались даже обсуждать её, что «сциентизм» в определённой среде в настоящее время на спаде, эти обстоятельства могут нам несколько помочь, потому что из этого следует некоторая неуверенность, позволяющая умам вовлекаться без всякого сопротивления в самые различные направления; это все, что мы можем об этом сказать; а новые, отмеченные нами тенденции, так же обескураживают, как и те, которые они пытаются вытеснить. Рационализм или интуитивизм, позитивизм или прагматизм, материализм или спиритуализм, «сциентизм» или «морализм», с нашей точки зрения, это совершенно равноценные вещи; переходя от одного к другому, ничего не выигрывают, и пока от этого полностью не освободятся, не смогут сделать даже первого шага в области подлинной интеллектуальности. Мы это хотим специально заявить, как мы хотим также ещё раз сказать, что всякое изучение восточных учений, предпринятое «извне», совершенно бесполезно для имеющейся в виду цели; то, о чем идёт речь, обладает другим значением и принадлежит к крайне глубокому порядку.
Наконец, мы хотим заметить нашим возможным противникам, что если мы оцениваем с полной независимостью и совершенно свободно науки и философию Запада, то потому, что мы осознаем, что ничем им не обязаны; тем, чем мы являемся в интеллектуальном плане, мы обязаны одному Востоку, таким образом, мы ничего не оставляем позади, чтобы могло нам хоть в малейшей степени помешать. Если мы и изучали философию, то делали это тогда, когда наши идеи были уже полностью и окончательно фиксированы на самом существенном, возможно, что это единственное средство не получить от этого изучения никакого пагубного влияния; и то, что мы тогда увидели, лишь весьма точно подтвердило все, что мы думали относительно философии до этого. Мы знаем, что никакой интеллектуальной выгоды от неё ожидать нельзя; и действительно, единственное, извлеченное из этого преимущество то, что мы стали лучше отдавать себе отчет в необходимых предосторожностях ради избежания путаницы и несообразности, возникающей при использовании определённых терминов, что может породить двусмысленности. Это вещи, которых восточные люди иногда недостаточно остерегаются; в этом плане, есть много трудностей выражения, о которых мы даже не подозревали до того, как ближе познакомились со специальным языком современной философии, со всей её бессвязностью и бесполезными ухищрениями. Но это единственное преимущество только для изложения в том смысле, что заставив себя проникнуть в сложности, ничего существенного в себе не содержащие, нам удалось предвидеть многочисленные ошибки интерпретации, слишком легко совершаемые теми, кто привык только к западному мышлению; для нас лично это не является преимуществом, поскольку это не принесло нам никакого реального знания. Если мы это говорим, то вовсе не для того, чтобы поставить себя в пример, но чтобы привести свидетельство того, что даже тот, кто не совсем разделяет наш способ видения, не смог бы, по меньшей мере, не доверять нашей искренности; и когда мы особенно настаиваем на нашей абсолютной независимости по отношению ко всему западному, это может способствовать лучшему пониманию наших истинных намерений. Мы думаем, что имеем право обнаруживать заблуждение везде, где оно встречается, когда мы считаем своевременным сделать это; но есть распри, в которые мы не хотим вмешиваться никакой ценой, полагая, что не занимали предвзятую позицию по отношению к той или иной западной концепции; то, что может встретиться интересного в какой-нибудь из них, мы всегда охотно признавали со всей беспристрастностью, но нам никогда ничего большего не встречалось, кроме очень маленькой части уже известного из другого источника, а там, где одни и те же вещи рассматриваются различными способами, сравнение никогда не было выгодным для западной точки зрения. Только после длительного размышления мы решили представить идеи, составляющие предмет настоящей работы, и мы отметили, почему нам показалось необходимым это сделать до развертывания концепций, обладающих более доктринальным характером; к последним может появиться интерес у людей, которые в противном случае не уделили бы этому достаточного внимания, они никак не были бы к этому подготовлены и ещё меньше были бы способны их понять.
В сближении с Востоком Запад выиграл бы во всем; и если Восток тоже имеет от этого какую-то пользу, то она не того же плана и не сравнима по важности, её было бы недостаточно ни для малейшей уступки в существенных вещах; к тому же, ничто не может главенствовать над правами истины. Показать Западу его дефекты, его ошибки, его недостаточность, вовсе не означает враждебности к нему, как раз наоборот, потому что только таким образом можно исцелить зло, от которого он страдает и от которого он может умереть, если во время не опомнится. Конечно, задача трудная и не застрахована от неприятностей; но это не важно, если убеждены, что она необходима; если кто-то поймет, что она поистине такова, то это все, чего мы желаем. К тому же, когда это поймут, то на этом не остановятся, так же точно, когда усвоены определённые истины, то их уже нельзя потерять из виду или отказаться принять все последствия; есть обязательства, присущие всякому истинному познанию, по сравнению с которыми все внешние обязанности кажутся пустыми и ничтожными; эти обязательства, как раз потому что они чисто внутренние, являются единственными, от которых никогда нельзя освободиться. Когда у себя имеют могущество истины и ничего другого, чтобы преодолеть самые грозные препятствия, то не надо уступать унынию, так как это могущество таково, что ничто не может в конечном счете его одолеть; сомневаться в этом могут только те, кто не знает, что всякое частное и временное нарушение равновесия должно с необходимостью содействовать тотальному равновесию вселенной.