Le Caire, 3 août 1931
Mon bien cher ami,
Me voilà bien en retard pour répondre à votre bonne lettre ; j’aurais dû le faire plus tôt, d’autant plus que j’ai été fort heureux de tout ce que vous me disiez au sujet de mon livre. Mais j’ai terminé mon autre volume, et la correspondance en a souffert ; enfin, j’ai expédié le manuscrit ce matin même ; paraîtra-t-il vers la fin de l’année comme je le voudrais ?…
J’avais reçu une lettre de Mario juste en même temps que la vôtre ; je lui réponds aussi aujourd’hui. Il se plaignait du silence de Mme Britt, disant qu’il voyait bien qu’il y a quelque chose de changé et qu’il s’en inquiétait aussi ; il s’en rend compte maintenant lui-même… Je ne sais si depuis lors elle lui a tout de même accusé réception de son livre ; quant à moi, j’ai enfin reçu d’elle une lettre me remerciant de l’envoi du mien, lettre d’ailleurs quelconque, et comme si elle n’avait jamais cessé de m’écrire. Au fond, je ne sais pas du tout ce qui résultera de tout cela ; enfin, on verra…
Pour les contrats, j’en suis toujours au même point ; Rouhier m’a écrit de les lui retourner en indiquant les modifications que je propose ; je l’ai fait, et j’attends… Mario, quand il m’a écrit, n’avait pas encore celui du livre repris à Albin Michel. Il se plaint aussi des difficultés qu’il a eues à obtenir un service de presse à peu près suffisant. En somme, tous les ennuis d’un éditeur ordinaire, avec moins d’avantages encore ; que c’est loin de ce qui avait été prévu !
Certains disent que le “Symbolisme de la Croix” est d’une lecture plus difficile que “L’Homme et son devenir”, tandis que d’autres disent le contraire ; qu’en pensez-vous ? C’est peut-être le côté mathématique, que vous trouvez dur aussi, qui gêne les premiers. N’oubliez pas de m’en reparler, comme vous me l’avez promis, quand vous aurez eu le temps de le relire.
G. de Pourtalès, en remerciement de mon livre, m’a envoyé le sien, “Nous à qui rien n’appartient” ; l’avez-vous lu ?
J’adresse ma lettre au Thor, car je pense bien que vous devez avoir quitté Paris maintenant, et sans doute n’en êtes vous pas fâché, car, comme tous les ans, vous devez avoir besoin de vous reposer.
Ici, il fait une chaleur qu’on dit exceptionnelle ; il y a bien tous les ans des jours aussi chauds, mais habituellement ce n’est pas aussi continu. C’est un peu fatigant, surtout quand on est obligé d’aller et venir quand même, mais j’aime encore mieux cela que le froid et l’humidité ; du reste, le plus dur est sûrement passé maintenant.
Restez-vous au Thor, ou circulez-vous un peu pendant ces vacances ? Ne manquez pas de me donner bientôt de vos nouvelles.
À vous très affectueusement.
René Guénon
Каир, 3 августа 1931 г.
(перевод на русский язык отсутствует)