Blois, 9 novembre 1929
Cher Monsieur et ami,
Ne recevant pas la dépêche annoncée par votre carte, je pensais bien que vous ne viendriez pas ici et qu’il avait dû vous survenir quelque empêchement. Par votre lettre reçue hier soir, je vois que les horaires des trains sont en effet bien compliqués et peu commodes, tout au moins pour le retour. Il est certain que c’est bien plus simple pour venir à Paris ; c’est dommage que le séjour dans une grande ville vous effraie tant ; mais l’île est très calme, et il y a des hôtels qui ne sont pas extraordinaires, mais où je pense que vous pourrez tout de même vous trouver à peu près bien. Il est seulement regrettable que je ne puisse pas vous loger à Paris, alors que j’aurais pu le faire si facilement ici ; enfin, j’espère que cela arrivera à s’arranger malgré tout.
Je rentrerai à Paris lundi ; j’ai à peu près terminé mes affaires ici, et il était bien nécessaire que je vienne voir à tout cela ; il y avait un peu plus d’un an que je n’y étais pas venu.
Je vais être très occupé la semaine prochaine, et sans doute encore la semaine suivante ; il se peut même que je sois de nouveau obligé de m’absenter pour quelques jours avant la fin du mois, mais je n’en sais rien encore. Si donc il vous était possible de retarder un peu votre voyage, jusqu’à ce que je sois plus tranquille, je crois que cela vaudrait mieux maintenant ; je vous récrirai d’ailleurs dès que je pourrai y voir un peu plus clair et être à peu près réorganisé.
L’occasion de nous voir en Savoie ne sera pas unique, car j’y retournerai sûrement l’année prochaine, et j’aurai peut-être alors, pour recevoir quelqu’un, des facilités que je n’avais pas cette année, car il se peut que j’aie toute une maison à ma disposition, si toutefois la construction en est achevée (le froid et la neige ont dû déjà faire interrompre les travaux).
Aussitôt que j’ai reçu votre lettre, je vous ai expédié un paquet contenant la “Vie Impersonnelle”, un exemplaire de mon livre que j’avais apporté à votre intention, et plusieurs nos du “Voile d’Isis” où se trouvent mes derniers articles (parus depuis celui que je vous avais envoyé il y a quelque temps).
Je ne sais si je vous ai dit que le prix de la “Vie Impersonnelle” est de 15f. ; c’est un peu cher pour la grosseur du volume. J’ai parcouru ce livre ; c’est assez bizarre, et je me demande comment il se fait que cela ait été édité chez Alcan. Je ne sais ce que peut vouloir dire la figure qui se trouve sur la page du titre. Savez-vous de quelle langue cela a été traduit ? En tout cas, j’ai rarement vu un français aussi incorrect que celui de la traduction. Toutes ces “révélations” qui sortent maintenant de tous les côtés me paraissent bien suspectes…
Evola est décidément bien singulier ; il y a quelque temps, j’ai su qu’il était question qu’il aille en Angleterre pour y continuer la publication de sa revue ; d’après ce qu’il vous a écrit, il n’est plus question de cela. Le dernier n° de “Krur” que j’ai reçu est, si je me souviens bien, le n° 8 ; en a-t-il paru d’autres depuis ?
Pour le Christ-Panthère, je ne me rappelle pas avoir jamais vu cela ; vous serez bien aimable de me donner les indications que vous aurez là-dessus.
Il me semble bien qu’il doit en effet y avoir à Paris un livre de morceaux choisis qui servait à Françoise et qui pourra peut-être bien faire votre affaire ; je verrai cela en rentrant.
Comment se fait-il qu’il y ait tant d’écoles et de professeurs à Mondovi ? Je ne croyais pas que c’était une localité si importante. Espérons que vous arriverez tout de même à y trouver des leçons.
Si le climat est si humide, je comprends que cela ne vous convienne pas ; mais le grand froid est bien pénible aussi il faut souhaiter que l’hiver prochain ne soit pas aussi dur que le dernier, quoiqu’on annonce déjà qu’il sera encore très rigoureux.
Je vous récrirai de Paris ; mais dites-moi dès que vous le pourrez s’il y a des moments où il vous sera plus facile de faire le voyage, afin que je tâche de combiner cela pour le mieux.
Bien cordialement à vous.
René Guénon
Блуа, 9 ноября 1929 г.
(перевод на русский язык отсутствует)